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Une tempête solaire 10 fois plus puissante que celle qui a paralysé la Terre en 1859 pourrait frapper bien plus souvent qu’on ne l’imaginait

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Et si les tempêtes spatiales capables de perturber sérieusement nos infrastructures n’étaient finalement pas aussi rares que prévu ? C’est ce que suggère une nouvelle étude publiée dans Communications Earth & Environment. En analysant des cernes d’arbres européens vieux de près de 2 000 ans, des chercheurs ont identifié quatre épisodes de forte augmentation du carbone 14 qui pourraient correspondre à des événements énergétiques intermédiaires, situés entre les tempêtes solaires ordinaires et les phénomènes les plus extrêmes jamais observés.

S’ils sont bien de nature solaire, ces événements pourraient se produire en moyenne environ tous les 200 ans. Une fréquence nettement supérieure à celle des événements de Miyake les plus extrêmes. Mais attention car les chercheurs parlent bien de candidats, et l’origine exacte de ces mystérieux pics de radioactivité n’est toujours pas complètement établie.

Les événements de Miyake, c’est quoi exactement ?

Les événements de Miyake désignent de brusques augmentations de la quantité de carbone 14 (^14C) retrouvée dans les cernes des arbres. Le phénomène a été identifié pour la première fois dans les années 2010, notamment avec un pic daté de 774-775.

Le carbone 14 se forme naturellement dans la haute atmosphère lorsque des particules énergétiques venues de l’espace bombardent l’atmosphère terrestre. Lorsqu’un épisode particulièrement intense se produit, la concentration de ^14C peut augmenter brutalement. Les arbres enregistrent alors cette variation dans leurs cernes, ce qui permet aux chercheurs de retrouver la trace de l’événement des siècles, voire des millénaires plus tard.

Le plus célèbre est donc celui de 774-775, qui a provoqué une hausse d’environ 12 ‰ du carbone 14 dans les arbres, soit 1,2 %, et non 12 %. D’autres événements ont depuis été identifiés, notamment autour de 993, 660 avant notre ère ou encore 7176 avant notre ère.

Leur origine exacte reste toutefois discutée. Les événements de Miyake sont généralement considérés comme les signatures d’épisodes extrêmes de particules solaires, mais les chercheurs n’ont pas encore démontré que chaque événement est nécessairement lié à une tempête solaire au sens classique du terme.

Surtout, un événement de Miyake ne signifie pas automatiquement que la Terre a subi une gigantesque panne électrique. Le ^14C renseigne avant tout sur l’arrivée de particules énergétiques dans l’atmosphère. La relation entre ces épisodes et les effets géomagnétiques susceptibles d’endommager nos satellites ou nos réseaux électriques reste beaucoup plus difficile à établir.

Les arbres gardent la mémoire des colères du Soleil

Pour remonter dans le temps, les chercheurs disposent d’un étonnant enregistreur naturel : les arbres. Le principe repose sur le carbone 14. Cet isotope radioactif est produit dans la haute atmosphère lorsque des particules cosmiques entrent en collision avec les atomes qui s’y trouvent. Une partie de ce carbone rejoint ensuite le cycle du carbone et est incorporée par les végétaux. Chaque cerne correspondant à une année de croissance, une brusque variation du taux de ^14C peut donc laisser une trace datable avec une grande précision.

Ce phénomène est particulièrement intéressant lorsqu’une quantité inhabituelle de particules énergétiques atteint la Terre. Les chercheurs peuvent alors retrouver, des siècles ou des millénaires plus tard, la signature d’un événement cosmique qui n’a évidemment laissé aucun instrument pour l’enregistrer.

C’est cette méthode que l’équipe menée notamment par Michael Dee, de l’université de Groningue, a utilisée dans une étude publiée en janvier 2026. Les chercheurs ont réuni huit séries de mesures annuelles de carbone 14, dont cinq nouvellement réalisées à partir de chênes européens provenant principalement d’Allemagne et de France. L’ensemble couvre les années 1 à 970 de notre ère.

En modélisant ensuite le cycle du carbone terrestre, ils ont cherché des hausses particulièrement rapides de ^14C susceptibles de correspondre à des épisodes de particules énergétiques.

Quatre candidats ressortent de cette analyse, autour des années 14, 553, 675 et 954. Aucun ne présente toutefois la signature aussi nette que les grands événements de Miyake déjà connus. C’est précisément ce qui rend le résultat intéressant car les chercheurs explorent une sorte de “chaînon manquant” entre les événements solaires relativement courants et les épisodes extrêmes.

