Critique

[Critique] Dumbo réussit-il son (re)décollage ?

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Manon le

78 ans après le dessin-animé de Disney, l’éléphant le plus extraordinaire du cirque revient pour prendre un nouvel envol. Si le film s’éloigne quelque peu du dessin-animé, ce n’est pas pour nous déplaire. L’univers Burtonnesque vient donner un nouveau souffle à l’histoire de l’adorable petit éléphant rejeté par son cirque à cause de ses grandes oreilles. 

Rassurez-vous, le nouveau Dumbo signé Tim Burton n’est pas pas une version gothique du dessin-animé. Le réalisateur a su tirer parti de la magie de son univers pour la faire vivre avec celle de Disney. Mais comme à chaque fois, Tim Burton se fait, avec brio, le chantre des marginaux, des solitaires et des prétendus monstres. Dumbo devient ici l’incarnation d’un sujet de société actuel, le monstre prend alors l’allure d’un petit éléphant innocent rejeté pour sa différence. Mais la relecture de Tim Burton apporte-t-elle une plus-value au dessin-animé ou est-ce simplement un copié-collé du dessin-animé de 1941 ?

De dessin-animé au live-action

Rien de neuf sur le fond, vous vous souvenez tous de l’histoire du petit éléphant né avec de grandes oreilles. Un défaut qui lui vaut d’être la bête de foire de l’ensemble du cirque. Sa mère voulant le protéger provoque alors une catastrophe qui lui vaut d’être chassée du cirque et séparée de son fils. Jusque-là pas de différence, nous sommes d’accord. Les disparités se glissent dans la forme. Nous sommes ici dans un live-action, les animaux n’ont donc pas la parole et le rôle des humains prend une part plus importante. Ce sont les deux enfants de l’ancien capitaine Holt Farrier (Colin Farell), Milly (Nico Parker) et Joe (Finley Hobbins), qui vont découvrir que le bébé de Mme Jumbo est capable de voler. 

Le monde de l’enfance se heurtent alors au monde des adultes quand les grandes personnes refusent de croire les plus jeunes. Pourtant dès lors que le propriétaire du cirque, Max Medici (Danny DeVito), se rend compte de la nature extraordinaire de l’éléphanteau, il y voit un moyen de gagner beaucoup d’argent. Il va alors faire de mauvais choix et s’associer au sombre manipulateur Vandevere (Michael Keaton) afin de faire du bébé éléphant l’attraction phare de l’immense parc du millionnaire. Sa soif d’argent et sa naïveté lui coûteront très cher. La réalité du monde des adultes se cogne à nouveau à l’innocence de l’enfance puisque si Milly et Joe acceptent la notoriété de Dumbo, c’est seulement dans le but de réunir une mère et son bébé. La vision des adultes est évidemment bien différente puisque dirigée par l’appât du gain. Bienvenue à Dreamland…

Un savant mélange de deux univers

L’univers de Tim Burton est sombre et mélancolique et détonne finalement avec les dessins-animés plein de bonnes intentions de Disney. Mais peut-être pas autant qu’on pourrait le croire finalement… Introverti et passionné, le héros de Tim Burton a un cœur pur et une âme d’enfant. L’innocence de Dumbo est évidente. Si les yeux sont le reflet de l’âme, ceux de Dumbo sont un océan de tristesse dans lequel il est facile de se noyer. La pureté du héros s’oppose en général à l’avarice des antagonistes qui cherchent à occuper le centre de la scène et qui deviennent la cible de Tim Burton. Le réalisateur exècre tous ceux qui cherchent à imposer leur fanatisme et leur moral en rejetant les êtres différents qui ne se fondent pas dans la norme. Ceci étant dit, les deux univers ne paraissent plus si diamétralement opposés.

Quand vous pensez Disney, vous pensez forcément aux chansons qui rythment leurs dessins-animés. Elles sont bien évidemment présentes dans ce live-action mais savamment dosées, elles réussissent à établir un équilibre entre les amoureux de la chansonnette et les plus récalcitrants. La musique se mariant particulièrement bien à l’univers du cirque, elles interviendront toujours à point nommé. Si Tim Burton a quelque peu réécrit l’histoire, il a su y intégrer avec justesse les moments phares du dessin-animé comme la fameuse danse des éléphants. Mais encore une fois, il y ajoute sa plume et la narration se transforme un peu. C’est ainsi que l’on retrouve la petite souris, meilleure amie de l’éléphanteau dans le dessin-animé, tenir ici un tout autre rôle. Tim Burton a su marier le neuf et ancien avec subtilité, les clins d’œil sont discrets mais un œil averti saura les repérer sans peine.

