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Ce pays va bientôt confier son gouvernement à une IA !

En déployant une IA agentique au cœur de son administration, les EAU franchissent une étape inédite : non plus assister les fonctionnaires, mais substituer l’IA à certaines décisions gouvernementales. Une ambition qui soulève des questions fondamentales sur la responsabilité juridique et la protection des données des citoyens.

Depuis quelques années, la crainte de voir des métiers disparaître à cause de l’intelligence artificielle ne cesse de croître. Mais s’il y a bien un métier que l’on ne pensait pas menacé, c’est celui de politicien. Et pourtant, les Émirats arabes unis (EAU) font le pari le plus audacieux de la course mondiale à l’IA. Pendant que les États-Unis hésitent et que la France résiste, le gouvernement émirien annonce intégrer des systèmes d’IA décisionnels au cœur même de son administration.

D’ici deux ans, l’intelligence artificielle “agentique” devrait intégrer la moitié des services gouvernementaux des EAU. Il n’est heureusement pas question de remplacer un ministre ou un parlementaire par Gemini ou encore Claude, mais plutôt d’avoir des ministères qui fonctionnent autour de l’IA. L’annonce a été faite le 23 avril dernier lors du Conseil des Ministres des EAU par le Vice-Président, Premier ministre et Souverain de Dubaï, le Sheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum.

Aujourd’hui, les modèles d’IA peuvent surveiller les changements, fournir des analyses, formuler des recommandations, gérer des opérations et exécuter une série d’actions indépendantes sans intervention humaine. L’IA sera notre partenaire exécutif gouvernemental pour soutenir les décisions, améliorer les services, renforcer l’efficacité des opérations, et même évaluer les résultats et introduire des améliorations en temps réel. — Sheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum.

Les ministres et entités gouvernementales seront évalués sur leur rapidité d’adoption, la qualité de mise en œuvre et leur capacité à réorganiser leurs processus autour de l’IA. Chaque fonctionnaire fédéral se verra imposer une formation en IA, avec pour objectif de construire une main-d’œuvre capable de travailler aux côtés des systèmes d’IA plutôt que de les subir.

Pas une IA comme les autres

Il est toutefois important de comprendre la nuance quant au type d’IA qui sera utilisée par les Émirats arabes. On parle ici d’une intelligence artificielle agentique, qui est totalement différente des agents conversationnels classiques que Monsieur et Madame Tout le monde pourrait utiliser. Une IA agentique peut analyser, décider et agir avec une intervention humaine minimale, contrairement à un ChatGPT qui suggère des actions.

Concrètement, l’IA du gouvernement émirien pourra traiter des demandes administratives de A à Z, ajuster les flux de travail en temps réel ou encore mener certaines tâches gouvernementales sans passer par un humain. L’exemple donné est assez parlant, puisqu’elle serait en mesure d’octroyer des permis plus rapidement ou d’automatiser des services publics.

Plusieurs questions en suspens

“Le monde change. La technologie avance et s’accélère. Mais un principe reste inchangé : les personnes passent en premier. Notre objectif est de créer le meilleur environnement pour libérer leur potentiel, améliorer leur vie, et construire un meilleur gouvernement”, se réjouit le Sheikh émirati. On ne peut toutefois s’empêcher de se poser des questions quant à l’avenir de certains fonctionnaires au sein du gouvernement. Seront-ils remplacés par cette IA ? Vraisemblablement, non, bien que ce ne soit pas explicitement dit par le gouvernement émirati.

Il faudra également que se posent des questions plus éthiques, comme le respect de la vie privée des citoyens face au traitement de leurs données, ou encore à qui reviendra la responsabilité en cas de mauvaise décision prise par l’IA.

Les EAU ont toutefois toujours démontré une volonté farouche à se tourner vers la technologie. Depuis 20 ans, ils transforment leur administration avec un service d’identité numérique et la création, en 2020, du Ministère de l’IA. En 2017, ce fut également le premier pays au monde à nommer un Ministre d’Etat à l’Intelligence Artificielle, avec le lancement de la stratégie IA 2031.

Aux États-Unis, Donald Trump s’est lui aussi penché sur la question de l’IA au sein du gouvernement, avec des premiers tests annoncés en janvier dernier. C’est au sein du Département des Transports que ces tests auront lieu, où Gemini se chargera de la relecture des projets de loi. Il était notamment question de la production de lois “qui ne soient pas nécessairement parfaites, mais juste bonnes”. Voilà qui a de quoi interpeler…

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