L’argument massue mis en avant par les deux entreprises concerne une économie annuelle de 600 euros par rapport à un plein d’essence. Le calcul est juste, mais il compare l’offre à la mauvaise référence. Voici ce qu’il faut vérifier avant de foncer.
Ce que contient réellement le forfait
Le principe repose sur la recharge pilotée. L’abonné indique dans l’application Octopus Energy le niveau de charge souhaité et l’heure à laquelle son véhicule doit être prêt, et le système programme automatiquement la session lors des périodes de faible demande électrique ou de forte production décarbonée. Toutes les recharges à domicile passant par cette application sont incluses sans limite dans le forfait. Côté itinérance, l’abonné accède au réseau Powerdot, fort de 7 500 points de charge rapides et ultra-rapides répartis sur 1 100 stations actives en France, via la plateforme Electroverse d’Octopus Energy, il suffit de brancher le véhicule pour lancer la session, sans transaction supplémentaire. Près de la moitié du parc électrique français serait déjà compatible, soit plus de 500 000 conducteurs, pour les marques Renault, Tesla, Ford, Volkswagen, Skoda, Cupra, Audi et Porsche.
Le mot illimité mérite toutefois d’être vérifié dans en détail. Contactée par nos confrères de 01net, l’entreprise confirme qu’il n’y a effectivement aucune limite de volume, à condition qu’il s’agisse d’un usage non professionnel et raisonnable du véhicule. Mais deux conditions strictes encadrent ce principe. À domicile, seules les recharges lancées via l’application comptent dans le forfait, une recharge manuelle, en dehors des créneaux programmés, bascule au tarif classique du contrat. Sur le réseau Powerdot, le lancement doit également passer par l’application Electroverse, sans contrôle poussé empêchant qu’un abonné démarre une session pour le compte d’un proche, une question de confiance plutôt que de vérification technique, reconnaît Octopus Energy lui-même.
Des conditions d’éligibilité qui réduisent le public concerné
Le forfait n’est pas ouvert à tout le monde. Il exige une maison individuelle équipée d’un compteur Linky communicant, ce qui exclut d’office les copropriétés et les logements collectifs. Certaines marques restent absentes de la compatibilité, notamment Hyundai, Kia et Volvo, tandis que des règles de combinaison limitent l’ajout de plusieurs véhicules sur un même compte, deux voitures de la même marque n’étant par exemple pas toujours autorisées ensemble. Chaque véhicule supplémentaire ajoute par ailleurs un forfait complet à la facture mensuelle.
Autre point rarement mis en avant, c’est qu’en souscrivant ce forfait, Octopus Energy devient le fournisseur d’électricité de l’ensemble du logement, pas seulement de la voiture. Or sa grille tarifaire pour la consommation domestique hors recharge, environ 0,19 euro TTC le kWh en base, se situe deux à trois centimes au-dessus de plusieurs offres concurrentes du marché selon une analyse d’Automobile Propre, un surcoût qui pèse davantage dans les foyers tout-électriques que dans ceux équipés au gaz.
Voici le vrai calcul
C’est là que la comparaison mise en avant par Octopus Energy s’effondre. Économiser 600 euros par an face à un plein d’essence n’a de sens que pour qui hésite encore à passer à l’électrique. Pour qui roule déjà en véhicule électrique, la vraie question est de savoir si ce forfait coûte plus ou moins cher qu’un contrat classique associé à un paiement à l’usage sur les bornes publiques.
Le calcul détaillé d’Automobile Propre répond assez précisément à cette question. Pour un usage exclusif du réseau Powerdot sans passer par un contrat d’électricité pilotée, le forfait ne devient rentable qu’à partir d’environ 95 kWh rechargés chaque mois, soit environ 600 kilomètres parcourus mensuellement sur ce seul réseau. Pour un usage mixte plus réaliste, 20 000 kilomètres par an dont 3 000 en itinérance sur les bornes publiques pour les vacances, le coût cumulé d’un contrat classique plus un paiement à l’usage s’élève à environ 608 euros sur l’année, contre un peu moins de 600 euros pour le Drive Pack, l’écart existe, mais il est marginal, à peine plus de 1 euro par mois de différence !
Une fois ces éléments posés, le verdict se dessine sans ambiguïté. Le Drive Pack rend un vrai service à un profil précis, les gros rouleurs en maison individuelle qui recourent fréquemment aux bornes publiques et qui préfèrent payer un prix fixe prévisible plutôt que d’optimiser au kWh près. Pour ce public-là, la tranquillité d’esprit vaut sans doute la faible différence de coût.
Pour tous les autres, ceux qui roulent peu, qui rechargent presque exclusivement chez eux, ou qui vivent en copropriété, le forfait n’apporte ni économie significative ni avantage pratique, et le surcoût sur l’électricité domestique risque même de faire pencher la balance dans le mauvais sens. Avant de signer, mieux vaut donc calculer son kilométrage réel et sa part de recharge en itinérance que de se fier au seul argument comparatif avec l’essence, qui ne concerne plus personne une fois qu’on roule déjà en électrique.
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