Les loot boxes sont-elles en train de vivre leurs dernières années telles qu’on les connaît ? L’industrie du jeu vidéo, au minimum européenne, se prépare à une vague de régulations autour des achats aléatoires, de la vérification d’âge et de l’accès des mineurs aux jeux. Après des années de débats, l’Europe pourrait devenir l’un des territoires les plus stricts au monde sur le sujet, avec des conséquences qui dépasseraient largement ses frontières.
Pour rappel, une loot box est une récompense virtuelle achetée avec de l’argent réel ou une monnaie du jeu, sans savoir précisément ce qu’elle contient. Elle peut renfermer une carte, un personnage, une apparence cosmétique, une arme ou un bonus, avec une valeur en jeu et un niveau de rareté que l’on ne connait pas à l’avance. Le problème vient évidemment de l’aléatoire puisqu’on paie, on ouvre, et on n’est absolument pas sûr d’avoir l’objet convoité, ce qui pousse à repasser à la caisse si ce n’est pas le cas. Un fonctionnement qui rappelle certains mécanismes de jeu d’argent, même lorsqu’il ne permet pas de gagner de l’argent réel.
Des années de polémiques, EA en cause
Le débat n’est pas nouveau. En 2017, Star Wars Battlefront II avait concentré la colère des joueurs en liant une partie de sa progression à des achats aléatoires. Face au tollé, Electronic Arts avait fini par revoir profondément son système. Depuis, les packs de cartes de FIFA Ultimate Team, les tirages “gacha” des jeux mobiles ou les boîtes à récompenses de nombreux free-to-play sont régulièrement accusés d’encourager des dépenses difficiles à maîtriser, particulièrement chez les plus jeunes.
Le modèle reste cependant très rentable pour les studios. Les mécaniques fondées sur le hasard auraient généré environ 23 milliards de dollars de revenus mondiaux en 2025. Elles permettent à des jeux gratuits d’attirer un immense public, puis de se financer grâce à une minorité de joueurs très dépensiers. C’est aussi ce qui rend toute interdiction potentielle aussi sensible pour les éditeurs.
Depuis juin, les jeux intégrant des objets aléatoires payants reçoivent par défaut une classification PEGI 16. Il ne s’agit pas encore d’une interdiction, mais on veut envoyer un signal fort. Un titre jusque-là pensé pour un public très large peut désormais être moins accessible aux mineurs, y compris en magasin et sur les boutiques numériques.
L’étape suivante pourrait être encore plus déterminante. Le Parlement européen a déjà appelé à interdire les mécanismes assimilables à des jeux d’argent dans les jeux accessibles aux mineurs. La future Digital Fairness Act, encore en préparation, pourrait imposer une réponse commune aux 27 pays de l’Union, mettant en place le consentement parental obligatoire, un affichage clair des probabilités ou encore la possibilité de désactiver les monnaies virtuelles. À ce stade, le texte final n’existe pas encore, donc aucune mesure précise ne doit être considérée comme acquise.
L’Europe peut faire bouger le monde entier
Les éditeurs ne développent pas toujours des versions totalement différentes de leurs jeux selon les pays parce que ça coûte cher, ça complexifie les mises à jour et ça fragmente les communautés inutilement, surtout à l’ère du crossplay généralisé. Si l’Union européenne impose des règles strictes sur un marché de près de 450 millions de consommateurs, beaucoup de groupes pourraient préférer modifier leurs systèmes pour tout le monde plutôt que de créer une version européenne à part.
On a déjà vu ce phénomène avec le RGPD ou encore le Digital Services Act. Une limitation des loot boxes pour les mineurs en Europe pourrait donc accélérer des changements au Japon, aux États-Unis ou dans les jeux mobiles distribués partout dans le monde.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.