Ce n’est plus une hypothèse. Le 17 avril 2026, Altice France, maison mère de SFR, a officiellement ouvert une période de négociations exclusives avec ses trois concurrents directs : Orange, Bouygues Telecom et Free (groupe Iliad), pour un montant de 20,35 milliards d’euros. Depuis octobre 2025 et le rejet d’une première offre à 17 milliards, les parties ont comblé l’écart. Altice a accordé au consortium une période d’exclusivité jusqu’au 15 mai 2026 pour finaliser les termes et la documentation de la transaction.
La restructuration financière d’Altice a eu lieu entre-temps. En octobre 2025, la dette du groupe est passée de 24 milliards d’euros à 15,5 milliards, après une des opérations de restructuration les plus importantes jamais réalisées en Europe, les créanciers ayant obtenu 45 % des parts du capital, Patrick Drahi conservant les 55 % restants. Le groupe a allégé le bilan, mais pas au point de se retirer de la vente.
Un découpage déjà acté
La répartition des actifs entre les trois acheteurs est connue. Bouygues Telecom reprendrait l’activité professionnelle (B2B), et l’activité grand public ainsi que les infrastructures seraient réparties entre les trois repreneurs. Certains actifs restent hors périmètre : XP Fibre (infrastructure fibre), UltraEdge (data centers), les activités outre-mer, et la participation dans Intelcia (service client) sont exclus de la vente.
Reste le flou social, car le sort des 8 000 salariés n’a pas encore été clarifié, et plusieurs syndicats réclament des garanties. Le communiqué commun des opérateurs précise que l’opération sera soumise à la consultation des instances représentatives du personnel avant de passer devant les autorités de concurrence.
La question des tarifs
C’est le vrai sujet pour les abonnés. En 2012, l’entrée de Free sur le marché mobile avait fait dégringoler les prix et rendu les forfaits illimités accessibles. Pendant plus d’une décennie, cette concurrence à quatre avait maintenu la pression sur les tarifs français, parmi les plus compétitifs d’Europe. Ce modèle est peut-être en train de prendre fin.
Les précédents européens sont peu rassurants. Sur les quinze dernières années, les fusions télécoms ont été associées à des hausses de prix de l’ordre de 5 % à 25 % selon les cas en Europe. Le baromètre des forfaits indique d’ailleurs que le prix moyen d’un forfait mobile a déjà grimpé de 17,4 % sur un an. Au printemps 2025, il tournait sous les 10 euros, alors que début 2026, il s’approche des 13 euros.
Les opérateurs, de leur côté, promettent que la concurrence sera préservée. SFR s’est engagé à ne pas toucher au prix de base de certains abonnements avant le 31 mars 2027, et Free a promis de maintenir le tarif de ses principaux forfaits pendant cinq ans. Le ministère de l’Économie assure qu’il restera extrêmement vigilant sur l’impact pour les consommateurs. Un moratoire tarifaire de deux à trois ans est attendu comme contrepartie à l’accord des régulateurs. Après ? Les experts anticipent des hausses progressives, habillées en nouvelles options.
Faut-il partir dès maintenant ?
Non. La loi protège les abonnés dans ce type d’opération. L’abonné dispose de quatre mois pour résilier sans frais si le nouvel opérateur modifie les conditions, le prix ou l’enveloppe de données. Rien n’oblige à anticiper une décision qui n’est pas encore finalisée.
L’opération devra être soumise aux autorisations réglementaires requises, notamment au titre du contrôle des concentrations, et il n’y a aucune certitude à ce stade que cette opération soit réalisée. Le calendrier réaliste se compte en mois, voire en années. D’ici là, les contrats restent valables et les services assurés.
Ce qui change en revanche, c’est la dynamique de marché. Le sort des marques low-cost comme RED, Sosh ou B&You est en suspens car rien ne garantit qu’elles survivent à la consolidation. Surveiller les conditions de son contrat dans les prochains mois sera plus utile que de changer d’opérateur dans la précipitation.
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