L’objectif affiché en Europe est clair : ne plus dépendre d’Elon Musk pour ses communications. Un accord vient d’être signé à Bruxelles, et il concerne un projet en cours depuis 2022.
IRIS², de l’ambition au chantier
La Commission européenne a signé son accord d’implémentation pour IRIS², la constellation satellitaire souveraine censée offrir à l’UE une alternative à Starlink pour ses communications sensibles. L’accord réunit des industriels européens, l’Agence spatiale européenne (ESA) et plusieurs autres partenaires, au terme de négociations entamées en janvier. Ces mois de discussions ont permis d’arrêter la conception détaillée de la constellation, de préparer la construction effective des satellites, et de caler les infrastructures au sol ainsi que les services de lancement. La tarification cible et les investissements des opérateurs privés ont eux aussi été finalisés.
Sur le papier, le projet vise plus haut qu’annoncé à l’origine. La constellation comptera finalement 348 satellites, soit 66 de plus que le chiffre initial, tous positionnés en orbite basse. Selon l’ESA, ce renfort permettra d’augmenter de 60 % la capacité gouvernementale sécurisée au sein de l’UE, et de 54 % à l’échelle mondiale, tout en élargissant sensiblement la capacité de l’Europe à soutenir des missions critiques en temps de crise. Les premiers lancements sont prévus pour 2029, année à partir de laquelle les services commenceront à être déployés progressivement.
De quoi faire oublier, au moins pour l’instant, l’historique compliqué du projet. On se souvient qu’IRIS² avait accumulé les retards depuis son lancement en 2022, entre report de l’attribution du contrat, absence de lanceur réutilisable comparable au Falcon 9 et capacité de production de satellites jugée trop limitée face aux ambitions affichées. Le consortium SpaceRISE, associant Eutelsat, Hispasat et SES, avait finalement été désigné fin 2024 pour concevoir et exploiter la constellation. L’accord d’implémentation signé cette semaine marque donc le premier vrai jalon industriel depuis cette annonce.
Un poids plume face à Starlink,
Comparé aux plus de 10 000 satellites actifs de Starlink, le réseau IRIS² fait figure de petit joueur, même une fois les 348 unités déployées. Mais la comparaison brute a ses limites : là où SpaceX a construit son réseau comme une offre commerciale de masse dès le départ, IRIS² a d’abord été pensé pour les usages gouvernementaux. Il doit fournir une connexion sécurisée et fiable aux administrations de l’Union européenne, en particulier pour la gestion de crises, l’aide humanitaire ou encore la surveillance des frontières. Les entreprises et les particuliers pourront y avoir accès plus tard, mais seulement dans les zones où les réseaux traditionnels font défaut.
Cette logique de souveraineté n’est pas nouvelle pour Bruxelles. En mai dernier, l’UE avait déjà proposé de réserver un tiers des fréquences les plus convoitées de la bande MSS à un usage gouvernemental compatible avec IRIS², et une part supplémentaire aux nouveaux opérateurs européens souhaitant entrer sur le marché.
Avec un premier lancement en 2029, le calendrier annoncé laisse encore de la marge pour de nouveaux couacs. Entre-temps, Starlink continue d’étendre son emprise, notamment via des partenariats comme celui signé avec Air France pour équiper ses avions en wifi, et Amazon avance de son côté avec sa propre constellation Leo.
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