Critique

[Critique] Ad Astra ou le Space Opera à la sauce Freud

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Jason Mathurin le

Ce mercredi 18 septembre sort en France Ad Astra. Voici notre critique à chaud sur ce space opéra signé James Gray qui met Brad Pitt à l’honneur.

Après le succès dithyrambique de son long-métrage « The Lost City of Z » en 2016, dans lequel il explorait la jungle amazonienne, le réalisateur part de nouveau en terre inconnue et se lance à la conquête de l’espace avec « Ad Astra », un film qui pour certains ne sera pas sans rappeler « Interstellar ». 2120. L’astronaute Roy McBride (Brad Pitt) est appelé à rejoindre la mission en charge d’un sauvetage d’un vaisseau qui a fait naufrage sur Neptune il y a plusieurs années. Un signal émis depuis la huitième planète atteste de la survie de l’un des naufragés, qui n’est nul autre que le père de Roy, obsédé dans sa quête d’extraterrestres. Loin d’être de la hard-sci-fi, « Ad Astra » réussit à nous faire voyager, même si les puristes lui reprocheront – à juste titre – de ne pas ancrer suffisamment la technologie au film. Ici, pas d’extrapolations autour de telle ou telle technologie qui permet de voyager dans l’espace : Résultat, on ne sait pas si Space X finance le voyage de Brad Pitt. Pas non plus de cryogénisation comme dans la saga Alien pour expliquer les ellipses entre les voyages. L’aspect géopolitique de la conquête spatiale est très bien amené, même si c’est loin d’être le cœur de l’intrigue.

Dans ce film, James Gray se sert plutôt de l’univers de la SF comme d’une métaphore de problématiques profondes comme la quête de soi, la masculinité, le rapport au père et à la religion. Roy est obnubilé par son travail. Il en vient à délaisser sa famille et ses proches restés sur Terre, y compris sa femme, qui se languit de son absence. Roy est en quête de son géniteur, qui l’a lui abandonné tout jeune. À l’instar de son père qui cherche en vain des preuves de l’existence d’extraterrestres, Roy, interprété par Brad, part à la recherche d’un père absent, un alien, finalement. Tout comme un jeune garçon, Roy doit “tuer le père” pour grandir, d’autant que la confrontation avec ce dernier est imminente. Plutôt que d’être sagement assis sur un fauteuil à raconter à un psychanalyste combien son père a été absent dans sa vie, le héros part à l’autre bout de la galaxie, dans l’espoir de résoudre ce conflit intérieur. C’est avec ce prétexte que Roy débute son voyage. Les longues traversées du désert cosmique et l’immense solitude éprouvée par notre anti-héros incarné par Brad n’est parfois pas sans rappeler les films Mad Max. Roy est seul contre tous; dans la plupart des scènes, il se retrouve seul, ou se met tout le monde à dos.  Il est d’ailleurs le seul à rejeter le divin et à ne pas faire allusion à Dieu ni même à invoquer Saint-Christophe, le protecteur des voyageurs dans les situations les plus difficiles. En parlant des autres personnages, on regrette le rôle trop passif de certains, comme l’actrice éthiopienne Ruth Negga (Nikki dans « Misfits » et Raina dans les « Agents du S.H.I.E.L.D ») dont le potentiel n’est pas assez exploité. D’autant que le duo fonctionnait plutôt bien, dans « World War Z ». Mais tout cela est orchestré de manière à faire valoir le dialogue intérieur – et les prouesses à l’écran – de Brad Pitt, un peu trop imposant… Le jeu de Brad est très bon. Mais les scènes où l’on est seul avec lui ont tendance à nous rendre claustrophobes… On est cependant forcés d’admettre que le côté dépressif, méditatif et mélancolique de son personnage le rend plus humain.

Bien évidemment, le film invite aussi à la rêverie et au divertissement, en offrant des scènes d’action dynamiques, avec des décors remarquables, le tout sur une bande-son classique, savamment composée par Max Richter (« Nosedive » de Black Mirror, The Leftovers) et Lorne Bafle (The Crown). On notera tout de même quelques longueurs, notamment dans la première partie du film, avant que James Gray ne nous réveille avec cette course poursuite complètement folle sur la Lune. Mais les pirouettes de Brad Pitt peuvent être lassantes et trop sensationnelles par moments. Notamment cette scène au cours de laquelle Brad s’infiltre à bord d’une fusée sur la rampe de lancement. Ce que j’ai apprécié, c’est que malgré toutes ses prouesses, Roy reste un anti-héros comme on les aime, un peu à la Bird Man. Du début jusqu’à la fin, il n’aura ni la prétention ni l’ambition d’être le sauveur de l’humanité. Il semble que c’est précisément cette authenticité de la nature humaine que James Gray a voulu retranscrire avec Brad Pitt, qui s’affranchit un peu des dogmes de la virilité, en nous offrant un personnage avec ses faiblesses comme ses forces. Et le final est convaincant. Joli clap de fin pour Brad Pitt, qui envisage d’arrêter sa carrière au cinéma.

Notre avis

James Gray l’a dit lui-même : Ad Astra n’est pas un énième film de hard sci-fi. La SF sert surtout de prétexte pour aborder des problématiques plus profondes : la quête de soi, la masculinité, le rapport au père et à la religion. Un pari réussi, notamment grâce au jeu d’acteur de Brad Pitt, aux scènes d’action, à la bande son immersive et à l’esthétique des décors. Malgré quelques longueurs, Ad Astra mérite le détour et donne matière à penser.

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