C’est le 21 juin qu’a été déposé cet objet par la barge Pegasus, un immense navire utilisé par la NASA pour transporter par voie fluviale et maritime les composants de fusées beaucoup trop volumineux pour voyager autrement. Spécialement conçue pour accoster et décharger sa cargaison au Kennedy Space Center, la barge a livré avec succès une immense galette métallique aux allures de soucoupe volante. Une copie presque conforme de celles que l’on retrouvaient dans les vieux films de SF des années 1950 (Plan 9 from Outer Space, Earth vs. the Flying Saucers, Forbidden Planet ou Killers from Space), bien qu’elle ne quittera jamais l’atmosphère.
En effet, il s’agissait d’une « weather cover », destinée à coiffer l’étage principal du Space Launch System qui emmènera l’équipage d’Artemis III à l’horizon 2027. Sa forme, un dôme circulaire épouse naturellement le réservoir cylindrique de la fusée pour le protéger de l’humidité ou des intempéries lorsque l’étage central est exposé à l’air libre lors des opérations de transfert au sol. Alors oui, c’est moins excitant qu’une vraie soucoupe volante, mais sans cette pièce, le cœur de la fusée la plus puissante du monde se retrouverait sans défense face aux éléments terrestres.
La Floride : un infernal SPA pour le SLS
Si elle n’est arrivée que sur le tard, c’est parce que la mission Artemis III a été déclassée fin février et que la capsule Orion restera seulement en orbite basse sans aller se poser sur la Lune. L’occasion, pour l’équipage, de répéter les manœuvres d’amarrage entre la capsule et les alunisseurs commerciaux de SpaceX (Starship HLS) et de Blue Origin (Blue Moon).
Selon le profil de mission qui sera ajusté par la NASA, la capsule Orion circulera à environ 460 kilomètres d’altitude; elle n’a donc pas besoin de l’ICPS (Interim Cryogenic Propulsion Stage). Lors d’Artemis II, c’est grâce à lui que la capsule a pu être propulsée hors de l’attraction terrestre pour entamer son grand voyage vers la Lune.
À la place d’ICPS devenu inutile, la NASA a glissé une entretoise de jonction, puisque l’étage principal amène Orion aux portes de l’orbite, où le module de service de la capsule se charge de la dernière poussée : une manœuvre sans commune mesure avec la propulsion vers la Lune qu’assurait l’ICPS. Le lanceur d’Artemis III sera donc sensiblement plus court que son prédécesseur ; une allure plus ramassée que les équipes de la NASA ont baptisée « short stack ».
Seulement, entre l’assemblage et l’allumage, la fusée passera parfois de longues semaines, exposée sur son pas de lancement 39B, malmené par le climat de la côte floridienne, réputé pour ses sautes d’humeur. Il réunit les pires conditions pour un engin spatial : une humidité poisseuse, des bourrasques salines, des orages soudains et le risque de voir la foudre taper les surfaces métalliques.
L’étage principal étant gainé d’une mousse isolante qui maintiendra ses ergols au bord de l’ébullition (l’hydrogène liquide frôle les -253 °C), il est donc très vulnérables aux caprices de la météo. Sans protection, elle risquerait d’absorber l’humidité ambiante comme une éponge ou de se détériorer sous l’effet des pluies battantes, ce qui pourrait créer de dangereuses plaques de glace au moment du remplissage des réservoirs.

La « soucoupe volante » le coiffera et servira ainsi d’écran protecteur jusqu’au moment où la fusée décollera. Hasard du calendrier, sa photo a refait surface pour le World UFO Day, qui se tient chaque année le 2 juillet, afin de commémorer l’anniversaire de l’incident de Roswell, survenu le 2 juillet 1947 au Nouveau-Mexique. Un équipement purement utilitaire qui se présente avec la même silhouette que ce fantasme de l’après-guerre, que l’U.S. Air Force a elle-même démenti dans les années 1990 : le plus savoureux télescopage de l’année entre la science-fiction et la science tout court.
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