C’est le genre d’affaires qui fait tâche. L’année dernière, un studio de production californien envoie un courriel aux conseils juridiques d’une entreprise de la Silicon Valley pour signaler une activité BitTorrent inhabituelle sur ses adresses IP professionnelles. Quelques heures plus tard, c’est une adresse privée qui s’affole, en téléchargeant massivement plusieurs dizaines de milliers de fichiers. : des longs métrages, des séries, des logiciels, des livres numériques du contenu VR, mais aussi beaucoup de films pour adultes. En 2026, cet enchaînement d’évènements pourrait coûter très cher à Meta.
Des vidéos X téléchargées illégalement pour entraîner l’IA
L’affaire oppose deux sociétés de production de contenus pour adultes à Meta Platforms. La plainte, déposée en juillet 2025 devant le tribunal fédéral de Californie du Nord, accuse le groupe d’avoir téléchargé 2 973 de leurs films pornographiques via BitTorrent, et d’avoir utilisé ces contenus pour entraîner ses modèles d’IA générative. Car c’est bien des bureaux de l’entreprise, puis de l’ordinateur personnel d’un de ses cadres que provenaient les milliers de téléchargements incriminés.
Sur le plan légal, le droit d’auteur américain prévoit des indemnisations plafonnées à 150 000 dollars par œuvre en cas d’infraction délibérée. Multipliée par 2 973 films, l’amende pourrait ainsi s’élever à 445,95 millions de dollars. Meta a d’abord tenté de faire invalider la plainte, en déposant fin octobre 2025 une requête en rejet. Le groupe soutenait alors qu’aucun élément ne démontrait que l’entreprise avait commandité ces téléchargements, ni même qu’il en avait eu connaissance.
En septembre, une enquête menée auprès du fournisseur AT&T confirme que l’IP utilisée appartient à un cadre de Reality Labs, la division de Meta qui développe les casques Quest. Si son nom n’a pas été rendu public, l’entreprise refuse de faire le lien entre son intelligence artificielle et le téléchargement massif qui a transité sur ses appareils. Officiellement, le cadre en question aurait simplement téléchargé du contenu pornographique pour son usage personnel, depuis son ordinateur professionnel. Une ligne de défense qui a du mal à passer auprès du tribunal.
Strike 3 demande désormais que ce dossier soit rattaché à sa plainte contre Meta, afin que les deux affaires soient traitées par la même juge. L’argument tient en une phrase : 20 000 films pornos, c’est beaucoup beaucoup pour une seule personne. Pour les plaignants, le volume ressemble davantage à la constitution de corpus visant à nourrir un algorithme qu’à de la consommation personnelle.
D’autant plus que le cadre de Reality Labs cité ne travaille pas sur les modèles de langage, mais sur des casques de réalité virtuelle. Parmi les fichiers relevés figurent précisément des contenus pour adultes au format VR. De quoi mettre encore un peu plus à mal la défense de l’entreprise.