Voilà le dernier né des avions-X de la NASA, dont fait également partie le prototype X-59 QueSST (conçu par Lockheed Martin) : le X-70 Fractal, un avion expérimental dévoilé le 4 novembre au UP.Summit, au Kennedy Space Center en Floride. Annoncé par Jared Isaacman en personne, administrateur de la NASA, celui-ci a déclaré que ce nouvel aéronef offrira à « la NASA une plateforme pilotée et haute performance pour tester des systèmes de commande de vol avancés, la manœuvrabilité et d’autres technologies de pointe en conditions réelles ».
Dès son arrivée en poste fin 2025, Isaacman avait demandé que ce programme, né en 1946 dans le sillage de la Seconde Guerre mondiale, retrouve de l’élan et soit financé à sa juste mesure. C’est de cette lignée qu’est sorti le Bell X-1, premier appareil à franchir le mur du son avec Chuck Yeager aux commandes en 1947, puis le North American X-15, qui a tutoyé Mach 6,7 aux frontières de l’espace en 1967. Dernier héritier de ces légendaires appareils, le X-70 Fractal servira néanmoins un tout autre objectif, bien plus en phase avec notre époque que celle de la chasse aux records : accélérer le cycle de la recherche aéronautique.
Le X-70 Fractal : l’opacité incarnée
Tel que le présente Isaacman, le X-70 Fractal est avant tout une plateforme d’expérimentation : « Sa conception modulaire et sa capacité à interchanger rapidement les charges utiles internes et externes vont permettre à nos équipes de voler, d’apprendre et d’enchaîner rapidement les expériences ».
La NASA est restée très taiseuse quant à l’apparence de l’appareil : elle n’a diffusé qu’une seule image de ce à quoi il pourrait ressembler dans son communiqué (voir notre image en tête d’article). Générée par IA, on y aperçoit seulement sa silhouette trapue vue de dos, ses deux dérives inclinées et son cockpit bombé noyé dans une espèce de brume blanche. Son allure évoquerait presque le Darkstar de Top Gun: Maverick ou un chasseur furtif tout droit sorti d’Ace Combat.
Côté fiche technique, l’agence a donné quelques informations, lesquelles, par déduction, nous laissent penser que le X-70 sera taillé pour l’endurance. Sa masse au décollage est de 4,5 tonnes et sa capacité d’emport de 900 kilos ; son plafond opérationnel est de 45 000 pieds (13 700 mètres), où il pourra évoluer, en vitesse de croisière à Mach 0,75 (soit environ 800 km/h, à la frontière du transsonique) pour une autonomie supérieure à 2 778 kilomètres.
Dans son communiqué, l’agence américaine explique qu’il embarquera « une technologie de commande de vol rapidement reconfigurable qui permettra à la NASA d’explorer la manœuvrabilité des aéronefs à des niveaux encore jamais atteints lors de vols pilotés. » Une déclaration très institutionnelle, qui ne nous en dit finalement pas lourd sur ce que le X-70 a dans le ventre. Fait-elle allusion à des surfaces de contrôle adaptatives, capables de changer de forme en vol comme le DLR allemand le teste depuis avril 2026 sur son drone PROTEUS ? Des algorithmes de contrôle reconfigurables que la NASA expérimentait déjà sur le X-36 à la fin des années 1990 ? Des angles d’attaque extrêmes, des figures post-décrochage, des transitions entre régimes de vol que personne n’a jamais tentées avec un être humain dans le cockpit ?
Sans constructeur ni budget annoncé, la NASA ne joue ici pas du tout la même carte avec le X-70 Fractal qu’avec le X-59 quand elle l’avait officialisé en 2018. Que ce soit sur la seule image qu’on ait de lui ou dans les déclarations officielles, la brume est tout aussi épaisse autour de ce nouveau projet. Isaacman promet un premier vol « sous la bannière NASA dans les deux prochaines années » ; on espère que l’agence américaine sera un peu moins avare en détails lors de la prochaine annonce… si tant est qu’il y en ait une avant 2028.