Les fabricants de smartphones auraient sans doute préféré un autre bilan avant les fêtes. Selon les données publiées par IDC il y a quelques jours, ils ont livré 255,3 millions d’appareils au troisième trimestre, soit 22 % de moins qu’un an auparavant. C’est le plus fort recul annuel jamais enregistré par la maison d’analyses sur un trimestre.
La mémoire augmente, la facture aussi
Ces chiffres concernent les livraisons de téléphones neufs, pas les ventes aux consommateurs, et excluent le reconditionné. Ils donnent néanmoins une idée des difficultés du secteur. Et pour Nabila Popal, directrice de recherche chez IDC, « le pire reste toutefois à venir ». Voilà qui ne devrait rassurer personne : IDC n’envisage aucune reprise avant 2028, au plus tôt.
IDC attribue principalement cette contraction à la crise de la mémoire propulsée par l’IA. Les approvisionnements sont contraints et les prix de ces composants ont augmenté d’environ 350 % (!) depuis l’année dernière. La hausse ralentit, certes, mais les tarifs continuent de grimper. Au troisième trimestre, leur progression par rapport au trimestre précédent était encore légèrement supérieure à 10 %, après des augmentations d’environ 50 à 100 % lors des trimestres antérieurs. Le ralentissement est donc tout relatif.
D’autres composants essentiels restent également coûteux. Les fabricants subissent une diminution de leurs marges et répercutent la pression sur leurs clients. « À mesure que les prix augmentent en magasin, de nombreux acheteurs conservent leurs appareils actuels plus longtemps », constate Francisco Jeronimo, vice-président chez IDC. Quand le téléphone fonctionne encore, attendre devient une option finalement assez séduisante.

Dans ce marché en recul, Apple et Samsung gagnent des parts de marché, soutenus notamment par leurs modèles très hauts de gamme. Cela ne signifie pas forcément qu’ils livrent davantage d’appareils : ils peuvent aussi progresser parce que leurs concurrents reculent plus fortement. Chez Xiaomi, OPPO et vivo, justement, la baisse des livraisons s’accentue. Les marques chinoises davantage présentes sur l’entrée de gamme doivent choisir entre préserver leurs marges et défendre leurs volumes, avec des clients moins pressés d’acheter.
Certains fabricants ont pourtant accéléré leurs projets de production pour anticiper des composants encore plus difficiles à obtenir l’année prochaine. Si la demande reste faible, prévient IDC, les stocks pourraient s’accumuler à l’approche de 2027. Pour ceux qui doivent remplacer leur smartphone, IDC estime que les promotions des fêtes pourraient offrir les occasions les plus intéressantes. En revanche, les prévisions du cabinet ne donnent guère de raisons d’attendre une baisse générale des prix à court terme.