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Critique Spider-Noir : la série qui met la pression à Brand New Day (et fait du bien à Spider-Man)

Spider-Man est de retour. Ou plutôt un de ces variants. Aperçu dans les films d’animation Into the Spider-Verse et Across the Spider-Verse, Spider-Noir fait ses grands débuts solo à compter de ce mercredi, sur Prime Video. À raison de huit épisodes, disponibles dans leur intégralité, une double proposition, en noir et blanc et en couleur et avec Nicolas Cage sous le masque. Et vous savez quoi ? C’est pépite, tout simplement.

Sacrée année 2026 pour Spider-Man. Le retour cet automne de la série animée Votre Fidèle Serviteur Spider-Man, pour une saison 2 attendue après une première levée plus que convaincante. Le retour de Tom Holland dans le costume fin juillet pour le très attendu Brand New Day, censé ouvrir un nouvel arc narratif pour Peter Parker et le MCU. Et voilà que débarque le projet le plus atypique concernant le Tisseur : une série live action consacrée à un des nombreux variants du Tisseur, Spider-Noir. Une version « Humphrey Bogart » du super-héros, plus détective qu’acrobate et que l’on avait découvert dans les excellents films d’animation Into et Across the Spider-Verse. Autant de produits de qualité, qui nous rappellent qu’à défaut de faire les choses bien en live action concernant Spider-Man (hein Venom, hein Madame Web), Sony Pictures n’a pas d’équivalent en ce qui concerne l’Homme-Araignée en animation.

Janet
© Prime Video

Désireux de continuer à étendre l’univers de Spider-Man, sous forme de série cette fois et en ayant abandonné la sombre idée des spin-off consacrés aux méchants, Sony a donc décidé de tenter le pari d’un format autour d’un personnage remarqué par le passé. Et la formule est on ne peut plus originale : Spider-Noir peut se consommer de deux façons différentes. En noir et blanc, son format d’origine, et/ou en couleurs. Si l’idée ici est de ne pas repousser un certain public – tout le monde n’est pas sensible au charme du monochrome – autant vous le dire d’entrée : c’est en noir et blanc qu’il faut consommer Spider-Noir et c’est dans cette version que le produit pensé, créé et co-écrit par Oren Uziel tire toute sa quintessence.

Nicolas Cage de retour, Peter Parker le grand absent

L’idée du projet est de nous plonger dans les années 30, avec l’ambiance rétro qui va avec, des lieux aux personnages, sans oublier tous les détails susceptibles de renforcer l’immersion (publicités, néons, aliments, véhicules…). Et rien de mieux que le style noir et blanc pour nous plonger dans une ville de New York que n’aurait pas renié Sin City. Dans cet univers alternatif, on suit les aventures de Ben Reilly et non celles de Peter Parker. Un changement surprenant mais qui s’explique tout simplement par une question de droits et d’accords autour du personnage de Peter Parker, qui limitent grandement son apparition dans des séries live action. C’est l’une des raisons de l’absence du personnage, d’ailleurs, dans Daredevil : Born Again alors que son nom est subtilement glissé dans le show par Wilson Fisk.

Ben Reilly Araignée
© Prime Video

Ce changement a notamment amené Oren Uziel et les autres scénaristes de la série à opter pour un format hybride concernant le protagoniste principal de Spider-Noir. Puisque Peter Parker n’était pas disponible, les équipes ont jeté leur dévolu sur Ben Reilly. Elles ont conservé la nature torturée et dépressive du personnage, qui est l’un des clones les plus connus du Tisseur, pour lui associer le métier de détective de Spider-Noir. Le tout avec le ton débonnaire et l’acting de Nicolas Cage, qui doublait déjà le variant dans les films d’animation, avant de lui donner entièrement ses traits ici. L’acteur avait bien compris l’essence du personnage, mis sur papier en 2009 dans la série Marvel Noir et le comics éponyme Spider-Man Noir, dans lequel l’Homme-Araignée joue les détectives, en trench-coat et avec un masque rappelant ceux des pilotes de guerre, le tout pendant la Grande Dépression.

