Cela fait maintenant quelque temps que l’âge d’or de Marvel semble révolu. Depuis le grand final de la Saga de l’Infini avec Avengers Infinity War (2018) et Endgame (2019), ainsi que Spider-Man : Far From Home (2019), le MCU a véritablement perdu ses lettres de noblesse. Avec l’arrivée en grande pompe de la plateforme Disney+, la firme aux grandes oreilles a favorisé la quantité à la qualité, allant jusqu’à noyer ses héros dans un torrent de productions toujours plus imbuvables. À raison de plusieurs séries par an, accompagnées de longs-métrages en salles, l’univers cinématographique s’est rapidement transformé en une chimère indigeste, composée de trop nombreuses histoires à suivre.
À l’exception de quelques surprises télévisées comme WandaVision et Loki, presque aucune production Marvel n’a réussi à convaincre le public ces quatre dernières années. Mais alors que l’aura du MCU continue de s’éteindre en salles, Disney+ revient à la charge pour tenter de sauver les meubles. Tandis que l’écurie entreprend un revirement complet de sa stratégie pour retrouver sa qualité d’antan, une première production entre dans ce schéma pour débuter 2024 sur les chapeaux de roues. En allant puiser dans les bases instaurées par la série Hawkeye, Disney donne naissance à Echo, un programme s’inscrivant sous un label inédit censé réinventer la formule qui n’arrive plus à passionner les foules.
Marvel à une autre échelle
Dès ses premiers instants, Echo tranche. Cette première production estampillée Marvel Spotlight s’affranchit de l’habituel générique en fanfare, au profit d’une introduction bien plus discrète. Disney donne le ton avec cet habillage atypique : il s’agit là d’une série d’un nouveau genre. La firme de Burbank est claire quant aux intentions de ce nouveau label. En s’éloignant de la folie des grandeurs du MCU à coup de multivers et autres concepts surfaits, Marvel Spotlight sera l’occasion de se concentrer sur les “héros de quartier”, à une échelle plus humaine. Ce changement de nom n’est pas anodin, puisqu’il offre également l’occasion de se défaire de l’image tout-public que s’efforce de maintenir l’univers cinématographique principal.

Echo fait donc le choix d’abandonner les menaces cosmiques aux conséquences interplanétaires pour offrir une histoire plus intimiste mais aussi plus engageante. L’héroïne qui prend ici la vedette n’était jusqu’alors qu’un personnage secondaire de la série Hawkeye, quant à elle dédiée à un membre des Avengers. L’attention ne s’était alors que peu portée sur Maya Lopez, tandis que Clint Barton, Kate Bishop et Yelena Belova prenaient le devant de la scène. Et c’est pour cette même raison que la production d’Echo est une décision véritablement audacieuse. Après avoir couvert les spectateurs de spin-offs aux conséquences trop importantes, forçant alors le visionnage afin d’éviter de perdre le fil, cette nouvelle série se laisse regarder pour les bonnes raisons. Ce personnage inconnu au bataillon intrigue et s’entoure d’une ambiance et d’un mystère dont le MCU n’a su faire preuve depuis bien longtemps.
L’héritage Netflix
Présentée par Disney comme “la série Marvel la plus intense” ou encore “la plus violente”, Echo tente de surfer sur une vague qui avait su porter l’écurie vers de nouveaux horizons. Avant même l’arrivée de Disney+ et en plein boom des productions cinématographiques, l’univers Marvel s’invitait sur Netflix dans une salve de séries bien plus sombres et matures. Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist formaient les Defenders, nouvelle tentative d’émuler le succès du MCU sur petit écran alors qu’Agents of SHIELD commençaient justement à s’éloigner de cette même formule. Tout dans Echo, de son matériel promotionnel, au montage des images en passant par les thématiques abordées, rapporte à cette direction propre aux séries Netflix. La série assume fièrement cette position et va même jusqu’à introduire Daredevil dès les premières minutes de diffusion. Mais il n’y a pas seulement volonté d’imiter, l’objectif est également de parfaire.

Loin d’être une facilité scénaristique visant à se reposer sur le succès de l’avocat aveugle, il s’agit avant tout d’un clin d’œil subtil permettant de recontextualiser l’environnement d’Echo. Maya Lopez évolue dans une sphère locale — presque familiale — bien loin du multivers redondant que Disney ne cesse de servir. Si le studio puise une fois de plus dans un pool de personnages inédits pour produire un énième spin-off, la firme le fait enfin avec réflexion. Il n’y a aucunement besoin d’introduire des remplaçants des Avengers pour offrir un contenu poignant. Echo va même jusqu’à changer son format de publication pour acter cette transition. Les saisons à découvrir au fil des semaines laissent place à un événement singulier, divisé en cinq chapitres diffusés simultanément. En reprenant le binge watch caractéristique de Netflix, Disney arrive à faire une force de cette tendance habituellement malsaine, qui offre ici un véritable condensé d’action et d’émotions à découvrir comme bon nous semble.
Action et tension, mais pas que
Echo est assurément une série dans la veine des productions Netflix, mais qu’a-t-elle pour se défendre face à ces mastodontes passés ? Plutôt que d’espérer générer un effet Daredevil bis, Maya Lopez construit sa propre identité en puisant dans le meilleur des deux mondes. Tandis que l’inspiration plus mature affecte les relations entre personnages, ainsi que les affrontements et autres querelles, le mystique propre au MCU vient s’immiscer dans cet ensemble pour forger un scénario parallèle et captivant. Les passionnés d’action seront ravis de redécouvrir la menace Kingpin (le Caïd en VF), laissant peser une véritable pression sur Maya et ses proches : un stress omniprésent que l’on a plus ressenti depuis Thanos. Mais en marge de cette effusion de baston et de manigances, Echo introduit les pouvoirs de son héroïne au travers d’un passé mystérieux remontant aux origines des natifs américains.

Tous les aspects de l’histoire nous maintiennent alors en haleine et permettent d’éviter d’éventuelles redondances propres aux séries d’action pure. Disney ne laisse plus place au hasard et perfectionne les moindres aspects de sa mini-série pour mieux caractériser sa nouvelle volonté de bien faire. Les chorégraphies de combat sont exécutées avec brio et donnent naissance à des scènes dynamiques et pour le moins frappantes. Le studio va même jusqu’à illustrer la surdité de l’héroïne à l’écran lors des affrontements afin de placer les spectateurs au plus proche de cette protagoniste atypique. Les changements sonores suivent les jeux de caméra et résultent en des instants marquants véritablement propres à cette production. Contre toute attente, Disney fait le pari d’une production inclusive de son personnage dans les moindres détails, allant jusqu’à éclipser les conversations de vive voix au profit de discussions en langue des signes américaine. Cette direction presque déroutante au premier abord, participe grandement à la dimension intimiste de la série et au sentiment d’immersion dans cette histoire de famille. Echo est une série Marvel unique en son genre qui n’hésite pas à prendre les risques que la firme s’était jurée d’éviter jusqu’alors.