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Telegram est visé par une enquête alarmante, après la découverte de contenus pédopornographiques

Depuis l’entrée en vigueur de l’Online Safety Act en 2025, le régulateur britannique Ofcom a ouvert des enquêtes contre près de 100 services en ligne. Le 21 avril 2026, il a franchi un cap en ciblant l’une des messageries les plus utilisées au monde.

Il y avait déjà eu X et son chatbot Grok, visé en janvier 2026 après des signalements sur la génération et la diffusion d’images sexuelles impliquant des enfants. Il y avait eu les plateformes pornographiques, sans compter certains sites de niche et des forums obscurs. En mars 2026, l’Ofcom britannique avait passé un cap supplémentaire, en écrivant directement à Facebook, Instagram, Roblox, Snapchat, TikTok et YouTube pour exiger des preuves de leur bonne foi concernant la protection des mineurs en ligne.

Depuis son vote en 2023, puis son application effective le 17 mars 2025, l’Online Safety Act impose aux plateformes une obligation légale de résultat. Plus concrètement, tous les services de mise en relation d’utilisateurs opérant au Royaume-Uni sont tenus d’évaluer et de réduire proactivement les risques liés aux contenus sexuels impliquant des mineurs (CSAM), et à les supprimer dès qu’ils en ont connaissance.

Telegram dans le viseur

Le 21 avril 2026, l’Ofcom a officiellement ouvert une enquête formelle contre Telegram, en vertu de la section 10 de l’Online Safety Act. Le point de départ ? Des éléments transmis par le Centre canadien de protection de l’enfance, qui recense et signale les cas de CSAM à l’échelle internationale. L’Ofcom a ensuite mené sa propre évaluation avant d’officialiser la procédure.

La réaction de Telegram ne s’est pas faite attendre. L’entreprise, dont le siège social est basé à Dubaï, a catégoriquement démenti les accusations dans des déclarations rapportées par Reuters. Elle affirme avoir « quasiment éliminé la diffusion publique de contenus pédopornographiques sur sa plateforme » depuis 2018, grâce à ses algorithmes de détection. Pour l’entreprise, l’enquête pourrait s’inscrire dans « une attaque plus large contre les plateformes en ligne qui défendent la liberté d’expression et le droit à la vie privée ».

La liberté d’expression comme excuse

L’argument de la liberté d’expression est devenu, ces dernières années, un réflexe presque pavlovien chez les plateformes confrontées à des régulateurs. Il ne convainc pas l’Ofcom, qui a par ailleurs rappelé que Telegram avait pourtant accompli un geste significatif en décembre 2024, en rejoignant l’Internet Watch Foundation. La plateforme avait alors promis de déployer des outils significatifs pour lutter contre les contenus pédocriminels. Le problème, c’est que Telegram repose sur une architecture fondée sur des canaux publics, des groupes semi-privés et une messagerie chiffrée de bout en bout. Les outils déployés dans le cadre du partenariat avec l’IWF ne s’appliquent qu’aux espaces publics de la plateforme. Les groupes privés, les canaux chiffrés, restent hors de portée. Or c’est précisément dans ces espaces que les échanges les plus sensibles ont tendance à se concentrer.

En parallèle à l’enquête contre Telegram, l’Ofcom a ouvert deux investigations supplémentaires visant Teen Chat et Chat Avenue, deux sites de discussion ouverts fréquentés notamment par des mineurs. Ces plateformes avaient été signalées par des organisations de protection de l’enfance pour les risques élevés de grooming qu’elles présentaient. Malgré des échanges avec les opérateurs de ces services, le régulateur a estimé que les mesures de protection mises en place restaient très en deçà de ce que la loi impose.

Des sanctions bien réelles

Les sanctions prévues par l’Online Safety Act ne sont pas symboliques. En cas d’infraction constatée, l’Ofcom peut infliger des amendes allant jusqu’à 18 millions de livres sterling, ou 10 % du chiffre d’affaires mondial de l’entreprise. Dans les cas jugés les plus graves, l’organisme peut saisir la justice pour obtenir une ordonnance contraignant les fournisseurs de services internet à bloquer l’accès aux sites concernés sur le territoire britannique.

Ce qui rend le cas Telegram particulièrement structurant pour la régulation numérique mondiale, c’est qu’il met en tension deux impératifs contradictoires qui n’ont pas encore trouvé d’équilibre légal satisfaisant. D’un côté, la nécessité de protéger des enfants, de l’autre, la question fondamentale de la liberté d’expression et de la protection des données en ligne.

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