Un parallèle entre hier et aujourd’hui

Tim Burton ne cesse de jouer avec les parallèles entre passé et présent. Il reprend deux thématiques vieilles comme le monde mais qui trouvent toujours leur actualité au jour d’aujourd’hui. Si le cirque renvoie habituellement à l’enfance et la joie, il devient ici un prétexte pour mettre en lumière la peur de la différence et la souffrance animale. Fort de sa malchance, Dumbo combine les deux. Les hommes mal-intentionnés auront donc pour unique dessein que de l’exploiter afin de tirer parti de sa différence et de rétablir ainsi un équilibre. 

Si jusque-là, les thématiques ne sont pas originales, Tim Burton pose un regard intéressant sur la modernité et joue avec justesse avec nos espoirs et nos doutes. Quelle place donner à toutes ces nouvelles innovations ? Était-ce mieux avant ? Si la thématique n’était pas abordée dans le dessin-animé, la souffrance animale devient ici le sujet central du film. Est-ce encore possible d’utiliser les animaux pour divertir un public humain ? Impossible de rester insensible face à ces thématiques. Il en est de même avec les questions sur la place de la femme dans la société subtilement traitées au travers des yeux de Milly. La petite fille qui aborde les problèmes avec méthode et une certaine rigueur scientifique se retrouve confrontée aux exigences de la société et à la place que l’on veut bien accorder à la femme : « Apprends un tour, sois belle et tais-toi« . 

Si le monde moderne intervient de manière anachronique, Tim Burton nous amène à nous poser des questions sur des problèmes de société. Il n’apporte pas de réponse claire, tout semble résider dans un équilibre. Il s’agit de ne pas oublier le passé pour faire de meilleurs choix dans le futur. Petit bémol, on sent déjà poindre la morale dégoulinante de guimauve signée Disney. 

Des personnages attachants mais prévisibles

S’il y a une chose que l’on peut reprocher au film, c’est le manque de profondeur des personnages. Certains auraient mérités d’être plus exploités si on prend compte les bagages émotionnels qui pèsent sur leurs épaules. Le capitaine Holt Farrier est un homme brisé par la guerre, au sens propre comme au sens figuré. Il a perdu la femme de sa vie, la mère de ses enfants alors qu’il était déployé mais rien n’est approfondi. Une scène nous montre qu’il porte son deuil mais on passe trop vite à autre chose pour que cela soit crédible. La peine des enfants reste également superficielle même si elle est un peu plus profonde parce que mise en parallèle avec celle de Dumbo qui, lui aussi, pleure sa mère. 

Cependant, si le film peine à exprimer les sentiments par la parole, tout passe par les yeux de Dumbo. Sa souffrance, ses espoirs et sa joie s’y lisent très clairement. Dumbo incarne le héros type de Burton.Vandevere lui incarne l’homme aveuglé par sa foi représentée ici par l’argent. Ne cherchez pas l’originale dans la morale du film qui reste assez cliché et très gentille ce qui nous mène à une fin prévisible.

Dans les Disney, la coutume est que le soleil finisse toujours par chasser les nuages. Dumbo ne fera pas exception. Si les méchants sont toujours punis, notons que la rédemption prend une place importante. C’est plein de bon sentiments. Du cirque sombre et menaçant, l’image évolue pour finir sur celle d’une famille soudée. 

Notre avis

Le nouveau Dumbo est différent du dessin-animé. Tim Burton réussit à réécrire l'histoire avec sa propre esthétique sans pour autant ternir la magie de Disney. Comme souvent avec Disney, deux lectures sont possibles. L'univers magique envoûtera les plus jeunes, la réalité rattrapera les adultes. Sur le fond, Dumbo reste l’histoire qu’elle a toujours été : un petit être rejeté pour sa différence. La question sur la construction identitaire est un thème qui traverse les époques sans prendre une ride. En somme, l'envol du petit éléphanteau est aussi littéral que métaphorique.

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