Critique

[Critique] Alien : Covenant

Cinéma

Par Mathieu le

C’est l’histoire d’une saga que personne n’a pu oublier. Alien : le huitième passager, pierre angulaire d’une série de films devenue culte, a marqué bien des générations. Près de quarante ans plus tard, Ridley Scott reprend les rennes, comme pour nous prouver que son monstre est immortel. Covenant, préquel du premier Alien et suite officieuse de Prometheus débarque dans nos salles obscures, pour, une fois encore, nous faire peur. Si dans l’espace, personne ne peut nous entendre crier, avec quel état d’esprit ressortons-nous de ce nouveau voyage ?

Sceptique, vous avez dit ?

James Cameron confiait son scepticisme vis-à-vis d’un “énième nouvel opus” pour la saga Alien. “C’est bon, on a compris le gimmick freudien biomécanique. J’ai vu ça 100 fois dans des films d’horreur depuis. Je crois que nos deux premiers films sont des points de repère temporels, comme des références. Mais est-il pertinent d’en refaire un maintenant ?” expliquait-il notamment.

C’est un peu cette idée là que les spectateurs et fans de la franchise gardaient en eux. Perplexe, nous le sommes forcément lorsqu’on se rend au cinéma pour voir Covenant. Le film débute lentement, comme pour nous préparer psychologiquement aux événements futurs. On rencontre tour à tour les protagonistes de cette nouvelle histoire : Walter, le “nouveau” David (Michael Fassbender), Daniels (Katherine Waterson), Oram (Billy Crudup) et Tennessee (Danny McBride), pour ne citer qu’eux. Quinze êtres humains composent donc l’équipage du Covenant, un vaisseau dont l’unique but est de trouver une nouvelle terre d’accueil pour notre civilisation. En chemin, ils découvrent une planète non détectée par leur radar et prennent la décision de s’y rendre, cette dernière correspondant aux critères de développement de l’humanité. Mais, vous l’aurez compris, rien ne va se passer comme prévu.

Là où Alien : Covenant fait très fort, c’est dans sa mise en scène. Subtile, intelligente et profitant d’un rythme assez incroyable, elle laisse le spectateur constamment sur le qui-vive. Scott a eu l’ingénieuse idée de ne jamais lâcher la cadence insufflée au bout d’une vingtaine de minutes avec pour objectif de laisser le moins de temps mort possible. On assiste donc à un véritable bataille entre l’Homme et la bête, dont on comprend un peu mieux les fondements, les origines et la finalité. Ridley Scott a su parfaitement se situer et calquer son film sur ses histoires précédentes, nous prouvant ainsi que tout est lié et que l’ensemble a certainement été imaginé il y a fort longtemps. C’est avec un certain amusement qu’on découvre ce nouveau segment de la saga, qui en dit bien plus qu’on ne pouvait l’espérer et qui dévoile aussi l’un des secrets les plus troublants de la franchise. Il est désormais clair qu’on ne pourra pas vous en dire plus sur l’histoire, sous peine de vous gâcher la (les) surprise(s) qui vous attendent…

Ellen 2.0

Artistiquement parlant, Covenant profite du travail d’orfèvre de son réalisateur, qui connait désormais bien l’univers, mais aussi de ses équipes. Les effets spéciaux sont parfaitement maîtrisés. Les décors, et notamment la flore de la planète, sont admirables et recèlent quelque chose de poétique. C’est néanmoins un ton noirci qui prend le dessus, la lumière n’ayant presque pas de présence tout au long de la projection. On ressent l’envie de Ridley Scott de donner une envergure apocalyptique à son nouveau monde et à cette nouvelle période de l’histoire d’Alien.

L’ambiance dépeinte est affolante et pesante. Nous n’avons droit qu’à peu de répit durant les deux heures de projection, comme si la tension et l’appréhension de ce qui nous attend prenaient perpétuellement le dessus. Notons d’ailleurs que Covenant est bien un film de science-fiction couplé au cinéma d’horreur. Violent et parfois très gore, le long-métrage n’est pas à conseillé aux âmes les plus sensibles..

Les personnages présentés dans ce nouvel axe de la saga sont intéressants, mais néanmoins oubliables. On ressent tout de même la volonté forte de Ridley Scott de faire de Daniels, jouée à l’écran par Katherine Waterson, sa nouvelle Ellen Ripley. Sa personnalité, sa gestuelle et même ses caractéristiques physiques nous font irrémédiablement penser à l’héroïne tant appréciée des quatre premiers Alien. Walter et David, les cyborgs incarnés par Michael Fassbender sont eux aussi une fois encore au dessus du lot et prouvent la compétence de l’acteur à cerner ces personnages, bien plus important et complexes qu’on ne pouvait le penser. Enfin nous retiendrons Tennessee, le personnage de Danny McBride, qui malgré un certain retrait, réussit à prendre un peu de hauteur par rapport à ses camarades.

Ridley Scott a vraiment travaillé le personnage de Daniels

Conclusion

Alien Covenant est une très belle réussite. Ridley Scott signe un film percutant, violent et intelligent qui fera oublier les erreurs du contrasté Prometheus. Le monstre imaginé par Hans Ruedi Giger ne nous a jamais semblé aussi réel et terrifiant. Premier acte d’une probable trilogie servant de préquel à la saga originale, Covenant a de sérieux atouts à revendre et pourrait bien vous réconcilier avec le genre et son réalisateur.