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[Critique] En Eaux Troubles : Megalo ? Non

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Henri le

Sous ses airs de série B, En Eaux Troubles dispose d’un budget colossal, et connait un franc succès aux États-Unis et en Chine. Mais est-ce le frisson estival attendu ?

Tout comme l’espace, l’océan reste une terre de fantasmes cinématographiques. Il aura suffi d’un film, Les Dents de la Mer, pour le transformer en un théâtre horrifique et mystérieux. Et si d’autres longs-métrages ont su saisir les clés de la terreur qu’on peut lui associer (Abyss, Open Water…) la faune sous-marine a surtout offert un immense réservoir de scripts à une ribambelle de nanars opportunistes. C’est le problème des grandes étendues, elles attirent tout le monde.

Dans ces conditions, difficile de ne pas accueillir En Eaux Troubles d’un œil torve. D’autant que le scénario laisse peu de place au doute. Lors d’une expédition dans la fosse des Mariannes, à 11 000 mètres de profondeur, un sous-marin est attaqué par une créature gigantesque. Les chercheurs se rendent vite compte qu’ils ont affaire à un Megalodon, un immense requin disparu depuis deux millions d’années. Le sauveteur Jonas Taylor (Jason Statham) va à son tour descendre pour les secourir.

Ce script de série B, tenu par un acteur (hélas) spécialiste en la matière, détonne sur un point : son budget. Ses 150 millions de dollars lui permettent en effet d’afficher des effets spéciaux de bonne facture, et de prendre le large face aux créatures difformes de The Asylum. La bête est réaliste et permet d’oublier une mise en scène plutôt fade, qui se permet assez peu de folie face à la démesure de son sujet.

Visiblement trop conscient de diriger le film de requin le plus cher de l’histoire du cinéma, Jon Turteltaub livre un produit balisé à l’extrême, qui ne veut jamais choisir entre le réalisme ou la farce, le gore ou le sous-entendu.

Durant la première heure, il tente ainsi de faire monter la pression en économisant les apparitions du monstre. Mais ce qu’avait réussi à faire Gareth Edward avec le dernier Godzilla ne fonctionne pas ici, Statham désamorçant constamment la tension avec un humour pataud. Il n’est pas vraiment aidé par un casting de seconds couteaux placé çà et là par la production américano-chinoise du film.

Le réalisateur se fend tout de même de quelques scènes agréables, calibrées pour convaincre les plus jeunes ou les fans de l’acteur britannique. Mais ici encore, on ne sait pas toujours sur quel pied danser. Une plongée réussie dans une cage à requin se transforme d’un coup en un remorquage maritime improbable que ne renierait pas le héros d’Hypertension (incarné par… Jason Statham).

En Eaux Troubles ne cesse jamais de s’imposer ses propres limites. Cela se ressent également dans la représentation de la violence, franchement timorée. Le Megalodon dévore tout sur son passage, mais on ne voit finalement pas grand-chose. Ceux qui étaient venus chercher la réjouissante boucherie d’un Piranha 3D (Alexandre Aja, 2010) seront déçus.

Le film ne veut jamais vraiment se moquer de lui-même, comme s’il devait justifier son prix auprès des cinéphiles. Et c’est bien dommage. Quitte à ne pas faire peur, autant nous faire rire.

Notre avis

Ni vraiment effrayant, ni vraiment amusant, « En Eaux Troubles » est un film qui suit trop le sentier balisé imposé par son budget. Pas forcement désagréable à regarder, le film ne veut jamais choisir un ton propre. Il singe des classiques du genre, dont il n’atteint jamais l’intensité. Ce manque de personnalité ne l’empêchera peut-pas de faire des entrées, mais le destine, après visionnage, aux profondeurs de l’oubli.

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