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Critique Cold Storage : l’anti The Last of Us ?

Après The Last of Us, les champignons ont la cote. Mais Cold Storage prouve qu’un bon parasite ne suffit pas toujours à faire un bon film.

Au cœur d’une année saturée de licences, de reboot et de remakes, Canal+ débarque avec une histoire inédite rayon SF. Le studio s’associe à Jonny Campbell pour l’adaptation du roman Cold Storage.

Pour l’occasion, Liam Neeson reprend du service aux côtés de Joe Keery (Stranger Things) et Georgina Campbell (Barbare). Au programme : une très mauvaise journée pour les deux employés d’une unité de stockage.

Lorsqu’un microorganisme mutant et hautement contagieux s’échappe d’un laboratoire de l’armée, Teacake et Naomi sont la seule chance de survie de l’humanité. Seule chance ? Pas vraiment, puisqu’ils peuvent compter sur l’aide de l’agent Robert Quinn. Encore faut-il arriver à temps pour les sortir de ce pétrin…

Divertissement (trop) maîtrisé

Si le nom de Jonny Campbell ne vous dit sans doute rien, celui du scénariste David Koepp n’est pas inconnu des amateurs de science-fiction. C’est à lui que Jurassic Park doit son histoire, adaptée de l’ouvrage de Michael Crichton.

Ici, il travaille sur un récit qu’il connaît plutôt bien, puisqu’il l’a lui-même signé. Une maîtrise au service d’une aventure qui change la donne ?

Dès les premiers instants, on reconnaît l’évident savoir-faire du papa de La Momie et La Guerre des mondes. Qu’il s’agisse d’immortaliser l’apparition d’une première crise sanitaire ou de présenter nos héros, Cold Storage sait y faire et ne chute pas dans son entreprise.

Cold Storage Critique Cinéma3
© Studio Canal

Mais voilà, tout est balisé, maîtrisé… trop. Koepp et Campbell sont de fins connaisseurs et s’attachent à reproduire toutes les mécaniques éprouvées par leurs aînés. Un classicisme qui pourrait être bénéfique à une proposition purement nostalgique, mais qui sonne faux lorsque le film essaie de déjouer les attentes avec des histoires accessoires.

Qu’il s’agisse de l’intrusion d’un gang ou du petit-ami de l’héroïne, le film balaie toujours trop rapidement ses enjeux dramatiques. Parce qu’il manque à Cold Storage le cœur de ce qui fait une bonne chronique apocalyptique : l’humain.

L’humain oublié

Joe Keery et Naomi Williams font de leur mieux pour exister dans cette chronique apocalyptique, mais ne sont jamais confrontés à des défis assez insurmontables pour avoir l’occasion de nous émouvoir, nous surprendre ou nous effrayer. Le criminel rangé et la mère de famille ne dépassent pas leur statut d’archétypes du genre.

Avec plus de marge de manœuvre, The Last of Us réussissait à faire de son duo le centre névralgique de son monde. Ellie et Joel sont constamment mis face aux dérives d’une humanité qui n’a plus d’espoir, doivent faire des choix immoraux pour survivre.

Cold Storage Critique Cinéma2
© Studio Canal

Ici, c’est le personnage de Liam Neeson, un agent à la retraite, qui incarne l’idée d’une fin qui justifie les moyens. Il avait anticipé cette crise et ne reculera devant rien pour l’empêcher de se répandre sur le monde. Il est à l’épicentre de certaines scènes amusantes, des morceaux de bravoure.

Sauf que le film n’a pas le courage d’aller au bout de son propos et d’offrir une conclusion plus radicale. Le scénario effleure constamment “la bonne idée” sans s’en saisir pleinement. Parce qu’il navigue constamment entre deux eaux. Il ne franchit jamais la frontière avec le purement gore, jamais celle avec la comédie déjantée.

On s’en serait contenté, mais le registre zombiesque, qu’il s’agisse de spore ou de morsures, a déjà fait mieux. Il a déjà offert plus intense, plus crispant et plus drôle. On en demandait sans doute trop à Cold Storage qui avait prévenu le public dès sa bande-annonce, rythmée par la musique de Daniel Powter : juste “une mauvaise journée”. 

Oubliable ?

Après un peu plus d’une heure et demie, on se dit que Cold Storage ne laissera pas une impression indélébile. La faute à une réalisation plutôt convenue malgré les effets visuels réussis et quelques transitions enthousiasmantes.

Les entrailles de l’unité de stockage auraient gagné à être exploitées par la caméra, à faire honneur au huis-clos qu’il tente de faire éclore. Le film n’osera pas aller plus loin que ce que le spectateur avait anticipé.

Cold Storage Critique Cinéma
© Canal+

Cold Storage n’est pas un échec. C’est peut-être plus frustrant que ça : un film techniquement solide, mais trop prudent pour marquer son époque. On se demande si, comme l’organisme échappé du laboratoire, Cold Storage n’a pas été décongelé et réchauffé pour investir une année chargée en “films à licences”. On gardera de la séance l’évident charisme de Joe Kerry, le talent de Neeson pour jouer les vieux briscards et quelques scènes ingénieuses.

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Notre avis

Cold Storage est une aventure divertissante et maîtrisée. Mais malgré toutes ses belles qualités, le film est parasité par son incapacité à faire des choix radicaux et à surprendre. Au rayon des champignons, on a fait meilleure cueillette... mais aussi pire.

L'avis du Journal du Geek :

Note : 5 / 10

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