Un événement tous les 200 ans ?

C’est le chiffre qui attire immédiatement l’attention. Les quatre candidats répartis sur environ un millénaire suggèrent une fréquence de l’ordre d’un événement tous les 200 ans. Il faut cependant éviter de transformer cette moyenne statistique en calendrier du Soleil, cela ne signifie évidemment pas qu’une tempête de cette catégorie revient mécaniquement tous les deux siècles.

La conclusion est plus prudente car si ces quatre signatures correspondent bien à des événements énergétiques de même nature, alors ces épisodes intermédiaires seraient beaucoup plus fréquents que les événements de Miyake les plus extrêmes.

Le terme “intermédiaire” est ici essentiel. Les chercheurs cherchent justement à combler ce que la communauté scientifique décrit comme un “missing middle”, une zone encore mal connue entre les événements énergétiques observés directement à l’époque moderne et les gigantesques pics de carbone 14 conservés dans les arbres anciens.

L’étude elle-même souligne d’ailleurs que certains événements de taille intermédiaire peuvent être masqués par les variations naturelles du carbone 14. Les auteurs ont donc dû employer une approche statistique et bayésienne pour repérer des anomalies qui seraient trop faibles pour apparaître avec les méthodes utilisées pour les événements de Miyake les plus spectaculaires.

Les événements de Miyake sont d’une autre catégorie

Pour comprendre l’importance de cette découverte, il faut revenir sur les fameux événements de Miyake. Le premier a été identifié en 2012 par la géophysicienne japonaise Fusa Miyake dans des cernes de cèdres japonais correspondant aux années 774-775. Le carbone 14 avait alors augmenté brutalement d’environ 12 ‰, soit 0,012 en valeur relative, et non de 12 %. Des mesures réalisées depuis dans d’autres régions du monde ont confirmé que le phénomène était global.

Depuis, plusieurs autres événements de ce type ont été identifiés. L’étude de 2026 rappelle que six augmentations annuelles particulièrement importantes de ^14C ont désormais été confirmées dans les archives disponibles. Leur origine exacte n’est toutefois pas définitivement établie car elles sont généralement interprétées comme la signature d’événements extrêmement énergétiques de particules solaires, mais d’autres scénarios ont également été discutés.

L’événement de 775 reste l’un des meilleurs exemples. Des traces concordantes ont notamment été retrouvées dans plusieurs régions et dans d’autres isotopes cosmogéniques, renforçant fortement l’hypothèse d’une origine solaire.

Et il existe encore plus impressionnant. Un événement daté d’environ 12 350 ans avant notre ère a été identifié dans des arbres anciens retrouvés sur les berges du Drouzet, près de Gap, dans les Alpes françaises. Le signal de carbone 14 associé est exceptionnellement important. Son interprétation comme événement solaire extrême fait encore l’objet de travaux, notamment parce que les conditions climatiques et atmosphériques de l’époque glaciaire compliquent les comparaisons avec les événements plus récents.

Le cas Carrington complique encore les comparaisons

Le réflexe serait de prendre l’événement de Carrington de 1859 comme référence. C’est effectivement la plus célèbre des grandes tempêtes géomagnétiques observées directement. Elle avait provoqué des perturbations spectaculaires du réseau télégraphique, avec des aurores visibles à des latitudes inhabituelles. Aujourd’hui, un phénomène géomagnétique de cette ampleur pourrait affecter les réseaux électriques, les satellites, les communications radio ou encore les systèmes de navigation.

Mais comparer directement Carrington et les événements de Miyake à partir du carbone 14 est trompeur. Les analyses disponibles n’ont pas identifié de hausse nette de ^14C associée à l’événement de 1859. Autrement dit, on ne peut pas simplement mettre en face une valeur de carbone 14 pour Carrington et une autre pour 775 et en déduire un rapport de puissance parfaitement fiable.

Ce que l’on sait en revanche, c’est que le phénomène de 775 correspondait à une production de particules énergétiques d’une ampleur exceptionnelle. Certaines études le situent environ un ordre de grandeur au-dessus de ce que représente l’événement de Carrington dans les reconstructions utilisées pour comparer ces phénomènes.

Que se passerait-il si un tel événement frappait aujourd’hui ?

