L’annonce a fait l’effet d’une bombe dans l’histoire du e-commerce. Rakuten a annoncé avoir engagé un plan de cession pour sa marketplace française. À défaut de repreneur d’ici quelques mois, la fermeture définitive du site est désormais sur la table. Les 180 salariés de la filiale ont appris la nouvelle le 7 avril dernier, une information révélée par nos confrères de Capital et depuis confirmée par le groupe. Le site continuera de tourner encore quelques mois, mais l’échéance est claire : sans acquéreur, tout s’arrêtera au troisième trimestre 2026.
PriceMinister est considéré comme le tout premier site e-commerce français. La plateforme a grandi à une époque où Amazon débarquait à peine dans l’Hexagone et où personne n’imaginait encore que l’achat en ligne deviendrait un réflexe. Racheté par le groupe japonais Rakuten en 2010 pour 200 millions d’euros, le site a changé plusieurs fois de visage et de dirigeants avant de devenir, en 2018, Rakuten France.
Un déclin lent mais implacable
En dix ans, le nombre de clients de la plateforme a chuté de 33 %, tandis que sa fréquentation s’est effondrée de 42 % sur la même période. Au troisième trimestre 2025, selon le baromètre de la Fevad et de Médiamétrie, Rakuten France comptait en moyenne 9,5 millions de visiteurs uniques par mois. Amazon, lui, en cumulait 38,8 millions sur la même période, et même Cdiscount, pourtant lui aussi fragilisé ces dernières années, faisait mieux avec 15,5 millions de visiteurs.
Rakuten n’est pourtant pas resté les bras croisés. Le groupe évoque les investissements réalisés ces dernières années, avec le développement d’un programme de fidélité, d’une offre de seconde main, ou encore de l’affiliation. Rien n’y a fait. Le communiqué officiel du groupe parle sobrement d’une activité qui “opère depuis une dizaine d’années dans un marché en rapide mutation” et fait face à “une perte d’activité chronique“. Manière polie de dire que le modèle de la marketplace généraliste à la française n’a pas résisté face à la vague Amazon.
La faute à qui ?
Difficile de résumer la scène du e-commerce français ces dernières années sans évoquer l’hécatombe qui a frappé les acteurs français. Qu’il s’agisse de Cdiscount, La Redoute, Veepee ou encore Showroomprivé, les grands noms francophones se sont progressivement inclinés face à Amazon et Vinted, puis face aux acteurs chinois Shein et Temu. Rakuten France n’a pas échappé à l’évolution du marché, et s’est retrouvé broyé entre un mastodonte américain installé depuis vingt ans et une nouvelle génération de plateformes chinoises capables de vendre moins cher que tout le monde, livrées directement depuis leurs entrepôts.
Cette fermeture s’inscrit aussi dans une stratégie plus large du groupe japonais, qui referme peu à peu ses activités de marketplace en Europe depuis 2016. L’Espagne, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Autriche ont déjà vu leur site Rakuten local disparaître faute de rentabilité. Il ne restait donc plus que le Japon, Taïwan et la France, qui s’apprête à son tour à sortir de la liste. Bonne nouvelle tout de même pour les curieux de l’écosystème Rakuten, les autres entités du groupe présentes en France ne sont pas concernées et continueront leur activité, qu’il s’agisse de Rakuten Kobo ou du reste de l’écosystème. Le centre technologique européen du groupe, basé à Paris, devrait lui aussi survivre à la tempête.
Reste la question sensible des 180 salariés concernés. Rakuten France assure vouloir “déployer un accompagnement adapté pour chacun des collaborateurs concernés” en cas d’arrêt définitif de l’activité, sans toutefois donner de détails précis sur les mesures envisagées. D’ici là, la recherche d’un repreneur continue en coulisses, mais aucun nom ne circule pour l’instant.
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