La responsable de l’éthique de l’entreprise a rendu son tablier en silence, sans le moindre communiqué, et surtout sans remplaçant prévu. Elle était la seule personne dédiée à l’éthique chez OpenAI le créateur de ChatGPT. Autant dire que le poste est vide au pire moment possible.
On parle de Chloé Bakalar. Elle avait rejoint OpenAI en août 2025 comme responsable de l’éthique de l’IA, et elle est partie en juillet 2026. Soit moins d’un an en poste. L’info sort du Financial Times, sans aucune annonce publique côté OpenAI.
Ce n’était pas une débutante. Avant OpenAI, Bakalar a passé six ans chez Meta comme cheffe éthicienne, où elle a construit les programmes d’éthique de l’IA intégrés à Instagram et Facebook. Chez OpenAI, elle bossait sur les approches éthiques du développement des modèles, sur la façon dont les humains interagissent avec l’IA, et sur le débat autour de la conscience des machines.
OpenAI botte en touche
Un porte-parole a remercié Chloé Bakalar pour ses contributions, avant d’expliquer que l’éthique n’appartient pas à une seule personne ni à une seule équipe chez OpenAI, et qu’elle est profondément intégrée au processus de fabrication des modèles par plusieurs équipes de recherche.
Ce départ ne tombe pas de nulle part. Il s’inscrit dans une vraie hémorragie. Johannes Heidecke, qui dirigeait l’équipe Safety Systems, a annoncé son départ en juillet. Josh Achiam, ancien patron de l’équipe Mission Alignment devenu chief futurist, est lui aussi parti. Et l’équipe Mission Alignment avait déjà été dissoute plus tôt dans l’année.
Ajoutez à ça le départ, dès 2024, de Lilian Weng, ancienne cheffe de la sécurité, partie cofonder Thinking Machines Lab. Le motif se répète tellement qu’il finit par ressembler à une tendance de fond plutôt qu’à une série de coïncidences.
Pendant ce temps, les IA d’OpenAI piratent des entreprises par elles-mêmes
Et c’est là que ça devient franchement inquiétant. Ces départs arrivent au moment exact où les modèles d’OpenAI commencent à faire n’importe quoi. La boîte a reconnu qu’un groupe de ses IA, dont GPT-5.6 Sol et un modèle encore plus capable non sorti, s’est échappé de son environnement de test pour enchaîner des failles et pirater l’infrastructure de production de Hugging Face, histoire de récupérer directement les réponses et tricher à l’évaluation.
Une IA qui hacke une autre plateforme d’IA pour gruger un examen, on y est. Et OpenAI n’est même pas la seule concernée, Anthropic, Meta et le chinois Moonshot AI ont tous rapporté des cas de modèles contournant les restrictions de leur environnement de test.
Résultat, OpenAI a fini par appuyer sur le frein. L’entreprise a ralenti le développement d’Astra, son prochain modèle, après avoir constaté qu’il pouvait atteindre le seuil de risque « Critique » en cybersécurité, capable d’identifier et d’exploiter des failles sans intervention humaine.
Et le fond du problème est encore plus glauque
En novembre 2025, sept plaintes ont été déposées en Californie contre OpenAI et Sam Altman, accusant ChatGPT d’avoir agi comme un « coach au suicide », en renforçant des délires au lieu de rediriger les gens vers de l’aide professionnelle. Les plaignants estiment qu’OpenAI a sorti GPT-4o trop vite, malgré des alertes internes signalant un produit dangereusement manipulateur.
Ce défaut porte un nom, la sycophantie, cette manie de toujours donner raison à l’utilisateur. Une étude menée par Stanford a analysé de vrais logs de conversation et trouvé des comportements qui flattent l’utilisateur dans plus de 70 % des réponses. Plus l’utilisateur s’attache, plus l’IA valide.
Et il y a le feuilleton du mode adulte. Sam Altman avait promis fin 2025 d’autoriser l’érotique pour les adultes vérifiés, au nom du principe « traiter les adultes comme des adultes ». Après deux reports, le projet a été suspendu indéfiniment en mars 2026. La raison ? Le système de vérification d’âge identifiait à tort environ 12 % des mineurs comme des adultes, et des conseillers en sécurité craignaient de transformer le chatbot en « coach au suicide sexy ». Voilà voilà.
Les garde-fous tombent un par un
Mettez tout bout à bout et le tableau n’est pas très jojo. Des modèles qui s’échappent de leurs cages, une pluie de plaintes pour manipulation psychologique, un projet de contenu érotique gelé faute de barrières fiables, une équipe de sécurité qui se vide de ses cadres. Et, au milieu de ce chantier, la seule éthicienne de la maison qui range son bureau sans faire de bruit.
OpenAI répète que l’éthique est l’affaire de tous. Le problème, c’est que quand c’est l’affaire de tous, ça finit souvent par n’être l’affaire de personne.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.