Il fut un temps où le Game Pass était présenté comme la plus belle idée d’Xbox. Aujourd’hui, c’est peut-être celle qui menace de tout emporter. Abonnés en fuite, licenciements en série, studios rachetés à prix d’or puis bradés : le « Netflix du jeu vidéo » ressemble de plus en plus à un piège que Microsoft s’est tendu tout seul.
64 cents perdus sur chaque dollar
64 cents. C’est ce que Xbox perd sur chaque dollar investi dans le jeu vidéo. Et ce n’est pas un analyste grincheux qui le balance, c’est Asha Sharma en personne, la nouvelle patronne de la division. Dans un mémo interne, elle a expliqué qu’une année type, Microsoft perdait 64 cents pour chaque dollar investi. Autant dire que la maison brûle. Et au centre de l’incendie, il y a une idée qui paraissait géniale sur le papier étant bien sûr le Game Pass.
Un pari à 9,99 euros qui devait tout changer
L’idée de départ semblait pourtant bonne. En juin 2017, Xbox lance son abonnement à 9,99 euros par mois avec une centaine de jeux. Netflix cartonne, Spotify aussi, alors pourquoi pas le jeu vidéo ? Quelques mois plus tard, Phil Spencer sort la carte maîtresse : tous les jeux maison seront disponibles dès le jour de leur sortie dans l’abonnement. Halo, Gears of War, Forza et consorts, tout ça pour le prix d’un McDo.
Seulement, sortir un jeu à 70 balles qui a coûté des millions à produire et le mettre le jour même derrière un abonnement à 10 euros, ça pose quand même des questions niveau rentabilité. Pour que l’abonnement ressemble vraiment à un « Netflix du jeu », il fallait du contenu, beaucoup de contenu. Alors Xbox et donc Microsoft, a sorti son énorme chéquier.
La razzia qui a plombé les comptes
Et là, on ne parle plus de millions, mais de milliards. Xbox rachète Undead Labs, Ninja Theory, Compulsion, Obsidian, Double Fine, puis Bethesda. Le tout pour nourrir le Game Pass en exclusivités. La gestion de ces studios devient ensuite franchement bancale.
Le clou du spectacle, c’est évidemment Activision-Blizzard, avalé pour 63 milliards d’euros. L’objectif ici est d’engloutir Call of Duty, Diablo, Overwatch et aussi d’avoir une porte d’entrée sur le mobile via Candy Crush. Sur le moment, l’industrie applaudit le culot. Trois ans plus tard, on rigole beaucoup moins.
Call of Duty, le symbole qui déraille
Call of Duty devait être la vache à lait ultime du Game Pass. C’est devenu l’exemple parfait de l’autosabotage. Black Ops 6 a beau avoir été le jeu le plus vendu aux États-Unis en 2024, sa présence dans le Game Pass aurait coûté environ 275 millions d’euros de ventes perdues à Microsoft. Après tout, pourquoi payer 70 euros un jeu qu’on peut lancer via un abonnement à côté de 400 autres ?
Et l’année suivante, c’est la douche froide. Black Ops 7 a fini n° 5 des ventes américaines pour 2025, le pire classement annuel de la franchise depuis 2008, doublé par Battlefield 6. Résultat, Microsoft fait machine arrière pour le prochain épisode. Un abonné Game Pass qui veut jouer à Modern Warfare 4 au lancement devra l’acheter, comme tout le monde, le jeu n’arrivant sur le service que vers fin 2027. La promesse d’origine vient de prendre l’eau.
2025, l’année où tout part en vrille
Le 1er octobre 2025, Microsoft fait passer le Game Pass Ultimate de 17,99 à 26,99 euros par mois. Une hausse de 50 % d’un coup. La plus brutale de l’histoire du service. Et les joueurs répondent avec leur portefeuille. Le chief strategy officer de Xbox, Matthew Ball, a fini par reconnaître publiquement que le service avait perdu des millions d’abonnés dans les mois qui ont suivi.
On tourne aujourd’hui autour de 30 millions d’abonnés, contre un pic proche de 35 millions en 2025 et un objectif interne de 77 millions. On est loin, très loin du compte. Ajoutez à ça des consoles Series X qui grimpent à 599,99 euros en version disque, et vous obtenez un écosystème qui coûte plus cher partout, en même temps.
Le grand ménage de Sharma
Février 2026, Phil Spencer tire sa révérence après 38 ans chez Microsoft. C’est Asha Sharma, une cadre venue de l’IA, qui hérite du bébé. Et sa première décision est un carnage. Le 6 juillet 2026, Xbox annonce la suppression de 3 200 postes, soit environ un cinquième de la division, dont 1 600 dans la foulée. Le plus gros plan social de l’histoire de la marque.
Dans la charrette, ceux-là mêmes que Spencer avait rachetés à prix d’or. Ninja Theory et Undead Labs sont vendus à des repreneurs non divulgués, Compulsion et Double Fine redeviennent indépendants, et Arkane est en pleine consultation avec son comité social en France. Huit ans plus tard, le grand rêve d’exclusivités part en lambeaux.
Et signe que la panique est réelle, Microsoft rétropédale sur le prix. Le 21 avril 2026, le Game Pass Ultimate redescend à 20,99 euros par mois, en gardant quand même 15 % de rab par rapport à avant la hausse. Si ça c’est pas l’aveu d’avoir fait une boulette, je sais pas ce que c’est.
Alors, le Game Pass est-il en train de tuer Xbox ?
Le service a dévalué les plus grosses licences de la boîte, cramé des milliards en rachats et transformé Call of Duty en gouffre au lieu d’en faire un jackpot. Difficile de faire pire retour sur investissement.
Mais accuser le Game Pass tout seul, ce serait un peu facile. La stratégie de la division jeu de Microsoft est catastrophique depuis plusieurs années. Le Game Pass aurait dû être une célébration des pépites méconnues, et à force de sacrifier ses studios les plus créatifs pour miser sur de grosses licences hors de prix, on se dit qu’au fond, c’est peut-être Xbox qui va tuer le Game Pass avant que le Game Pass ne tue Xbox.
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