Critique

[Critique] Grimbsy, Agent Trop Spécial

Cinéma

Par Elodie le

Sacha Baron Cohen revient sur grand écran avec l’un de ces personnages dont il a le secret. Après avoir amené le Kazakhstan sur la scène internationale, Grimsby, Agent Trop Spécial nous plonge dans la working class anglaise sur fond d’espionnage et d’hooliganisme soft. Permis d’en rire ?

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Sacha Baron Cohen (SBC) a pris pour habitude de se jeter à corps perdu dans les rôles qu’il incarne. À corps perdu, c’est bien le terme, puisqu’il s’approprie complètement son personnage durant toute la durée du projet. L’acteur britannique met du coeur à l’ouvrage : son arrivée triomphale sur la promenade des Anglais en Amiral Général Aladeen (The dictator) en plein festival de Cannes, nous en avait donné un aperçu. Rebelotte avec la campagne promotionnelle de Grimsby, panoplie rouflaquettes, débardeur, ventre bedonnant et slip kangourou de rigueur.

Du coup, Sacha Baron Cohen fédère ou irrite. Tout comme ses films et son humour trash, jusqu’au-boutiste. Grimsby, Agent Trop Spécial n’échappera pas à la règle. On rit ou on pleure.

Après Ali G, excellent rappeur mégalomane, Borat, journaliste kazakh visitant le pays du péché, Bruno, mannequin homosexuel exubérant ou Aladeen dictateur flamboyant, Grimsby, Agent Trop Spécial fait place à Nobby, sorte de prolo de la classe ouvrière britannique, amateur de foot, de kebab et de bière. Avec ce nouveau film, SBC nous offre plus une parodie de films d’action qu’une satire de la working class UK ou du hooliganisme anglais. Ce que l’on peut regretter.

Mais pour le film d’action, bien qu’humoristique, l’acteur a vu les choses en grand. C’est pourquoi il s’est attaché le talent d’un affilié du genre, le français Louis Letterier, réalisateur du film Le Transporteur ou Now you see me (Les insaisissables en VF), adoubé par Hollywood, qui lui confie désormais la réalisation de blockbuster calibré depuis L’Incroyable Hulk et Le Choc des titans.

De ce point de vue là, le cahier des charges est respecté puisque tous les ingrédients du film d’action sont réunis : castagne, course poursuite, gros calibres et méchant vilain. L’incroyable scène d’ouverture ravira certainement les amoureux du genre. La présence au casting de Mark Strong (La Taupe, Kingsman, Imitation Game), froid et implacable, n’apporte que plus de crédibilité au film tant il est parfait en espion de Sa Majesté dépassé par les événements et les retrouvailles avec son « dégénéré » de frère. D’où cette question : qu’est-il aller faire dans cette galère ?

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Penelope Cruz

On notera la présence surprenante de Penelope Cruz, décidément très à son aise dans les comédies loufoques (après Zoolander 2). Et celle de Rebel Wilson, âme sœur de Nobby, tout en raffinement et distinction dans sa parodie de la scène d’interrogatoire de Basic Instinct.

Avec Grimsby, SBC se détache un peu plus du faux film documentaire qui a fait sa notoriété pour épouser les codes du blockbuster hollywoodien, avec ce qu’il faut de trash, d’absurde, de scato et de blagues graveleuses, pour y apposer sa signature. On rit sans se fendre la poire, on est parfois gêné, tant tout est excessif, gratuit et sans aucun tabou, mais le film file, sans accuser le moindre temps mort, évitant ainsi l’indigestion.

Amateur du bon gout et de la subtilité, passez votre chemin. Pour les autres, il est permis d’en rire.