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Junk World : pourquoi sauter sur cette pépite de l’animation ?

Au milieu des sorties qui font grand bruit, il y a des petites pépites qui en mériteraient tout autant, surtout pour l’amoureux d’un cinéma de genre généreux. La preuve avec Junk World, film pas si petit, mais bien costaud.

Parfois, il y a des découvertes qui nous marquent. On se souvient bien de l’été dernier, lorsque le complètement taré Escape From the 21st Century avait réussi à nous cueillir à la surprise générale. On ne fera pas semblant de connaître l’univers de Takahide Hori qui dévoilait, en 2017 (puis 2021) son film d’animation en stop-motion, Junk Head. Par contre, une chose est certaine, son Junk World nous a donné envie de rattraper nos lacunes d’urgence.

Découvrez Junk Head

Junk World se présente comme une sorte de préquel à son premier long-métrage, sans, néanmoins, avoir besoin de connaissance préalable (heureusement pour nous dans le cas présent). Il faut dire que l’action se déroule plus de 1000 ans avant Junk Head, ce qui facilite, en quelque sorte, la compréhension de Junk World.

Junk World et votre curiosité sera récompensée
© UFO distribution

Une courte présentation nous replace, de toute manière, dans le contexte. Dans un futur très très lointain, l’humanité a exploité le monde souterrain grâce à la fabrication de clones génétiquement modifiés, les Mulligans. Suite à la rébellion de ces derniers, une guerre a éclaté, faisant des millions de morts et condamnant les hommes à la surface. Aujourd’hui, une paix fragile existe entre les deux races. Lorsqu’une mission protocolaire est attaquée, une humaine, un robot et un clone doivent plonger dans les profondeurs et affronter bien des mystères, voire remettre en question leur propre existence.

Une merveille d’animation pour adulte

À une époque où l’animation a tendance à explorer de nouveaux territoires, à l’image de la trilogie Spiderverse, cela fait du bien parfois de voir des projets plongés la tête la première dans la stop-motion, art de l’animation ô combien délicat et rarement convoqué du fait de sa longueur de production et de la délicatesse qu’il exige. Il ne fallait pas compter sur Hori pour modifier son univers et les années semblent avoir même revu son ambition à la hausse.

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© UFO distribution

Délaissant l’argile pour de l’imprimerie 3D et usant du numérique lorsque la situation le nécessite, son Junk World est un bonheur de fabrication avec une générosité affichée. Il n’y a qu’à voir le nombre de créatures mises en scène et les mouvements exigés par l’action. Tout n’est pas parfait, mais cela fait du bien de voir un film ne pas avoir peur de ses propres limites. Travaillant avec la même équipe que Junk Head, Hori a néanmoins pas mal mouillé le maillot en s’occupant de certaines séquences entièrement en solitaire.

Junk World surprend également par la façon qu’il a d’aborder son côté trash de front. Et on ne parle pas des nombreux membres découpés et des corps explosés ici et là. Non, on pense à toutes les allusions ouvertement sous la ceinture qui se cachent dans la fabrication de ses créatures, bien aidées par des bruitages équivoques. Le long-métrage n’a pas peur de s’amuser du ridicule de son univers en poussant les curseurs de tous les côtés avec humour. Si vous aimez le cinéma étrange, presque dérangeant, tout en maintenant une certaine distance avec la réalité, Junk World remplit toutes les cases. On sent que le créateur a bien été biberonné au cinéma d’horreur et au cinéma bis.

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© UFO distribution

Une complexité narrative plaisante

Le pire, ou le mieux en réalité, c’est que ce n’est même pas la richesse de l’animation qui nous a le plus convaincus pendant les deux heures du film. C’est la façon qu’a Junk World de réécrire les lignes de son intrigue au fil des minutes. Dans un premier temps, on a la sensation d’un récit brouillon qui se lance dans une fuite en avant en écartant pas mal d’éléments qu’il n’a pas envie d’expliquer. Des événements surviennent sans que cela ne semble apporter ni plus-value ni pertinence.

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© UFO distribution

Et puis les chapitres se succèdent en réécrivant chaque partie de l’intrigue via un autre point de vue. Soudain, Junk World épouse le concept de la faille temporelle, remettant en question tout ce que l’on pensait savoir sur la création. Parce que Junk World nous parle davantage de notre rapport à notre propre existence. En renouvelant la perspective narrative, il permet de plonger du « nous » au « je ». Qu’y a-t-il de plus impressionnant que de voir un robot désossé créer une civilisation avec des félins ? Et jusqu’à la dernière scène, des révélations vont venir replacer cette histoire dans un univers, mettant en doute sa nature même de préquel.

Si par moments on peut se demander où se situe l’art dans le septième, Junk World nous rappelle combien le cinéma peut fourmiller d’idées avec des passionnés aux commandes. Avec peu de moyens, mais un investissement conséquent, on peut accoucher d’œuvres iconoclastes drôles, intelligentes, énergiques, crades par moment, surprenantes. On déconseille Junk World aux enfants, mais pour les amoureux de cinéma à la recherche de jamais vu, on n’a qu’une chose à dire : vivement le prochain opus.

Découvrez Junk Head

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