Mardi soir, 19h43, on se détend en s’enfilant les épisodes d’Animal Kingdom comme des Tic Tac. Netflix a frappé un grand coup en obtenant la série. À chaque fois que l’on retourne à l’écran d’accueil de la plateforme de streaming, un élément attire notre attention. On ne présente plus le top 10 du service, mettant en avant les programmes à succès du moment. Et une série occupe la première place convoitée depuis sa sortie, Les Lionnes.
Au début, il n’était pas dans notre intention d’entamer le visionnage de cette nouvelle production française d’Olivier Rosemberg (Family Business) coécrite avec Carine Prévo. On en a un peu marre des récits de braquage et on conserve toutes nos forces pour grincer des dents devant la prochaine saison de Berlin. Mais on nous promet de la chronique sociale, de l’action et beaucoup de comédie, alors on se sent un peu foufou et on lance Les Lionnes, espérant rugir de plaisir. Sur un malentendu…

De quoi parle Les Lionnes ?
Très librement inspiré de l’histoire vraie du Gang des Amazones, une bande de braqueuses des années 80 en France ayant déjà fait l’objet de nombreuses adaptations, Les Lionnes se déroule de nos jours. On y découvre cinq femmes, habitantes d’un quartier du Sud de Marseille contrôlé par Ézéchiel (Rosemberg), un gangster notoire.
Des mères de famille, des femmes écrasées par le système ou des maris violents, vivant dans la précarité, décident de s’unir pour s’en sortir et commencent à braquer des banques. Outre une police sur les dents, leurs exploits vont rapidement gêner les affaires d’Ézéchiel et d’un vil élu local.

Série à problèmes
Il n’y a rien de moins universel que l’humour et celui des Lionnes peut clairement diviser. De notre côté, il n’a pas fallu attendre la fin de la première scène pour avoir le sentiment que le visionnage des huit épisodes de cette première saison s’annonçait compliqué. Zoé Marchal dans le rôle d’une fille bipolaire et caution comique de la série nous a fatigués minute une avec son langage cliché et sa propension à en faire des tonnes. Heureusement que l’écriture lui offrira de meilleurs moments plus tard.
Globalement, l’intention des Lionnes est louable. Le duo de scénaristes n’entend pas porter la réalité des Amazones, mais offrir une version pop, colorée et complètement exagérée. L’idée n’est pas de refaire Pax Massilia, mais d’amuser avec les stéréotypes sur les séries de braquage. Rien qu’Ézékiel avec son appareil dentaire et sa sacoche rose se prête au ridicule. Les rôles secondaires sont marqués par ce second degré, notamment avec un Jonathan Cohen faisant du Jonathan Cohen et un François Damiens impeccable en mascu toxique.

L’enchaînement des événements, l’absurdité de certaines situations, les réactions lunaires, et même le déguisement de nos braqueuses, la série assume de se tourner vers la comédie. Que cela fasse mouche à chaque fois est un autre sujet, mais encore une fois, ce côté-là est assez subjectif pour qu’on ne juge pas le show dessus. Néanmoins, le manque cruel d’impact de certains traits drolatiques n’est pas toujours à imputer à l’écriture de la blague, plutôt au ton abordé. C’est sur cela que Les Lionnes se loupe dans les grandes lignes.
Parce que la série française entend également nous livrer une chronique sociale avec un vrai fond, tout en lui donnant une touche de thriller policier. Une ambiance qui ne prend pas puisque sur ce point, Les Lionnes est un concentré de clichés vus et revus. Le moindre discours sociétal ou humain présent ici a déjà été disséqué de bien meilleure manière par le passé. Un manque de maîtrise frappant lorsque le show tente de nous parler sororité, son aspect le plus intéressant, tout en maintenant la thématique au second plan.

La série tente un numéro d’équilibriste extrêmement risqué. Celui de vouloir à la fois s’amuser des clichés sur les histoires de braquage, tout en voulant raconter très sérieusement quelque chose. Le premier et le second degré n’arrêtent pas de se croiser sans direction claire, de sorte qu’on finit par ne plus savoir si on doit rire d’un stéréotype volontaire ou lever les yeux face à un stéréotype involontaire. Lequel est lequel ? Plus l’intrigue avance, plus la frontière est floue.
Des changements d’atmosphère qui perturbent ostensiblement le casting qui va alterner entre un jeu de nuance et un surjeu grossier. Rebecca Marder étouffe ses camarades et force chaque moment d’émotion. Naidra Ayadi gère la partie misère, beaucoup moins l’aspect léger. La vétérane Pascale Arbillot et la jeune Tya Deslauriers parviennent à sortir leur épingle du jeu, mais c’est une maigre consolation.
Les Lionnes ressemble à une version française de la très bonne série Good Girls (également sur Netflix), dont elle partage les grandes lignes, mais avec beaucoup moins de subtilité et de maîtrise de son ton. Rien de catastrophique pour autant et on lui reconnaît la volonté d’essayer d’accomplir quelque chose. Sa partie la plus divertissante peut même parvenir à séduire le temps d’une soirée de zapping. Par contre, elle est beaucoup trop maladroite pour nous donner envie de revenir en saison 2.
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