Critique

Critique Aquaman : comme un poisson dans l’eau ?

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Allan Blanvillain le

Si le genre super-héroïque continue de faire recette (désolé pour ceux qui prédisent sa fin depuis une décennie), niveau qualité, 2018 nous aura tout fait de ce côté-là avec du phénoménal, du passable, de l’original, du désastreux, de l’oubliable… Coïncidence ou non, pour finir l’année, on a droit à un Aquaman qui pourrait se classer dans chacune de ces catégories. Impossible ? Et pourtant…

Dernier vestige d’un univers étendu aujourd’hui disparu (ou c’est tout comme) pré-Justice League, Aquaman faisait partie du planning initial de DC Entertainment / Warner avant que celui-ci ne soit revu et changé sous la dénomination Worlds of DC. À la différence près que contrairement aux copains qui ont subi le changement de direction de plein fouet et se sont perdus dans les limbes (The Batman, Flashpoint, Cyborg, Man of Steel 2…), le roi des océans semble être passé entre les mailles du filet de pêche et n’avoir jamais rencontré aucun iceberg sur le chemin des salles.

Pas de valse de réalisateurs, pas de ré-ré-ré-ré-réécriture du script, pas de damage control des producteurs… un tel manque de problèmes en deviendrait presque louche. Est-ce que le studio avait juste abandonné et laissait le film sortir tout en serrant les fesses pour que ça passe vite ? La réponse paraît désormais évidente : James Wan. Le réalisateur / scénariste n’a eu de cesse de nous vendre SON film loin de toute considération pour les autres encapés et il faut croire que Warner lui a laissé carte blanche en évitant de trop s’ingérer comme par le passé (par capitulation ? Par confiance ? Qui sait…).

D’ailleurs, le métrage ne comportera qu’une seule référence à Justice League, passage obligé, tout en assumant les incohérences avec ce dernier – on pense notamment aux yeux de l’homme-poisson -. Pourquoi ? Parce que le réalisateur s’en fout.

Le Wan derrière Aquaman

Sans trop spoiler, il survint un moment dans l’histoire où Arthur (Jason Momoa) glisse un « si tu n’es pas content, je t’emmerde ». Impossible de ne pas y voir le propre « je t’emmerde » de James Wan à l’encontre de quiconque toucherait à son oeuvre, que ce soit des producteurs ou des critiques. Parce que c’est ce qui se ressent pendant toute la durée du métrage, soit près de 150 minutes : un je-m’en-foustime absolu qui fait fi de tout, même de ses propres défauts.

Car le cinéaste cherche avant tout à se faire plaisir. S’il nous pond un scénario linéaire, prévisible et rempli de trous, c’est pour mieux enfiler les scènes d’action comme des perles. S’il nous donne à voir des incrustations numériques baveuses, derrière il nous offre des séquences épiques à la pelle et aucune ne se ressemble. S’il laisse les acteurs souvent jouer n’importe comment, c’est pour…ah non, là pas d’excuse. Visuellement, le mec pioche partout : Avatar, Star Wars, Dragon Ball… on a l’impression de voir un gamin ouvrir son coffre à jouets et empiler les références avec un regard espiègle. Il fait preuve d’une telle générosité dans son délire qu’on se sentirait presque obligé de lui pardonner tous ses écarts. Parce que c’est ce que nous offre Wan : quelque chose de totalement assumé qui se moque de ce qu’on peut en penser, jusque dans les libertés qu’il prend avec le mythe d’Aquaman. On doit bien reconnaître qu’on n’avait pas vu autant d’honnêteté dans un produit Warner / DC depuis… longtemps.

Plaisir coupable ou gros navet ?

Tantôt très premier degré, tantôt complètement second, parfois franchement laid, parfois superbe, l’ensemble du long-métrage joue ainsi sur cette faculté à flirter avec le nanar sans jamais s’en cacher. On touche presque du doigt un délire à la The Asylum où Sharknado serait devenu un blockbuster super-héroïque. Même la musique semble avoir été monté pour appuyer chaque lourdeur comme le petit riff de guitare à chaque moment badass de Momoa ou la fameuse reprise d’Africa par Pitbull qui fait couler beaucoup d’encre (à raison). C’est absolument idiot et on ne parvient jamais à voir l’intention derrière : Aquaman est-il un gros ringard ou a-t-il beaucoup d’auto-dérision ?

On est donc là, à ne pas trop savoir quoi penser d’un film qui n’a de cesse de nous présenter deux visages, or rien ne laisse à penser qu’il y a une dualité chez Wan. Il nous aligne le magistral et le médiocre, souvent séparés de quelques secondes sans qu’on ressente autre contrainte que celle de tout mettre. Pour qui ? Pour le spectateur ? Pour le studio ? On a envie de dire pour lui tant on ne perçoit pas le métrage malade comme pouvait l’être Venom. Non, on est juste dans l’excès, la surenchère, le débile profond, le génial, l’anecdotique, le culte, le cool, le ridicule, le gênant, l’orgasmique…

Notre avis

Contrairement à ce qu'affirme l'affiche du métro, Aquaman n'est jamais rafraîchissant, ni spectaculaire. Mais pour le fun rien à dire, pour peu qu'on adhère au délire en fermant (un peu) les yeux.

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