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Arrêts maladie abusifs : en cas de doute, votre employeur pourra vous dénoncer plus facilement

En créant un bouton magique pour dénoncer les salariés à l’Assurance Maladie, le gouvernement passe à côté de l’essentiel.

En 2012, un salarié du privé était absent 12 jours par an pour raison de santé. En 2024, la moyenne est passée à 23,3 jours, soit presque le double, selon le dernier baromètre Ayming. Sur la même période, les dépenses d’indemnités journalières versées par l’Assurance maladie sont passées de 10,9 à 17,9 milliards d’euros, soit 7 milliards de plus qu’en 2016. Et si la première cause de cette explosion n’est pas la fraude (qui représente 0,22 % des prestations versées), mais bien les troubles psychiques, le burn-out, le mal-être au travail et des conditions d’emploi qui se dégradent depuis des années, le gouvernement a tranché, en déployant une méthode radicale pour détecter la fraude.

Un bouton pour dénoncer ses employés

Le plan présenté le 9 avril 2026 par le gouvernement repose sur trois piliers. La prévention, d’abord, avec un kit « clé en main » mis à disposition des entreprises sur le site du ministère pour réaliser un auto-diagnostic de leur plan de santé au travail. Le renforcement des contrôles, ensuite : près de 740 000 actions prévues en 2026, soit 6 % de plus qu’en 2025, avec une attention particulière portée aux arrêts courts répétitifs prescrits par des médecins différents. Et, pièce maîtresse du dispositif, la création d’un bouton d’alerte disponible sur le site du ministère, permettant à tout employeur de signaler en quelques clics un arrêt maladie qu’il juge suspect.

Les fraudes aux arrêts maladie existent. Entre 2024 et juin 2025, l’Assurance maladie a effectué 680 000 contrôles pour aboutir à environ 7 000 sanctions, soit environ 1% des cas. Contrairement à ce qu’on aimerait nous faire croire donc, la fraude n’est pas un épiphénomène marginal, mais elle n’est pas non plus le moteur de l’explosion des arrêts de travail que les pouvoirs publics semblent cibler.

Pourquoi les arrêts maladie augmentent ?

Ce qui a réellement alimenté la hausse des arrêts maladie – en plus du vieillissement de la population active, liée à la fin de la génération babyboomer et aux réformes de retraites – est documenté depuis les années Covid : la santé mentale est en chute libre. Les risques psychosociaux sont devenus la première cause des arrêts de longue durée, et chez les moins de 30 ans, la part du burn-out dans les arrêts longs a bondi de 14,5 % en 2019 à 24,1 % en 2024. En 2024, 42 % des salariés se déclaraient en situation de détresse psychologique, rapporte une enquête menée en 2025 par Malakoff Humanis.

Parmi les causes de cette détresse, les exigences professionnelles jugées trop fortes arrivent en tête (34 % des cas), suivies des pratiques managériales problématiques (25 %). Des facteurs qui, par définition, ne relèvent pas du salarié mais de l’organisation du travail et des décisions de management. Alors que la santé mentale avait été érigée comme l’une des grandes causes nationales de 2025 et de 2026, le gouvernement envoie un message contradictoire, en offrant aux employeurs un outil pour signaler leurs salariés absents.

Le dispositif ne s’arrête pas là, puisqu’il prévoit également une limitation de la durée des arrêts prescrits à partir de septembre 2026 : un mois maximum pour un arrêt initial, deux mois pour une prolongation. Les motifs d’arrêt devront aussi être renseignés par les médecins prescripteurs pour faciliter les contrôles de l’Assurance maladie. En parallèle, le plan prévoit aussi une campagne sur la santé mentale en entreprise et l’annonce d’un plan Santé Travail 2026-2030.

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