Ce jeudi 25 juin, l’Institut national de l’information géographique et forestière inaugure son successeur : cartes.gouv.fr. Même ambition, interface repensée, et une vraie question derrière : est-ce que les Français vont switcher de Google Maps pour une carte d’État ?
Le site doit progressivement succéder au Géoportail, qui fermera ses portes en septembre 2026, tout en réunissant des services auparavant dispersés entre plusieurs plateformes : geoportail.gouv.fr, geoservices.ign.fr, macarte.ign.fr ou encore espacecollaboratif.ign.fr. Un chantier de consolidation pensé, cette fois, pour le grand public. Lancé en décembre 2025 pour les professionnels, cartes.gouv.fr reçoit déjà environ 200 000 visites par mois.
Ce que ça fait, et ce que Google Maps ne fait pas
Le principe est de mettre à disposition un grand nombre de cartes et données géographiques publiques, dont un équivalent à Street View, en proposant des données que le géant américain ne délivre pas à ses utilisateurs. C’est là que le site sort vraiment du lot. Pas sur la navigation, Google Maps reste plus rapide, plus mis à jour, mieux intégré dans les usages mobiles, mais sur la profondeur des données disponibles.
Le site rassemble plus de 1 100 couches cartographiques : cadastre, forêts, risques naturels, urbanisme, énergies renouvelables, photographies aériennes ou cartes historiques. Plus de 600 téraoctets de données hébergées, plus de 300 millions de requêtes par jour sur les serveurs. Le Museum national d’Histoire naturelle, l’Office français de la biodiversité, l’INRAE, les métropoles de Lyon et du Grand Paris figurent parmi les partenaires qui alimentent le catalogue.

Quelques exemples concrets de ce qu’on peut faire dessus : visualiser le relief du territoire grâce à un scan LiDAR de précision centimétrique, consulter le cadastre de n’importe quelle parcelle, superposer les zones à risque d’inondation avec les projets d’urbanisme, voir où les propriétaires ont l’obligation légale de débroussailler avant l’été, ou encore savoir où on a le droit de faire voler son drone. Des données que Google n’a ni intérêt ni obligation de vous donner.
Panoramax : le Street View qu’on peut alimenter soi-même
Lancé en 2022 par l’IGN et OpenStreetMap France, ce commun numérique propose une alternative libre à Google Street View. Près de 110 millions de photos sont déjà disponibles, ce qui représente presque un million de kilomètres photographiés par plus de 2 000 contributeurs à travers le monde.

La différence avec Google Street View tient dans la gouvernance. Chez Google, les données appartiennent à Google. Sur Panoramax, le service repose sur une architecture décentralisée, la gouvernance est partagée au sein d’une communauté, et n’importe qui peut contribuer en photographiant des lieux visibles depuis la voie publique. La couverture n’est pas encore complète sur tout le territoire français? c’est l’un des chantiers ouverts. Mais un bouton 3Contribuer3 sur le site invite directement à participer.
Les cartes historiques, le vrai trésor caché
C’est l’une des fonctionnalités que les curieux vont adorer. Cartes.gouv.fr donne accès à trois cartes historiques géoréférencées : la carte de Cassini, première carte topographique débutée sous Louis XIV, qui montre la France prérévolutionnaire avec ses routes, ses villes et ses forêts d’avant l’industrialisation. La carte de l’état-major du début du XIXe siècle. Et la carte au 1:50 000 de 1950, qui documente la France juste avant les grands remembrements agricoles, l’explosion des zones pavillonnaires et la construction du réseau autoroutier. Superposer ces cartes aux photographies aériennes actuelles permet de voir en quelques secondes ce qui a disparu depuis soixante-dix ans.

Ce que les Français en pensent, et pourquoi ça change quelque chose
L’IGN a commandé un sondage Ipsos BVA auprès de 1 000 Français en mai 2026. 87 % jugent indispensable ou important que l’État développe ses propres outils cartographiques, indépendants des multinationales. Un score qui est au niveau de l’attachement aux services de santé numérique, et loin devant l’engouement pour l’IA générative.
Plus intéressant, 56 % affirment être dérangés par le fait que certaines applications de cartographie enregistrent et stockent leurs déplacements, recherches et habitudes de navigation. Cartes.gouv.fr est gratuit, sans publicité, sans exploitation des données personnelles. 73 % des sondés préfèrent une carte produite par une institution publique française plutôt que par une grande entreprise technologique internationale.
Le Géoportail fermera ses portes courant septembre. L’IGN activera un renvoi automatique vers la nouvelle adresse, interrompu dès décembre 2026. Ce qui signifie qu’il faut remplacer les permaliens et les cartes intégrées depuis le Géoportail par les équivalents sur cartes.gouv.fr. Pour les médias, les collectivités et les professionnels qui ont intégré des cartes IGN dans leurs sites, le délai est court.
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