Critique

[Critique] Blair Witch

Cinéma

Par Henri le

Plus d’une quinzaine d’années après le Projet Blair Witch, Adam Wingard tente un reboot qui pourrait paraitre opportuniste tant le genre est éculé. L’astuce fonctionne-t-elle toujours ?

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Le Projet Blair Witch fut sans aucun doute le succès le moins attendu de l’année 1999. En devenant l’un des films les plus rentables de l’histoire du cinéma, il a également légitimé le genre « found footage » aux yeux de l’industrie toute entière. Une fois n’est pas coutume, Hollywood s’en est emparé pour le décliner sous toutes ses formes de manière plus ou moins réussie.

En voulant en faire un reboot, Adam Wingard s’exposait donc fatalement à la comparaison avec l’original, qui fait toujours figure de mètre étalon en la matière. Le réalisateur ne s’en cache d’ailleurs pas puisque le spectateur suit l’histoire du frère d’Heather, à sa recherche depuis sa disparition tragique dans le film précédent. La surprise de la découverte en est évidemment altérée puisque le sort des protagonistes semble scellé dès le début.

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En revanche, le film se détache visuellement de son aïeul. Évolution des technologies oblige, les caméras livrent des images bien plus nettes et colorées. Cette précision du numérique, qui fonctionne dans des films comme Cloverfield, semble ici lever un voile de mystère sur chacun des plans. Les cassettes du projet Blair Witch nous demandaient d’écarquiller les yeux pour voir à travers le grain de l’image. C’est grâce à cette concentration que chaque effet, même anodin, interpellait encore plus le spectateur. La caméra tente ici de mimer des difficultés techniques, via des coupures ou des distorsions de l’image, mais elle parasite plus le suivi qu’autre chose.

La beauté (relative) des images fait apparaître des acteurs qui jouent un peu trop. Les amateurs ont laissé place à des professionnels et cela se sent. Si certaines scènes du projet Blair Witch semblaient complètement improvisées, il n’en est rien cette fois-ci. On a donc un peu plus de mal à s’attacher au groupe, mais on a surtout l’impression de ne plus regarder « un enregistrement trouvé ». Le film se déroule en direct, et s’insère donc dans un cadre plus conventionnel du cinéma d’horreur. Il utilise de ce fait beaucoup plus d’effets sonores que l’original.

Dire que Wingard se moque du matériau d’origine serait faux. Il met d’ailleurs en place plusieurs idées de mise en scène originale, qui ne sont hélas pas assez poussées. L’utilisation du drone volant, qui se démocratise de plus en plus, aurait pu permettre de déporter la peur et créer une nouvelle mise en abime à l’intérieur même du film. Mais il n’en est rien.

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On apprécie en revanche que le récit joue avec l’horloge, en créant une boucle temporelle. Cette dernière empêche l’alternance jour/nuit de fonctionner et fait peu à peu disparaître la lumière de la forêt. Une idée intéressante qui empêche de segmenter la narration, et prolonge une nuit qui parait interminable.

Le dernier tiers du film est plus maîtrisé. Si la forêt reste encore un merveilleux vivier à frisson, c’est dans ses élans claustrophobiques que Blair Witch parvient le mieux à nous effrayer. La séquence se déroulant dans l’antre de la sorcière se présente comme une extension de celle de la fin du premier film. On se prend à sursauter à nouveau, notamment dans une séquence souterraine vraiment réussie. Sans surprise, quand le long-métrage mime son aîné, il fonctionne. Mais le sentiment de redite qui émane de ce type de production pose vraiment la question de la légitimité du genre. Il faut une révolution, et vite.

Blair Witch ne réitère pas l’exploit du premier film. Grosse production oblige, le récit et l’image perdent en authenticité et laissent place à un sentiment de déjà-vu. Le long-métrage se place néanmoins dans la moyenne des récents films du même genre, notamment grâce à une dernière partie assez efficace. Les néophytes auront droit à leur lot de sursauts, tandis que les inconditionnels du premier lui demanderont gentiment d’aller regarder les murs, dans un coin.