Quand le thermomètre s’emballe, le vélo devient vite un sport extrême. Uber Eats et Deliveroo ont annoncé cette semaine à l’AFP qu’ils suspendraient les livraisons de repas entre 14 h et 18 h dans les départements placés en vigilance rouge canicule par Météo-France.
Pause chaleur pour les plateformes
La mesure répond à une demande du secteur, mais aussi à une pression du gouvernement. La semaine dernière, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou avait demandé aux deux principaux acteurs de la livraison de repas de prendre des mesures pour protéger les travailleurs exposés aux fortes chaleurs. Il a salué « un pas important », tout en appelant les restaurants partenaires à donner accès aux livreurs à de l’eau et à des espaces de fraîcheur. Un minimum syndical, pourrait-on dire, quand on demande à quelqu’un de traverser la ville en plein épisode caniculaire.
9 départements de l’ouest sont en vigilance rouge hier ; 67 départements ont été placés en milieu de semaine en vigilance orange canicule par Météo-France, qui évoque un « épisode caniculaire sévère et durable ». Il pourrait se prolonger jusqu’à la fin de la semaine, voire au-delà. C’est déjà le troisième épisode de chaleur intense en moins de deux mois, après celui de la fin mai, très précoce, puis la vague de chaleur de la deuxième quinzaine de juin.
Ces épisodes se multiplient avec le réchauffement climatique : plus de la moitié des 53 vagues de chaleur répertoriées depuis 1947 sont survenues après 2010. Pour les livreurs, souvent à vélo et en extérieur, la note se paie directement dans les jambes. Reste une question moins rafraîchissante : qui paie la pause ? Interrogé sur une éventuelle indemnisation du manque à gagner, Uber Eats explique que les créneaux ont été choisis pour trouver un « point d’équilibre » entre la sécurité des livreurs et l’impact sur leurs revenus. Deliveroo, de son côté, n’a pas souhaité s’exprimer.
La CGT voit le verre d’eau nettement moins rempli. Le syndicat estime que cette décision rend les travailleurs précaires encore plus précaires, en l’absence d’un revenu de remplacement. La mairie de Paris avait d’ailleurs écrit fin juin aux plateformes pour demander une rémunération minimum lorsque les conditions météo imposent une baisse ou une suspension de l’activité.
Le sujet renvoie à l’éternelle question du statut des livreurs. Un décret de 2025 a renforcé les obligations des entreprises envers leurs salariés en cas de fortes chaleurs. Mais les livreurs d’Uber Eats et Deliveroo sont indépendants, souvent micro-entrepreneurs : le texte ne s’applique donc pas directement à eux.
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