Au milieu des années 2000, changer de station de radio en voiture demandait deux à trois secondes, le temps de tourner une molette sur le tableau de bord. Aujourd’hui, il faut en moyenne quatre gestes et cinq à dix secondes pour obtenir le même résultat, à force de menus, de sous-menus et d’icônes à viser du bout du doigt. Pendant ce temps, la voiture continue de rouler.
L’assureur Allianz a présenté ce 21 octobre une étude d’une ampleur rare sur la distraction au volant. Son centre technique a croisé quatre approches : la relecture de plus de 34 000 accidents corporels survenus en Allemagne depuis 1999, des mesures du regard en conditions réelles, des essais sur simulateur menés avec l’université technique de Munich, et un modèle informatique du comportement du conducteur. Sa conclusion est sans appel.
Pire qu’un conducteur ivre
Pour mesurer l’effet des écrans sur l’attention des conducteurs, Allianz a fait réaliser deux tâches à vingt cobayes : saisir une destination et choisir une chanson. Résultat, selon l’interface, le temps passé les yeux hors de la route varie jusqu’à 25 %, soit environ 3 secondes. Selon l’étude, un conducteur distrait par son écran fait moins bien qu’un conducteur ayant 0,8 gramme d’alcool par litre de sang lorsqu’il est question de gérer un imprévu au volant. En cas de freinage brusque sur autoroute, le taux de collision passe de 18,2 % pour un conducteur attentif à 54,3 % pour un conducteur distrait. Face à un enfant qui traverse en ville, il grimpe de 3,9 % à 11,2 %, et dans 39 % des collisions, le conducteur distrait ne réagit pas avant la collision.
L’assureur estime que la distraction liée à un écran contribuerait ainsi à près d’un accident sur trois. Une estimation à manier avec prudence, car le phénomène est difficile à mesurer. Reste que les 18-25 ans et les plus de 65 ans sont surreprésentés.
Le grand retour des boutons, la solution miracle ?
Les recommandations d’Allianz visent d’abord les constructeurs, invités à redonner aux fonctions de sécurité de vraies commandes physiques. Un retour aux bons vieux boutons, qui semble plébiscité par les conducteurs eux-mêmes. Selon l’étude, 66 % des automobilistes français réclament le retour aux commandes classiques pour certaines fonctions, et la proportion grimpe à 82 % chez les 18-25 ans.
Côté Code de la route, en revanche, rien n’interdit les écrans tactiles. L’article R412-6 impose simplement au conducteur de rester en mesure d’exécuter ses manœuvres nécessaires à la conduite, sous peine d’une amende de 35 €. Reste que le manque de concentration lié aux commandes tactiles n’était, jusqu’à présent pas assez documenté pour constituer un véritable sujet de débat. L’étude Allianz pourrait bien changer la donne.