Pendant des années, les abonnés aux IPTV pirates ont été intouchables. La justice démantelait les gros poissons, les fournisseurs de flux, les grossistes, les revendeurs, mais le client final, lui, regardait ses matchs depuis son canapé sans jamais recevoir de courrier recommandé. Cette tranquillité est en train de prendre fin. Une opération récente a permis d’identifier plusieurs centaines de clients grâce à leurs relevés bancaires. Leur point commun : tous étaient clients de la néobanque Revolut.
La Haute Cour irlandaise s’invite chez Revolut
L’affaire se déroule en Irlande, et l’attaquant s’appelle Sky. Le groupe audiovisuel a obtenu de la Haute Cour une injonction contraignant Revolut à livrer les données personnelles de l’ensemble de ses clients qui avaient réglé un abonnement au service pirate « IPTV is Easy », l’une des plateformes illégales les plus populaires du pays, aujourd’hui fermée. De fil en aiguille, la justice a pu remonter jusqu’aux dix revendeurs identifiés, puis jusqu’aux 304 abonnés.
Ce sont précisément ces clients qui ont eu la mauvaise surprise de recevoir chez eux une lettre de mise en demeure, les sommant de désactiver immédiatement et définitivement tout abonnement IPTV illégal, sous peine de poursuite. En cas de manquement, Sky se réservait le droit de réclamer une injonction, des dommages et intérêts, le remboursement de ses frais de justice, voire le paiement des abonnements jamais réglés. À ce stade, aucune plainte formelle n’a encore été déposée, mais le message est clair.
Le vrai point faible du piratage
C’est ici que l’affaire dépasse de très loin son cadre irlandais. Depuis des années, la lutte contre l’IPTV pirate se concentre sur le blocage des noms de domaine, la fermeture des serveurs et coupure des flux en plein match. Cette fois, c’est la transaction bancaire qui est visée. Un abonnement, même pirate, doit être payé. Et payer laisse une trace : un virement, une transaction par carte, une ligne dans un relevé… peu importe le VPN ou le résolveur DNS, aucun de ces outils ne protège la transaction elle-même. Il a suffi à Sky d’une décision de justice pour contraindre Revolut à collaborer.
Le procédé n’a rien d’un cas isolé. En France, le parquet d’Arras a sanctionné mi-mars une vingtaine d’utilisateurs finaux, identifiés lors du démantèlement d’un réseau de revendeurs, avec des amendes de 300 à 400 € par tête. En Italie, la Guardia di Finanza a remonté des milliers d’abonnés après une opération similaire, suivie de demandes de dommages et intérêts des ayants droit. Ce ne sont plus les fournisseurs qui sont dans le viseur de la justice européenne, mais bien les clients.
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