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Trains, restos, hôtels… la Commission nationale veut interdire les espaces no kids

Interdire les espaces interdits aux enfants, pour ne mettre personne de côté.

Wagons sans enfants, hôtels réservés aux adultes, restaurants qui filtrent les poussettes : la France découvre les joies du « no kids », et certains adultes s’en réjouissent. Récemment, c’est la SNCF qui avait fait polémique en interdisant les plus jeunes dans certains de ses wagons. La Commission nationale consultative des droits de l’Homme, réclame carrément leur interdiction.

Exclure les enfants, c’est discriminant

Fin janvier 2026, la SNCF annonçait la création d’une classe « Optimum », vendue comme un cocon de calme, et interdite aux moins de 12 ans. L’idée était selon la compagnie de garantir « un maximum de confort à bord ». Dans les faits, l’annonce a surtout déclenché une polémique, au point de remonter jusqu’à la haut-commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry, qui avait décidé de saisir la CNCDH pour discrimination.

Six mois plus tard, la copie est rendue. Dans un avis publié le 6 juillet, l’institution recommande sans détour « d’interdire les espaces no kids lorsqu’ils ne sont pas justifiés par la nécessité de protéger l’enfant ». Autrement dit, à l’exception d’un parc aquatique qui limite l’accès au grand bassin pour des raisons de sécurité, ou encore d’une boîte de nuit qui refuse l’entrée aux plus jeunes, il n’est pas légitime d’interdire certains espaces à certaines catégories de personnes pour des raisons de confort et de tranquillité.

Un vide juridique

Interrogée par nos confrères de RMC, la Haute-commissaire à l’Enfance Sarah El Haïry explique : « Faire une distinction fondée sur l’âge, c’est une infraction pénale. À partir du moment où on ne peut discriminer personne, comme les femmes et les personnes âgées, on ne discrimine pas non plus les enfants » Le discours est ferme, la réalité juridique un peu plus floue. Le code pénal interdit bien la discrimination par l’âge depuis une loi de 2001, avec jusqu’à trois ans de prison et 45 000 euros d’amende à la clé. Mais la jurisprudence tolère des exceptions dès lors qu’une « exigence professionnelle essentielle et déterminante » est invoquée.

Même flou du côté de la Convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée par la France en 1990, dont l’article 31 garantit pourtant l’accès des enfants aux loisirs et aux espaces récréatifs. Problème : ce texte ne s’applique pas directement devant les juges français tant qu’aucune loi ne vient le transposer. C’est précisément ce vide que pointe la CNCDH, sans pouvoir de le combler elle-même : l’institution, créée en 1947 et forte de 64 membres, ne peut que conseiller le gouvernement et le Parlement. Son avis, aussi tranché soit-il, ne change rien au droit en vigueur tant que personne ne légifère. La classe Optimum de la SNCF reste donc parfaitement légale, pour l’instant.

Le réarmement démographique va attendre

Ce qui frappe surtout dans le rapport, c’est le contexte qu’il dessine en creux. La France a enregistré 645 000 naissances en 2025, soit 2,1 % de moins qu’en 2024, après une chute de 7 % en 2023 selon l’Insee. Un recul si marqué que 2025 marque, pour la première fois de son histoire contemporaine, un solde naturel négatif : plus de décès que de naissances sur l’année. Dans ce climat, voir se multiplier des espaces qui excluent justement les enfants a quelque chose d’ironique, surtout à l’heure où les institutions appellent au réarmement démographique.

Au-delà de la seule interdiction, l’avis formule 18 recommandations pour rendre l’espace public plus accueillant aux plus jeunes, de la réduction de la vitesse automobile aux campagnes de sensibilisation sur la cohabitation entre générations. Reste à savoir si cet avis restera un simple coup de communication ou s’il débouchera sur une vraie réforme du code pénal ou de la loi Égalité et Citoyenneté.

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