Critique

[Alors on regarde ?] Critique – The OA : En route vers la voûte céleste

L'avis du Journal du Geek :
Série

Par Julie le

Lancée comme une bouteille à la mer, the OA était arrivée en 2016 sur Netflix sans annonce préalable. La plateforme, plutôt habituée au battage médiatique, avait surpris tout le monde avec cette série étrange et lunaire. Deux ans plus tard, l’ovni réalisé par Zal Batmanglij revient et nous avons eu la chance de voir les six premiers épisodes de la saison, qui en compte 8.

OA

Dans la première saison, on suivait Prairie Johnson, une jeune femme qui refait surface après avoir disparu, sept ans plus. Un retour qui intrigue les forces de l’ordre, les médias et son entourage d’autant qu’elle a mystérieusement recouvré la vue. Au terme de huit épisodes envoûtants, la série laissait le spectateurs avec une myriades de questions quant au sort de la jeune femme.

Attention spoilers si vous n’avez pas vu la saison 1 

Dans cette deuxième saison, AO a sauté dans une nouvelle dimension et fait la rencontre de Karim Washington, un détective privé qui enquête sur la disparition d’une jeune fille. De leur côté, BBA et les enfants tentent de découvrir ce qui est arrivé à Prairie.

Des arcs narratifs plutôt bien maîtrisés

Si certains ont abandonné la série dès le premier épisode, the OA parle désormais à ceux qui l’ont adoré. Brit Marling et Zal Bantmanglij ne s’embarrassent pas de préambule, et nous plonge directement au cœur de l’action. Si le but de ce premier épisode était de décontenancer le spectateur, c’est réussi.

On retrouve AO dans une dimension parallèle où Barack Obama n’a jamais été président. La série reprend son schéma de double narration en développant deux arcs narratifs plutôt maîtrisés. Là où la première saison se déroulait sur deux timelines différentes, la partie II se déploie sur deux dimensions. Un peu confus pendant le premier épisode, le récit se met peu à peu en place et éclot au terme de la première heure. Parfois, The OA nous perd et nous rattrape in extremis, il faut tout de même s’accrocher pour ne pas perdre le fil.

La partie II s’émancipe et le changement de rythme apporte une nouvelle contenance à la série. L’enquête du détective Karim Washington renforce le suspens et passionne aussitôt. Les deux premières heures souffrent de quelques lenteurs, cependant nécessaires pour installer l’intrigue et rappeler au téléspectateur les grandes lignes, après plus de deux ans d’absence.

Zal Bantmanglij maîtrise son sujet.

Le réalisateur joue habilement avec le cadrage et la mise en scène. Les ambiances sont maîtrisées et à la fin du premier épisode, un constat s’impose :  c’est beau. Certaines séquences sont mémorables. Il use et abuse du plan-séquence, mais toujours avec justesse. Dans The OA part II, on laisse derrière nous la froideur du Michigan pour découvrir l’ambiance plus chaleureuse de la Californie et c’est assez réussi. Complètement différente de la première saison, la série nous emporte dans un San Francisco coloré, mais sombre à la fois. Le directeur de la photographie, Lol Crawley a été à bonne école puisqu’il a notamment travaillé sur la série anglaise Utopia et nous caresse la rétine en jouant magistralement avec la lumière et les couleurs. Les dominances de rouge et de vert contrastent avec la noirceur de certains plans mémorables. Côté musique originale, The OA nous avait habitué à mieux. Là où elle soulignait somptueusement certaines scènes dans la première saison, elle manque cruellement de profondeur dans la deuxième et passe inaperçue.

Jason Isaacs s’élève au firmament

Fidèle à elle-même Brit Marling incarne avec justesse cette jeune femme mystérieuse. On la retrouve plus déterminée que dans la précédente saison, mais toujours aussi envoûtante. Le duo avec Kingsley Ben-Adir, qui incarne un ancien flic devenu détective privé, fonctionne bien. Celui que l’on avait aperçu dans le très moyen Roi Arthur : la légende d’Excalibur,  se glisse à la perfection dans la peau de cet homme rugueux et captivant. Jason Isaacs, quant à lui, excelle toujours dans le rôle du scientifique monstrueux, oscillant entre des moments d’humanité pure et de cruauté abominable. Comme dans la première saison, il est effrayant de sincérité.

Des thématiques intéressantes

The OA en plus d’être un ovni qui flirte avec le fantastique, aborde des thématiques intéressantes. La science et la recherche sont au cœur des questionnements. Jusqu’au peut-on aller pour la faire avancer ? Jason Isaacs, incarne un parfait bourreau porté par son désir d’aller plus loin dans la découverte de notre monde. Il est assoiffé de savoir. Malheureusement, comme dans la première saison, la série n’explore pas assez l’expérience de mort imminente, se contentant souvent de rester en surface. L’imagination des deux comparses n’est plus à prouver, mais parfois the OA laisse le spectateur circonspect. On se perd dans le flot d’éléments étranges qui s’ajoutent au récit, déjà complexe.

Malgré tout,  The OA nous attire dans les tréfonds de l’irréel et au terme des six épisodes, une seule chose demeure : l’envie d’en voir plus.

Notre avis

The OA est l'une de ces séries que personne n'attendait et qui pourtant se révèle nécessaire. Servie par une somptueuse réalisation, la série de Brit Marling et Zal Bantmanglij brille. L'ange originel ne se brûle pas les ailes, mais vole toujours plus haut. Grâce à son étrangeté, la série captive. Et lorsque, parfois, elle nous perd dans son flot incessant d'informations, elle nous rattrape en plein vol. L'ange est diablement lunaire.

L'avis du Journal du Geek :