Une importante perturbation solaire peut provoquer des courants électriques induits dans les longues infrastructures conductrices. Les réseaux électriques sont particulièrement vulnérables : des équipements peuvent être surchargés, certaines protections peuvent se déclencher et, dans les scénarios les plus sévères, des transformateurs peuvent être endommagés.

Les satellites sont eux aussi exposés aux particules énergétiques et aux perturbations de l’environnement spatial. Les systèmes de navigation par satellite, les communications radio et certaines opérations aériennes peuvent également être affectés.

Le problème est que notre dépendance à ces infrastructures est devenue considérable. Une perturbation majeure ne s’arrêterait donc pas à quelques aurores spectaculaires dans le ciel, elle pourrait avoir des conséquences en cascade sur les télécommunications, l’énergie, les transports ou les services reposant sur le GPS.

Des travaux consacrés au risque climatique spatial ont estimé qu’un événement extrême comparable à Carrington pourrait représenter des dommages économiques se chiffrant en milliers de milliards pour les économies modernes. Il s’agit cependant d’estimations de scénarios, pas d’une facture qui serait automatiquement associée à chaque grande tempête solaire.

Mais il reste une grosse inconnue

Le résultat de cette nouvelle étude est donc important, mais il ne faut surtout pas le lire comme la découverte d’une horloge solaire réglée sur 200 ans. Les quatre événements identifiés en 14, 553, 675 et 954 sont des candidats. L’étude elle-même insiste sur la nécessité d’obtenir davantage de données pour confirmer leur nature. Les auteurs souhaitent notamment multiplier les mesures de carbone 14 provenant d’autres régions et d’autres espèces d’arbres, mais aussi les confronter à des archives comme le béryllium 10 ou le chlore 36 conservés dans les glaces.

Cette étape est essentielle, un véritable événement global devrait laisser des signatures cohérentes dans plusieurs archives indépendantes. Les arbres européens donnent ici un indice particulièrement intéressant, mais ils ne constituent pas à eux seuls une preuve définitive de quatre nouvelles tempêtes solaires.

Il existe d’ailleurs une autre raison de rester prudent. Une étude publiée en 2022, portant sur les six événements de Miyake alors connus, n’avait trouvé aucune relation cohérente avec le cycle solaire de 11 ans. Certains des signaux semblaient également s’étaler sur des durées beaucoup plus longues que celles attendues pour un événement solaire classique. Les auteurs en concluaient que les mécanismes à l’origine de ces épisodes restaient difficiles à expliquer.

Les chercheurs ne disent donc pas que tous les mystérieux pics de carbone 14 sont nécessairement provoqués par une gigantesque éruption solaire, mais ils cherchent précisément à comprendre ce qui se cache derrière ces signatures.

Les arbres viennent surtout de révéler un angle mort

La découverte la plus intéressante n’est finalement pas qu’une tempête géante pourrait survenir demain. Rien dans cette étude ne permet de le dire, mais elle montre plutôt que notre connaissance statistique des événements énergétiques extrêmes est probablement incomplète. Les instruments modernes ne disposent que de quelques décennies de mesures détaillées, tandis que les arbres permettent de remonter sur des milliers d’années. Entre les événements relativement bien observés aujourd’hui et les signatures spectaculaires des événements de Miyake, il existe encore une vaste zone mal documentée.

Les quatre candidats identifiés dans le premier millénaire pourraient commencer à combler ce vide. S’ils sont confirmés par d’autres archives, l’hypothèse d’événements énergétiques intermédiaires survenant environ tous les deux siècles gagnerait sérieusement en crédibilité. Et pour une civilisation qui dépend désormais de satellites, de réseaux électriques, de télécommunications et de systèmes de navigation pour faire fonctionner une bonne partie de son quotidien, connaître la fréquence de ces phénomènes n’est pas vraiment un détail.

Le Soleil a toujours connu des colères, les arbres viennent simplement de nous rappeler que nous n’avons commencé à les observer sérieusement que très récemment.

  • Une étude révèle que des tempêtes solaires intermédiaires pourraient se produire tous les 200 ans, indiquant une fréquence plus élevée que prévu.
  • L’analyse des cernes d’arbres européens a identifié quatre événements passés de forte augmentation du carbone 14, suggérant des épisodes énergétiques solaires.
  • Ces événements pourraient avoir des impacts significatifs sur les infrastructures modernes, notamment les réseaux électriques et les systèmes de communication.

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