Un super-héros dépressif et soucieux de ne jamais reprendre son costume

Ici, le postulat est tout de même différent. Ben Reilly est un vieux détective plus proche de la fin de sa carrière que du début. Il ne travaille pas au Daily Bugle et son seul lien avec le mythique journal vient de son meilleur ami journaliste, Robbie Robertson, qui cherche à tout prix à retrouver sa place. Ben a remisé son costume de Spider-Noir suite à la perte de sa dulcinée et n’a aucunement l’intention de le porter à nouveau. Son message est clair : « sans pouvoirs, pas de responsabilités », une mentalité totalement opposée et en forme de clin d’œil au mantra de Peter Parker, soufflé par son oncle Ben peu de temps avant sa mort.

Spider Noir Observation
© Journal du Geek

C’est donc en tant que détective dépressif qu’il observe avec détachement la ville de New York être sous le joug de Silvername, un baron du crime qui a mis toutes les autorités locales dans sa poche. Une affaire va pourtant l’obliger à reprendre du service quand un homme doté de pouvoirs singuliers fait du grabuge en ville. L’Araignée n’est donc pas le seul super de la ville et une chanteuse de club semble jouer un drôle de double jeu au milieu de tout ça… autant de raisons pour Ben pour sortir de sa retraite.

Une série alternative en tout et une réalisation dont on se souviendra

En huit épisodes, la série tient son propos et s’amuse surtout à déconstruire ce que les comics et les films ont construit autour de certains personnages de l’univers Spider-Man. On pense ici à Tombstone, l’Homme-Sable ou encore Electro, dont les pouvoirs sont liés à la Première Guerre Mondiale. Le traumatisme engendré par celle-ci et les conséquences économiques qu’elle a eu font partie des thèmes abordés en toile de fond du récit. D’ailleurs, là aussi, aucun des méchants n’arbore leur nom de scène – les droits toujours – mais leur identité de civil. Un détail qui ne nuit pas à leur suivi dans le show ni à leur évolution, plus portée sur leur nature de méchants malgré eux qu’autre chose. La série s’amuse avec quelques rebondissements ici et là mais c’est véritablement sur sa mise en scène que Spider-Noir se démarque grandement.

Cat Hardy Chant
© Prime Video

Déjà, on ne peut que saluer le choix de la chanson « Saving Grace » de l’artiste Kirby, qui se marie parfaitement avec le découpage des images façon cases de BD du générique de la série. Et la suite est d’une créativité encore plus remarquable. L’épisode 6 en est le parfait exemple, avec un Ben Reilly drogué et séquestré et qui nous fait vivre ses délires les plus profonds, le tout avec une mise en scène de qualité et encore plus saisissante en version noir et blanc. Dans un autre registre, chaque prestation musicale, notamment la première, de Cat Hardy est quelque chose et la réalisation autour de son chant force le magnétisme.

Plus Dick Tracy que Daredevil dans l’action

Les combats ne sont pas en reste. Vu le profil du personnage et le style de la série, il ne fallait pas s’attendre à ce que Spider-Noir fasse des cabrioles façon Matt Murdock dans Daredevil. Déjà parce qu’on suit un détective et que la première arme de ce dernier, c’est plutôt le pistolet. Ensuite parce ledit détective est rouillé. Non, ici, l’idée est tout autre. Si les combats sont plutôt bien chorégraphiés et dévoilent parfois les qualités hors normes du personnage, c’est surtout dans l’humour et la mise en scène, une fois de plus, que le show se démarque. Spider-Noir compile quand même quelques grands moments de fight. Notre héros se fait notamment plaisir dans un bar face à des buveurs un peu trop agressifs et nous rejoue même la technique de l’homme saoul, le tout en plan séquence. Le résultat est d’autant plus cool que la série s’amuse tout du long avec les capacités du personnage. Ce dernier, en huit épisodes, alterne l’incroyable et le pathétique, la force et l’intelligence et la faiblesse et la bêtise, le tout au service du divertissement. Et ça marche.

