Deux ans plus tard, ce même technicien lui propose un tiers des parts d’une entreprise naissante appelée Apple, pour 50 000 dollars. Bushnell refuse. Ce technicien s’appelait Steve Jobs.
Un employé difficile qu’on isole plutôt qu’on ne renvoie
Jobs rejoint Atari en 1974, recruté par l’ingénieur Al Alcorn, le concepteur de Pong. Il devient l’employé numéro 40 de la société, alors en pleine effervescence dans la Silicon Valley naissante. Rapidement, son comportement pose problème car il se montre cassant avec ses collègues, critique ouvertement leur travail, et impose ses opinions sur des sujets techniques qu’il ne maîtrise pas toujours.
Nolan Bushnell racontera des années plus tard, lors d’une conférence en 2011, que Jobs était sur le point d’être renvoyé pour son incapacité à travailler avec les autres. Plutôt que de le licencier, Bushnell choisit une solution radicale, il le place en horaire de nuit, seul dans l’atelier, loin du reste de l’équipe. Un compromis pour garder un élément jugé prometteur sans exposer le reste des équipes à ses frictions permanentes.
Le pari qui rapporte : Breakout et Steve Wozniak
C’est durant cette période que Bushnell confie à Jobs la conception du jeu Breakout, avec une prime de 100 dollars pour chaque puce électronique économisée sur le circuit. Jobs, qui n’a pourtant pas les compétences techniques pour relever le défi seul, fait appel en coulisses à son ami Steve Wozniak, alors salarié chez Hewlett-Packard. Wozniak conçoit le circuit en quelques nuits, avec un nombre de puces jugé exceptionnellement bas pour l’époque.
Jobs touche la prime complète, dissimule son montant réel à Wozniak, et ne lui reverse qu’une fraction de la somme. L’épisode, resté célèbre dans la légende Apple, préfigure déjà la nature de leur future association : Wozniak à la technique, Jobs à la gestion (pas toujours honnête) des intérêts communs.
Le jour où Bushnell a dit non à un tiers d’Apple
Quelques années plus tard, en 1976, Jobs et Wozniak lancent Apple Computer depuis le garage familial des Jobs. À court de financement, Jobs revient voir Bushnell avec une proposition directe : un tiers de la nouvelle société contre 50 000 dollars. Bushnell, alors accaparé par les difficultés financières d’Atari et peu convaincu par le potentiel commercial d’un micro-ordinateur destiné au grand public, décline l’offre.
Il oriente à la place Jobs vers Don Valentine, un investisseur en capital-risque de la Silicon Valley, qui lui-même le met en relation avec Mike Markkula, celui qui deviendra le véritable premier investisseur institutionnel d’Apple, avec un apport de 250 000 dollars contre environ un tiers de la société.
Une décision à plusieurs milliards de dollars
Bushnell n’a jamais caché ce choix ni cherché à le maquiller en anecdote sans importance. Dans plusieurs interviews données au fil des décennies, il a reconnu que cette décision comptait probablement parmi les plus coûteuses de sa carrière, sans jamais formuler de regret appuyé, la replaçant plutôt dans le contexte réel de l’époque où Atari se battait alors pour sa propre survie financière, et un investissement dans un projet d’ordinateur personnel semblait secondaire face à l’urgence immédiate.
Apple vaut aujourd’hui plusieurs milliers de milliards de dollars en bourse. Atari, revendue et rachetée à plusieurs reprises depuis, n’existe plus aujourd’hui que comme une marque sous licence. Bushnell garde malgré tout une place à part dans cette histoire car il est l’homme qui a gardé Jobs quand il aurait pu le renvoyer, et qui l’a laissé partir quand il aurait pu devenir son associé !
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