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Temu accusé de vendre de la viande humaine : c’est quoi le problème ?

Après avoir mis en ligne une annonce pour de la viande humaine, la plateforme chinoise Temu s’est retrouvée au cœur d’un scandale sur les réseaux sociaux.

Une pub absurde, un algorithme approximatif, et une affaire devenue virale : Temu, la plateforme chinoise régulièrement épinglée pour ses dark patternes et la qualité de ses produits vend désormais de la viande. Au début du mois de mai 2026, des internautes américains repèrent sur Google une annonce étrange : une boîte de conserve proposée à la vente sur Temu, avec pour intitulé « human meat », littéralement viande humaine. L’image fait le tour des réseaux sociaux en quelques heures. Les théories complotistes s’enchaînent sur fond de trafic humain et de pizza gate, les mèmes aussi. La plateforme chinoise n’est bien sûr pas devenue le fournisseur préféré d’Hannibal Lecter. Il semblerait qu’un fournisseur ait simplement glissé le terme « viande pour humains » dans les métadonnées de son produit, afin de ne pas être référencé par erreur dans les résultats de recherche pour de la nourriture pour animaux.

La traduction hasardeuse de la plateforme et l’absence de modération ont fait le reste. Le scandale s’est essoufflé, et l’histoire aurait pu s’arrêter là. Sauf que cette publicité a mis en lumière une réalité potentiellement bien plus inquiétante que du cannibalisme en boîte : Temu ambitionne de remplacer votre boucher.

Temu veut livrer vos steaks

Depuis juin 2025, une entreprise new-yorkaise vend des steaks, des côtelettes et du bacon wagyu directement sur la plateforme. Les produits sont expédiés depuis un entrepôt américain, emballés dans des sacs isothermes, et livrés dans des délais comparables à ceux d’un supermarché en ligne. Sur TikTok, les vidéos de déballage de ces « steaks Temu » cumulent des centaines de milliers de vues.

Ce qui importe réellement dans cette affaire, c’est que Temu, dont la proposition de valeur a toujours reposé sur des gadgets à quelques centimes expédiés directement depuis des usines chinoises, est en train d’opérer un pivot stratégique massif. La plateforme veut devenir votre commerce de proximité, et expédier tout et n’importe quoi, des emporte-pièces pour pâte polymère jusqu’aux saucisses pour votre barbecue du dimanche.

En Europe, c’est l’Allemagne qui sert de terrain d’expérimentation. Depuis l’été 2025, Temu y recrute activement des fournisseurs alimentaires locaux : charcuterie, confiserie, boissons, produits régionaux. La stratégie affichée est celle du « local to local » : des producteurs européens qui vendent à des consommateurs européens, avec Temu comme simple intermédiaire logistique. Dans les faits, les industriels ont déjà commencé à tirer la sonnette d’alarme.

En France, le mouvement est enclenché

La France n’est pas encore touchée. Mais on peut déjà trouver sur Temu du saucisson au comté et des produits estampillés Label Rouge. Et la plateforme ne cache pas ses ambitions : elle dit vouloir que 80 % de ses ventes européennes proviennent de producteurs locaux d’ici quelques années. Un accord logistique signé avec La Poste en octobre 2025 donne une idée de l’ambition affichée. Rappelons que Temu compte aujourd’hui 16 millions d’utilisateurs mensuels en France. C’est le troisième site d’e-commerce du pays, derrière Amazon et Leboncoin. Un acheteur français sur quatre a déjà passé commande sur la plateforme.

Sur le plan réglementaire, l’étau se resserre lentement. La Commission européenne a ouvert une enquête contre la plateforme en octobre 2024, au titre du règlement sur les services numériques (DSA), pour soupçon de vente de produits illégaux ou dangereux. Une amende potentielle pouvant atteindre 6 % du chiffre d’affaires annuel est en jeu. À partir du 1er juillet 2026, un droit de douane fixe de 3 € s’appliquera à tous les petits colis d’une valeur inférieure à 150 € entrant dans l’UE, ce qui devrait théoriquement renchérir le modèle des expéditions directes depuis la Chine. Mais c’est précisément ce modèle que Temu est en train d’abandonner, au profit d’une expédition locale.

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