Ben Reilly Verre
© Prime Video

D’ailleurs, Oren Uziel s’amuse dans cet univers alternatif à réécrire le lore de Spider-Man, notamment des pouvoirs des uns et des autres et l’origine de ces derniers. Ce n’est pas la morsure d’une araignée mystique qui offre ses pouvoirs à Ben ici. Flint Marko ne se transforme pas littéralement en homme sable géant comme Thomas Haden Church le fait dans le Spider-Man 3 de Sam Raimi ou la réunion de famille provoquée dans No Way Home. Sa mutation est autre, plus humaine, liée à ses émotions et cela rend le personnage encore plus humain et complexe.

Le Nicolas Cage Show et son assistante, l’incroyable Karen Rodriguez

Ben Reilly a beau remplacer Peter Parker pour une raison de droits, il n’en demeure pas moins aussi drôle et caustique que celui qui supplée. Ben enchaîne les blagues, qu’il soit en bonne ou mauvaise posture, et sa nature malchanceuse voire maladroite lui joue plus d’un tour. Nicolas Cage s’amuse comme un fou dans le rôle et ça se voit. L’acteur, qui incarne enfin en live action un super-héros, est parfait dans le rôle de ce détective vieux et désabusé, naïf un peu sur les bords et tiraillé entre ses responsabilités de justicier et le traumatisme profond qui le ronge.

Ben Et Janet
© Prime Video

Ben Reilly devient ainsi une proie facile pour ses ennemis, ce qui rend le personnage encore plus attachant. Le reste du cast n’est pas en reste. Notre coup de cœur va à l’assistante de Ben, Janet, incarnée par Karen Rodriguez. Son personnage est pétillant, frais, drôle. Elle est sans cesse en opposition avec Ben, qu’elle souhaite protéger avant tout et par-dessus tout et sa nature contraste totalement avec l’humour noir et le côté sombre et blasé de son patron. Si Nicolas Cage crève l’écran, la véritable révélation de la série c’est cette actrice, sans aucune contestation.

Un méchant qui peine à faire peur

Spider-Noir n’est pas parfait pour autant. Si on a vraiment beaucoup aimé cette série, on ne peut que constater qu’elle manque d’un antagoniste vraiment fort. Brendan Gleeson est bon et propre dans son interprétation de Silvername mais son personnage souffre de l’existence du Caïd, dont il s’inspire et tente de se rapprocher, sans jamais en épouser le charisme. Les enjeux profonds de la série sont un peu trop téléphonés aussi et on comprend très vite (trop peut-être) qui sera amené à faire quoi et quand. Pas de quoi bouder notre plaisir toutefois, pour une série qui revisite les standards de l’époque et assume sans sourciller une certaine recherche de la caricature parfois. Le résultat est une série agréable, vraiment belle à regarder et accrocheuse tout du long, malgré quelques moments un peu mous. De quoi mettre tout de même une sacrée pression sur Brand New Day, bien que les deux produits ne boxent pas dans la même catégorie…

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Notre avis

Dans une année riche en productions super-héroïques et avec de sérieux candidats dans le lot (Brand New Day, Supergirl, Doomsday ou encore tout récemment The Boys), Spider-Noir avait une carte à jouer, celle de l'originalité, avec son format noir et blanc et son ambiance rétro. Le résultat dépasse largement l'attente et la curiosité nées de ce projet, avec une excellente série, portée par un casting de premier plan, avec des acteurs confirmés et, notamment, une actrice (Karen Rodriguez), que l'on espère revoir bientôt. Spider-Noir est surtout un vent de fraîcheur bienvenu pour la licence Spider-Man et ce que l'Homme-Araignée nous a proposé de mieux, à date, n'en déplaise aux films de Tom Holland. Brand New Day, sur qui repose une partie de la refonte du MCU, a du pain sur la planche.

L'avis du Journal du Geek :

Note : 9.5 / 10

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