Critique

Critique : Captain America – Civil War

Cinéma

Par Pierre le

Cette année, les héros n’arrivent décidément pas à se mettre d’accord. Après Batman qui a mis des coups de tatane à Superman dans l’univers DC, voici Iron Man qui vient chercher des noises à Captain America. Adaptation attendue de longue date, Civil War prenait un grand risque en puisant dans un arc connu et reconnu, voire vénéré. Mais les frères Russo ont eu les épaules assez solides pour nous livrer un produit d’une grande qualité.

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Civil War avait une lourde mission : introduire la phase 3 du Marvel Cinematic Universe, préparer le terrain pour Avengers 3 et surtout nous offrir un combat de haute volée entre la Team Captain et la Team Iron Man. Mission accomplie pour les deux réalisateurs qui arrivent à créer une alchimie entre toutes ces contraintes. Comment ? Tout simplement en imposant un rythme d’enfer, ne laissant pas le spectateur s’ennuyer une seule seconde.

La comparaison avec Batman v Superman est inévitable pour Civil War. Inévitable. Les Russo ont réussi là ou Snyder a échoué pour plusieurs raisons. Là ou BvS s’embourbait dans un teasing de deux heures et demi pour rusher la mise en place d’un univers, les Russo ont eu l’avantage de placer leur combat dans un monde déjà construit, utilisant des personnages disposant d’un background bien fourni. Un avantage qu’ils ont su habilement utiliser pour poser directement les enjeux et introduire la nouvelle génération de héros Marvel Studios.

Team Cap ou Team Iron Man ?

Civil War, c’est avant tout une bataille entre deux conceptions du monde, celle d’Iron Man et celle du Captain, avec un Zemo en filigrane et tout en retenue derrière tout ça. Un affrontement parfois verbeux qui remet en cause même l’existence des Avengers, socle de Marvel. Au lieu de nous servir tout de suite une baston violente, les Russo prennent le temps de poser les enjeux, nous montrent les deux héros tentant de désamorcer une situation qui devient plus complexe au fil des minutes. Ils font jouer leur amitié, leurs sentiments. Même au pied du mur, nos deux héros tentent de dialoguer entre deux scènes d’action survoltées, et le spectateur attendant de la baston se surprend à vouloir une issue pacifique.

La diplomatie prime sur le combat dans un premier temps
La diplomatie prime sur le combat dans un premier temps

S’ensuit une guerre civile rondement menée, spectaculaire et un brin mélancolique, tant ce conflit est douloureux pour les deux côtés. Les frères Russo reprennent leur mise en scène nerveuse du Soldat de l’Hiver, qui tranche avec l’action presque cartoon d’Avengers 1 et 2. Le point culminant du film ? La scène de l’aéroport vue dans les trailers. Elle ne donnait pas envie, comme ça, mais ces derniers ont pris soin de ne rien nous montrer pour mieux nous surprendre. Nous avons tout simplement là l’une des meilleurs scènes du Marvel Cinematic Universe.

Spider-Man, l’homme appelé à régner

Civil War est l’occasion de préparer le terrain pour la phase 3. Si les personnages récents prennent de plus en plus d’importance (Scarlet Witch, Vision), le film introduit également de nouveaux héros. Nous avons Black Panther, incarné par un Chadwick Boseman de haute volée, véritable électron libre dans le film, et surtout un certain Spider-Man.

Nous le tenons, notre VRAI Spidey !
Nous le tenons, notre VRAI Spidey !

Le cas Spider-Man se montrait épineux. Marvel avait la lourde tâche de créer une nouvelle version de Peter Parker, incarnée par Tom Holland, qui en plus de nous préparer à son film solo, devait se glisser parfaitement dans ce MCU tout en faisant oublier aux spectateurs les anciens films. Les Russo n’avaient pas le droit à l’erreur sur ce coup, et ils n’en n’ont fait aucune.

L’introduction de Spidey est le passage le mieux écrit de tous les films Marvel, les Russo nous livrant un immense moment qui ravira aussi bien les fans que les profanes. La Maison des Idées a toujours su bien exploiter ses personnages et avec Spider-Man, elle est au sommet de son art. En quelques minutes seulement, le Spidey édition MCU enterre les deux précédentes itérations de Sony Pictures. C’est presque un miracle geek.

#TeamSpidey

Bllack Panther est lui aussi une réussite
Bllack Panther est lui aussi une réussite

Une formule qui marche. Jusqu’à quand ?

Pour Civil War, les Russo utilisent une recette qui a déjà fait ses preuves, nous donnant un film Marvel Studios pur jus. Si l’alchimie fonctionne toujours, on sent tout de même que Marvel aura un grand besoin de renouveau dans le futur, au risque de créer l’ennui. Un renouveau nécessaire, tant la formule commence à être éculée. C’est en tout cas ce que nous promet la phase 3 avec Doctor Strange, le prochain film Spidey ou même Black Panther. Civil War, qui représente l’apothéose de la méthode Marvel, signe une fin de cycle, à tel point qu’on prend conscience que les vieux de la vieille n’auront plus rien à nous offrir dans le futur. La balle est dans ton camp, Kevin Feige.

La Team Iron Man en impose
La Team Iron Man en impose

On regrette également que Marvel n’aille pas au bout de ses idées. Le film était l’occasion rêvée tout chambouler, de mettre en place des événements aux conséquences fortes pour l’avenir. Mais non. Par peur de susciter la colère des fans, ou peut-être par envie d’exploiter encore le filon, Marvel a décidé de prendre le minimum de risque. C’est un peu dommage, car même si le spectateur a passé un excellent moment, il y a une sensation d’acte manqué, de manque de courage de la part du studio. Dommage.

Mais la Team Cap n'est pas mal non plus
Mais la Team Cap n’est pas mal non plus

Verdict

Civil War signe l’apothéose de la formule Marvel et se place un poil en dessous d’Avengers 1. Les frères Russo nous livrent un produit fun, intéressant et jouissif qui plaira aux fans comme aux profanes. Maîtrisé mais sans grosse prise de risques, il promet un véritable renouveau pour la phase 3, avec de nouveaux personnages et de nouvelles problématiques. On espère maintenant que Marvel saisira l’occasion pour nous offrir de nouvelles choses, et ne pas s’embourber dans un post Civil War reprenant éternellement les mêmes recettes. Mais la relève semble assurée.