Critique

[Critique] Cosmos Nouveaux Mondes : ce que le futur nous réserve (dans le meilleur des cas)

Science

Par Felix Gouty le

Le 15 mars, sur National Geographic France, Neil DeGrasse Tyson revient présenter la troisième saison de la série scientifique, Cosmos. Avec Cosmos : Nouveaux Mondes, l’humanité fait face à ses fautes et ses erreurs, mais aussi à une piqûre de rappel non dénuée d’espoir et de motivation.

Le "vaisseau de l'imagination" à bord duquel Neil DeGrasse Tyson, le narrateur, nous transporte dans la série Cosmos : Nouveaux Mondes
Crédits : National Geographic.

En 1980, l’astrophysicien américain Carl Sagan, accompagné de sa femme Ann Duryan et de son collègue Steven Stocher, lançait l’une des premières émissions télévisées de vulgarisation scientifique, Cosmos : A Personal Voyage. Déclinée en treize épisodes d’une heure, l’émission était motivée par le voyage imaginaire de son narrateur – Carl Sagan, lui-même – à travers l’univers, ses origines et l’histoire des découvertes et innovations scientifiques. Grâce à une diffusion dans de multiples pays, elle est rapidement devenue « la série scientifique la plus regardée de l’histoire de la télévision ». En 2014, près d’une vingtaine d’années après la mort de Carl Sagan, Cosmos revenait à l’écran avec Une odyssée à travers l’univers, présentée par un autre astrophysicien réputé pour son éloquence, Neil DeGrasse Tyson. Suite à son succès, aidé par une connaissance scientifique mise à jour et un progrès technologique significatif en matière d’effets spéciaux, la série est encore une fois renouvelée. Dès le 15 mars 2020, elle donnera lieu à 13 nouveaux épisodes dans Cosmos : Nouveaux Mondes, à travers le monde sur la chaîne National Geographic. Nous avons eu l’occasion d’en voir quelques-uns en avant-première.

Le pari de l’humanité

« Chaque épisode doit montrer une preuve qu’un bel avenir est possible pour l’humanité, a indiqué la « showrunneuse » Ann Druyan pour décrire cette troisième saison de Cosmos, à l’occasion de son avant-première à Paris. Ce dont nous avons besoin, c’est de faire face à la réalité et de ne pas se mentir – en particulier face au défi lancé par le réchauffement climatique. » Cosmos : Nouveaux Mondes se positionne comme un véritable outil de réflexion sur notre monde, notre avenir, mais aussi notre passé. La série n’a pas peur de mettre les points sur les « i » en ce qui concerne les faiblesses et les erreurs du genre humain. Par exemple, dans le premier épisode qui replace les bases et principes scientifiques de cette série documentaire, le narrateur évoque la révolution agricole comme une invention aussi bien bénéfique que désastreuse. Il explique que l’agriculture a entraîné un changement fédérateur dans l’histoire de l’humanité, mais entraîne actuellement un bouleversement écologique – la chute de la pollinisation naturelle et de la biodiversité – qui pourrait nous être fatal. En cela, il souligne que l’humanité est bien à l’origine d’une sixième extinction de masse, celle de l’Anthropocène. Cependant, comme le veut l’esprit de la série, il conclut qu’elle n’est pas irrévocable et qu’il ne tient qu’à nous, les coupables, de renverser la tendance et d’interrompre le phénomène avant qu’il ne soit trop tard.

Neil DeGrasse Tyson, le narrateur de Cosmos : Nouveaux Mondes (Crédits : National Geographic).

Dans le deuxième épisode, intitulé « The fleeting grace of the habitable zone », Neil DeGrasse Tyson, à bord de son « vaisseau de l’imagination » (propulsé par les « deux bases de la pensée scientifique », scepticisme et émerveillement), part volontairement du postulat que l’humanité a dépassé la crise géologique et écologique actuelle et a ensuite survécu sur plusieurs centaines d’années. La série tente alors de relever le défi de formuler des perspectives légitimes et pertinentes d’exploration de l’univers à la recherche d’un « Nouveau Monde ». Elle introduit la notion de « zone habitable », qui définit si une planète ou un satellite peut potentiellement abriter de l’eau et une atmosphère favorable à la vie, selon sa distance avec son étoile. Elle évoque ainsi l’idée déjà émise d’un télescope solaire immense qui, tel un miroir, serait capable d’utiliser le Soleil pour explorer l’univers d’une manière extrêmement précise. Ensuite, la série s’invente des vaisseaux spatiaux qui, grâce de fines membranes, captent les photons de la lumière du Soleil ou d’un laser pour voyager à 20% de la vitesse de la lumière à travers l’espace. Pour souligner ce plan de voyage à la limite de la science-fiction, Cosmos s’aide d’effets visuels magnifiques (notamment pour les plans des astres visités) et d’une bande originale digne des plus grands blockbusters modernes, composée par Alan Silvestri (Ready Player One, Avengers : Endgame). En tout, cette saison 3 compterait plus de deux mille plans générés par ordinateur. « Au cinéma, ces scènes ne dureraient le plus souvent pas plus de quelques secondes, mais ici, certaines peuvent s’étaler sur 7 ou 8 minutes », soulignait Ann Druyan.

