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Critique Colony : des zombies en mode cirque du sommeil

Le réalisateur Yeon Sang-ho revient au genre qui l’a fait connaître avec Dernier Train pour Busan. Face aux zombies de Colony, on se dit que, définitivement, le train ne sifflera pas trois fois.

En 2016, Yeon Sang-ho prenait tout le monde de court en ressuscitant un genre que l’on pensait usé jusqu’à la moelle. Son Dernier Train pour Busan, réalisé avec un budget plus que modeste, faisait fi de ses moyens pour nous prouver que les zombies pouvaient encore nous provoquer des émotions, non sans frisson. Dans les pas d’un Georges A. Romero, le cinéaste sud-coréen semblait promis à un brillant avenir. En 2020, il entend confirmer avec la suite, Peninsula. Avec ses zombies en CGI et son récit brouillon, le réalisateur paraît avoir succombé à la pression. Colony sera-t-il le film de la réconciliation ?

Profitez de Dernier Train pour Busan

Changement d’ambiance puisque Colony n’est pas tant un long-métrage de zombies stricto sensu que d’infectés. Si Dernier Train pour Busan lorgnait du côté de Romero, cette nouvelle production n’oublie pas le maître (nous y reviendrons) tout en allant voir si du côté de Resident Evil ou de The Last of Us, l’herbe ne serait pas tout aussi verte. Références assumées ou non, la filiation tient presque d’une évidence.

Critique Colony : des zombies en mode cirque du sommeil
© ARP Sélection

L’action se déroule quasiment intégralement dans un immeuble d’une trentaine d’étages avec des bureaux et un centre commercial au rez-de-chaussée. Tandis que certains assistent à une conférence du PDG d’une bio-entreprise, un scientifique déchu s’injecte un antidote avant de lâcher un virus transformant les mordus en zombies. Alors que les autorités confinent le bâtiment, les survivants tentent de mettre la main sur le responsable tout en évitant les infectés. Problème : ces derniers semblent rapidement s’adapter et deviennent à chaque fois plus dangereux.

La mort leur va si bien

Difficile de bouder son plaisir quand Colony entame les hostilités. On convient qu’il peut paraître délicat de trouver un nouvel angle d’attaque dans un genre qui a tout vu et même Dernier Train pour Busan ne renouvelait pas substantiellement le zombiesque. Dans le cas présent, Yeon Sang-ho part d’une belle proposition en explorant un territoire inconnu : l’esprit de ruche. Si le zombie est déjà une belle menace en soi, qu’en serait-il s’ils étaient capables de se partager une information et, par la même, d’évoluer ? L’intelligence collective façon Pluribus avec des dévoreurs de chairs. We’re sorry we upset you, Carol.

Critique Colony : des zombies en mode cirque du sommeil
© ARP Sélection

Un peu à la manière d’un The Fall Guy sous forme de lettre d’amour au métier de cascadeur, il est indéniable que Colony rend hommage aux dizaines de figurants maquillés, plus acrobates que morts. Le film va nous conter une métamorphose progressive avec des créatures d’abord quadrupèdes, comme une nouvelle naissance, avant d’apprendre de leur environnement, de savoir reconnaître un humain d’une affiche publicitaire, de monter sur ses jambes, de courir, voire d’imiter la posture de leurs cibles dans des séquences aussi guignolesques que terrifiantes.

Non seulement visuellement, cela nous offre des plans particulièrement novateurs, mais il faut saluer la performance physique qui semble défier la gravité. Même dans leur posture statique, il y a un véritable travail de chorégraphe – une douzaine ont été engagés pour les besoins du film – qui montre également les années séparant le Zombie de Romero au Colony de Sang-ho (soit bientôt cinquante ans).

Critique Colony : des zombies en mode cirque du sommeil
© ARP Sélection

On n’enlèvera pas non plus au cinéaste d’assumer ses idées jusqu’au bout, y compris lorsque celles-ci peuvent se révéler plutôt absurdes. Compliqué de ne pas rire lorsque l’on voit nos infectés se « mettre à jour » pendant plusieurs minutes comme au bon vieux temps de Windows Vista ou d’autres scènes légèrement ridicules dont on ne vous gâchera pas la nature.

Colony de vacances

Il semble également indéniable aujourd’hui que le réalisateur et coscénariste (avec Choi Gyu-seok) a gagné ses galons de cinéaste à suivre bien trop vite pour sa propre évolution. Car une fois ses monstres mis de côté, le film peine à nous raconter quelque chose de bien consistant. Voire d’intéressant.

Critique Colony : des zombies en mode cirque du sommeil
© ARP Sélection

On entend que l’objectif recherché par Sang-ho est de mettre en scène une critique de la société dont le défaut de communication contribuera à sa perte, mais c’est fait avec un tel manque de subtilité et de profondeur qu’on ne sait plus si c’est le sujet principal ou un prétexte pour justifier son film.

La structure même du récit paraît bancale dès l’instant où le spectateur est d’emblée mis dans la confidence, mais que l’intrigue va malgré tout explorer toutes les pistes. Ce qui va laisser une impression de redite systématique lorsqu’une enquête parallèle va nous révéler ce que l’on sait déjà ou que notre héroïne passera son temps à énoncer ce que l’on a vu plusieurs minutes plus tôt.

Critique Colony : des zombies en mode cirque du sommeil
© ARP Sélection

Parlons-en des personnages. On retrouve plusieurs clichés du genre (les lycéens vauriens, le riche égoïste, le flic paniqué, le méchant vraiment méchant parce qu’il a les cheveux coiffés en arrière…), sauf que contrairement à Busan, ici rien ne viendra contrebalancer notre sentiment initial. Les infectés évoluent, pas l’humanité, comme si le défaut de communication était devenu trop important pour la sauver. Certes, néanmoins cela n’aurait pas été du luxe d’apporter un peu d’émotion à l’ensemble.

Pour le dire plus clairement, on se fiche entièrement du destin de chaque survivant, le film ne provoquant aucune attache. Seul le duo formé d’un frère et d’une sœur nous apportera un peu de compassion. Ce qui est bien maigre. Dès lors, les minutes défilent, des gens meurent, et notre héroïne et le méchant vont jouer à qui a la plus grosse intelligence. Bref, on finit par s’ennuyer poliment devant une œuvre en pilotage automatique, incapable de convertir ses bonnes idées. On ne subit aucun choc, le frisson est quasiment inexistant et on soupire sévère à chaque « révélation » risible.

Colony n’est pas un mauvais film, mais il repose sur un postulat inédit bien trop maigre et des personnages désincarnés pour parvenir à nous convaincre que Yeon Sang-ho retrouvera un jour l’éclat qui l’a fait connaître. Quelques séquences amusantes et des infectés contorsionnistes occuperont l’espace du divertissement pour qui veut juste savourer un film de zombie, mais il ne faudra pas y chercher davantage, d’autant que même à ce niveau-là, la générosité et le sanguinolent ne sont pas vraiment au rendez-vous. Train-train quotidien.

Profitez de Dernier Train pour Busan

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Notre avis

Colony est une sorte de douche froide. Pas tant sur la qualité du dit film, qui, bien qu'il manque d'éclat, ne démérite pas non plus foncièrement, mais parce qu'on connaît l'identité de son géniteur. Un géniteur qu'on a sûrement vu trop beau, trop vite et qui ne cesse depuis de prouver ses failles. Dernier Train pour Busan n'était peut-être pas la règle, seulement l'exception.

L'avis du Journal du Geek :

Note : 5 / 10

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