C’est plié. Depuis la clôture des marchés ce 4 août, Electronic Arts n’est plus une entreprise cotée en bourse. Le géant derrière Battlefield, Les Sims, Apex Legends et EA Sports FC (anciennement FIFA) a été racheté pour 55 milliards de dollars par un consortium mené par l’Arabie saoudite, accompagnée du fonds Silver Lake et d’Affinity Partners, la société de Jared Kushner, gendre de Donald Trump.
55 milliards, un record dans l’histoire
L’opération est colossale. Avec ses 55 milliards de dollars, ce rachat devient la plus grosse opération de ce type jamais réalisée. C’est aussi la deuxième plus grosse acquisition de l’histoire du jeu vidéo, juste derrière le rachat d’Activision Blizzard par Microsoft en 2023 à 69 milliards.
Les actionnaires, eux, touchent 210 dollars par action, soit une prime de 25 %. EA quitte le Nasdaq et bascule en privé. Andrew Wilson reste PDG et le siège demeure à Redwood City. Petit détail qui compte comme on l’expliquait précédemment dans notre article concernant le rachat, une bonne partie de la facture repose sur environ 20 milliards de dollars de dette apportés par JPMorgan, qui vont plomber EA pendant des années.
Qui possède vraiment EA maintenant ?
Le mot « consortium » est joli, mais il cache mal la réalité. À la clôture, le fonds souverain saoudien PIF détient 93,4 % d’EA, contre 5,5 % pour Silver Lake et 1,1 % pour Affinity Partners. Autrement dit, EA appartient à l’Arabie saoudite.
Le PIF, c’est le fonds souverain piloté par le prince héritier Mohammed ben Salman, avec près de 900 milliards de dollars d’actifs. Il a déjà mis la main sur Scopely et Niantic (Pokémon GO), SNK ou encore l’EVO, et pris des parts dans Nintendo et Take-Two. Quant à Kushner, son fonds Affinity a surtout été alimenté par le PIF lui-même, qui y a injecté 2 milliards de dollars peu après son départ de la Maison-Blanche. Le bonhomme est aujourd’hui « envoyé spécial pour la paix » au Moyen-Orient et visé par une enquête de la commission judiciaire de la Chambre des représentants pour conflits d’intérêts. Rien que ça.
Bienvenue dans la boîte noire
Passer en privé, ça signifie aussi la fin des résultats financiers trimestriels. Fini les earnings calls, finies les données publiques faci.es à décortiquer. EA entre dans une zone d’ombre où suivre son activité va devenir nettement plus compliqué. Et forcément, la question des studios revient sur la table, puisqu’il semble évident que des licenciements et éventuellement des fermetures de studios sont à prévoir.
Bye bye les Sims ?
Le rachat traîne une casserole depuis son annonce en septembre 2025. Amnesty International a rappelé le bilan de l’Arabie saoudite en matière de droits humains : nombre record d’exécutions, cas de torture rapportés, discriminations envers les femmes, criminalisation des relations entre personnes de même sexe. L’avenir des Sims, une série longtemps citée en exemple pour sa représentation des femmes et des personnes LGBTQ+ et donc plus qu’incertain ?
Et pour couronner le tout, EA sort d’un exercice où son PDG Andrew Wilson a empoché un bonus record de 38,6 millions de dollars, dopé par le succès de Battlefield 6. Le même Battlefield 6 dont les studios (DICE, Criterion, Ripple Effect, Motive) ont été frappés par des licenciements plus tôt dans l’année.
Que va devenir EA ? Les nouveaux propriétaires ont clairement affiché leur appétit pour l’IA générative dans le développement de jeux. Il faut s’attendre à des suites bien calibrées sans prise de risque et sans grande créativité, des licences sportives annuelles habituelles et forcément, Mass Effect, Dragon Age et les Sims, on pense fort à vous.
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