Une exoplanète dans Cosmos : Nouveaux Mondes.
Crédits : National Geographic.

Pour permettre au spectateur de croire à cette avalanche d’inventions fictives bien que cohérentes, Cosmos joue aussi sur l’histoire de l’humanité et des sciences. « Cosmos, à son meilleur, est une source d’information, mais aussi d’inspiration et de motivation », déclarait Neil DeGrasse Tyson à l’avant-première. La série effectue ainsi de nombreux parallèles avec des versants historiques souvent oubliés ou sous-estimés de l’humanité. Pour crédibiliser le voyage interstellaire, elle revient sur les origines des Polynésiens. En animation classique, pour se différencier des plans VFX futuristes, cette séquence rappelle que cette population avait elle aussi fait face à une surpopulation croissante et une réduction rapide de ses ressources. Pour y survivre, elle avait donc décidé de partir à la conquête de l’océan Pacifique à la recherche d’autres îles où s’installer. Pour cela, elle a mis à profit ce qu’elle connaissait des lois de la nature et de la physique. Le spectateur comprend ainsi que le vide intersidéral n’est qu’un autre océan sur lequel il faut voguer pour garantir la survie de l’espèce humaine à long terme. « La confiance en soi de l’humanité n’a jamais été au plus bas », avouait la productrice. Et, selon cette dernière, le message d’espoir d’une série comme Cosmos peut l’aider à « s’éveiller de sa torpeur » et à reprendre le dessus.

Entre rêve et réalité

Cosmos : Nouveaux Mondes n’est pas qu’une série documentaire de vulgarisation scientifique à gros budget. C’est avant tout un « show » dont l’objectif est de transporter émotionnellement le téléspectateur et de le faire rêver. Si elle se targue de lui offrir des informations scientifiques correctes, son intention principale est de lui délivrer un « message d’espoir nécessaire », parfois plus proche du rêve que de la réalité. Ann Druyan se justifiait en qualifiant Cosmos d’« amalgame de la science et de l’imagination », dont les deux dimensions ni ne s’opposent ni ne se contredisent. Dans son écriture, la série n’hésite pas à attacher une émotion à un fait scientifique ou une perspective future. Le dernier épisode, consacré à une hypothétique exposition universelle de New York en 2039, suit en arrière-plan un jeune personnage féminin qui, enfant, semble être passionnée de science. Plus tard, à l’âge adulte, elle s’émerveille – la larme à l’œil – des inventions de l’exposition et de son feu d’artifice retraçant l’histoire de l’univers. La série contrebalance ce « pathos » par de nombreux traits d’humour et jeux de mots : en évoquant le Big Bang dans ce dernier épisode, le narrateur n’hésite pas à rigoler du fait que sa reconstitution serait interdite aux moins de 14 ans. « Cosmos se sépare des autres documentaires scientifiques parce qu’il prend le spectateur par la main et le touche émotionnellement, avouait Neil DeGrasse Tyson. Nous connaissons tous le pouvoir d’une histoire bien racontée et la série a engagé les plus grands talents du monde de la fiction pour en bénéficier. »

Le monument de l’exposition universelle 2039 de New York fictive, symbole de la victoire écologique de l’humanité sur le réchauffement climatique (Crédits : National Geographic).

En somme, l’objectif de Cosmos semble être resté le même depuis sa première itération en 1980 : éveiller les esprits et transmettre la pensée scientifique. « J’espère que Cosmos : Nouveaux Mondes réussira ce que la première saison de 1980 était parvenue à faire : inspirer suffisamment certains de ses téléspectateurs pour consacrer leur carrière à des métiers scientifiques dans la recherche, la médecine ou l’enseignement », clamait Ann Druyan.


Cosmos : Nouveaux Mondes sera diffusée chaque semaine, à partir du 15 mars, à 21h sur National Geographic France et dès le 24 mars, sur la plate-forme Disney+. Cette troisième saison se déclinera aussi sous la forme d’un livre, aux éditions Hachette, disponible le 11 mars.

Notre avis

Cosmos : Nouveaux Mondes est un régal pour les yeux. La série embellit et magnifie la science par une bande-son et des effets spéciaux dignes des plus ambitieux films de science-fiction actuels. Si elle tombe parfois dans le tir-larme, elle ne succombe jamais au sensationnalisme souvent caractéristique des séries-documentaires américaines. En admettant les erreurs et les fautes de l'humanité mais en lui rappelant son ingéniosité, elle parvient à délivrer un message motivateur vraiment efficace.

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