Trois semaines. C’est le délai que Rakuten France a laissé à ses représentants du personnel, début avril 2026, pour digérer l’annonce d’un plan de cession de la marketplace. Cinq mois plus tard, un mail envoyé aux utilisateurs vient confirmer la situation : faute de repreneur, l’ex-PriceMinister met la clé sous la porte, cette fois définitivement.
À compter du 30 septembre 2026 à 23h59, la plateforme fr.shopping.rakuten.com et son application mobile interdiront tout achat ou toute vente, que ce soit auprès de vendeurs professionnels ou de particuliers. La date tombe plus tôt que ce que laissait entendre l’annonce initiale de juillet, qui évoquait une fermeture « à la fin de l’année 2026 ». Concrètement, la marketplace vivra ses trois dernières semaines de septembre comme n’importe quelle autre, avant de s’éteindre du jour au lendemain.
Faites vite !
Dans un mail adressé à ses futurs anciens clients, Rakuten prend soin de préciser que la fermeture des ventes ne signifie pas une disparition immédiate et totale du service. Deux choses restent accessibles, mais avec un compte à rebours. D’un côté, la Garantie Rakuten, gratuite pour les particuliers, continue de couvrir le traitement des réclamations liées à des transactions passées, dans les délais prévus par les conditions générales du site. De l’autre, l’entreprise maintient un accès à l’historique de compte, transactions et attestations d’achat comprises, jusqu’au 10 novembre 2026 à 23h59. Passé ce cap, les comptes deviennent définitivement inaccessibles.
Cette date du 10 novembre concerne aussi, et c’est sans doute le point le plus urgent pour les vendeurs particuliers, le reversement des sommes issues des ventes. Comme la plupart des marketplaces, Rakuten faisait transiter l’argent des transactions par un porte-monnaie électronique ouvert au nom de chaque vendeur auprès de son partenaire de paiement, Mangopay. Les vérifications légales avant tout reversement prennent du temps, prévient l’entreprise, qui invite donc les utilisateurs à formuler leur demande de retrait le plus tôt possible, et surtout avant cette échéance du 10 novembre. Au-delà, récupérer des sommes dues sur un compte fermé s’annonce nettement plus compliqué.
Une fois la marketplace éteinte, les acheteurs devront contacter directement les vendeurs, qui restent tenus des garanties de conformité et de vices cachés. Un changement de taille malgré tout : Rakuten servait jusqu’ici d’intermédiaire et de tiers de confiance en cas de litige, un rôle que les clients devront désormais assumer eux-mêmes, en retrouvant seuls les coordonnées d’un vendeur parfois installé à l’étranger.
La fin d’un symbole du e-commerce français
Au-delà des dates, cette fermeture solde 26 ans d’histoire. PriceMinister est né en 2000, porté par l’ambition de concurrencer eBay sur le marché français. Le rachat par le géant japonais Rakuten, en 2010, pour environ 200 millions d’euros, devait servir de tremplin vers une bataille frontale avec Amazon en Europe. Le scénario ne s’est jamais réalisé : dès 2016, la valeur de la filiale française était réévaluée à la baisse, autour de 65 millions d’euros, un tiers de son prix d’acquisition initial.
Le rebranding de 2018, qui a fait disparaître la marque PriceMinister au profit de Rakuten, n’a pas suffi à inverser la tendance. En dix ans, le nombre de clients actifs de la plateforme a chuté d’un tiers, et son trafic s’est effondré de plus de 40 %. Entre un Amazon installé depuis deux décennies et une nouvelle génération de plateformes chinoises capables de casser les prix, Rakuten France n’a jamais retrouvé de terrain sur lequel exister. La fermeture s’inscrit d’ailleurs dans un mouvement plus large du groupe japonais, qui a déjà fermé ses marketplaces en Espagne, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Autriche depuis 2016. En France, 180 salariés sont concernés par cette fermeture.
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