Le Pixar de l’été 2025 est là, et va devoir faire fort pour suivre le blockbuster de l’année passée, Vice-Versa 2. Tandis qu’Hollywood tout entier semble succomber à l’appel des suites, des remakes et des reboots, le studio d’animation maintient sa philosophie habituelle et ne se contente pas de poursuivre ses franchises les plus populaires. Les histoires originales sont au cœur de l’ADN Pixar et comptent bien y rester. Avant de retrouver Buzz et Woody sur grand écran à l’été 2026, les spectateurs pourront donc se plonger dans deux univers totalement inédits, à commencer par Elio, sorti en salles ce mercredi 18 juin.
Si cette production vous semble sortie de nulle part : ce n’est pas une fausse impression. Après un premier teaser diffusé en 2023, le film d’animation initialement prévu pour mars 2024 était alors repoussé d’un an pour être retravaillé sous la tutelle de nouvelles réalisatrices. Et depuis ce changement de programme, autant dire qu’Elio s’est fait plutôt discret. Le dernier-né de Pixar est loin de profiter d’une couverture médiatique semblable à celle de Vice-Versa 2, mais n’y voyez aucunement le signe d’un mauvais film que Disney chercherait à éclipser. Bien au contraire : Elio est un voyage intergalactique des plus humains qui, bien qu’essentiellement différent de ses premières ébauches, mérite amplement notre attention.
Faut-il s’inquiéter des changements de dernière minute ?
Si votre unique contact avec Elio remonte au teaser de 2023, le film que vous vous apprêtez à découvrir au cinéma risque de vous surprendre. Les liens entre les personnages, leur caractère et la structure du scénario ont tous été retravaillés lorsque Madeline Sharafian et Domee Shi (Alerte Rouge) ont repris le projet des mains d’Adrian Molina (Coco). Le jeune Elio n’est plus enlevé par mégarde par les aliens, le garçon désormais passionné d’espace cherche à tout prix à entrer en contact avec des formes de vie extraterrestre. Le personnage d’Olga Solis, initialement présenté comme sa mère, est finalement devenu sa tante, contrainte d’élever son neveu suite au décès de ses parents. Même l’antagoniste prend une tout autre forme.
En temps normal, de si nombreux changements auraient de quoi inquiéter. Après tout, c’est en faisant de la série Vaiana un long-métrage de dernière minute que Disney a fini par nous offrir une suite en demi-teinte. Cette refonte complète d’Elio nous donne-t-elle droit à un Pixar décevant ? Absolument pas. Ce qui s’annonçait comme une aventure de science-fiction plutôt banale laisse finalement place à un scénario touchant, une véritable ode à la différence qui ne manquera pas de réchauffer le cœur des enfants (et des adultes) qui n’ont jamais eu l’impression de rentrer dans les codes.
Quand la science-fiction mène à l’acceptation
Après l’excellent Alerte Rouge, qui ne manquait pas de revenir avec nostalgie sur les moments les plus difficiles, mais importants de l’adolescence, les réalisatrices Domee Shi et Madeline Sharafian semblent une fois encore dédier leur film aux défis de la jeunesse. Le duo créatif a tiré profit du cadre offert par la science-fiction afin de représenter une enfance que l’on ne voit que trop rarement à l’écran. Elio est un garçon énergique, avec l’esprit partout et nulle part, mais surtout ailleurs : dans l’espace. Cette passion inhabituelle pour le cosmos lui vaut d’ailleurs d’être repoussé par la plupart de ses congénères. Alors, on ne tarde pas à retrouver en ce jeune protagoniste le portrait d’un enfant neuroatypique, cherchant désespérément à trouver sa place alors qu’aucun autre humain ne semble “fonctionner” comme lui.

Et c’est grâce à cette refonte particulièrement intelligente que l’univers d’Elio finit par si bien fonctionner. Car, si les visuels du film n’ont pas changé et restent fidèles à ce que Pixar a su nous proposer ces dernières années, ancrer une telle histoire dans un monde cosmique permet non seulement de proposer une œuvre de science-fiction singulière, mais aussi de renforcer le message que le film essaye de nous partager. Cette image d’aliens accueillant à bras ouverts un garçon pourtant délaissé par les humains ne passera au-dessus de personne : de quoi nous frapper en plein cœur tout en nous rappelant que nous avons encore bien du travail à faire en matière d’empathie sur Terre.
Un Pixar simple, mais pas moins efficace
Si le sous-texte d’Elio se montre tout particulièrement efficace, il convient tout de même de souligner que la structure scénaristique reste très, voire trop simple. Sur fond de mensonge, Elio s’autoproclame représentant de la planète Terre, et tente désespérément de préserver son secret afin de maintenir sa relation avec ses nouveaux amis extraterrestres, et plus particulièrement avec le jeune Glordon (que l’on aimerait presque nommer personnage Pixar le plus adorable). Le lien entre Elio et Glordon s’impose rapidement comme le fil rouge de cette histoire, puisque cette amitié inattendue se présente également comme une promesse de paix pour le cosmos.
Le père de Glordon, en quête de guerre et de destruction, désapprouve bien évidemment cette amitié pacifique. On retrouve alors de nombreux poncifs que l’on attribue généralement aux œuvres dérivées de Roméo et Juliette, de quoi donner l’impression de découvrir un West Side Story plus enfantin, moins dramatique et sur fond d’amitié plutôt que de romance. Vous l’aurez compris, Elio ne réinvente donc rien, mais c’est aussi grâce à cette structure familière que le film se regarde aussi facilement. On se laisse alors porter par le déroulement naturel de l’histoire, de quoi se concentrer sur l’humour bien travaillé et la belle morale que les réalisatrices ont su infuser dans ce projet.

Une VF qui vise très juste
Pour couronner le tout, Elio profite d’un doublage français de haut vol, et ce, malgré l’intervention de profils débutants. Si la pratique du star talent – c’est-à-dire l’inclusion de célébrités au casting vocal d’un film pour augmenter sa popularité – a tendance à être décriée, les équipes d’adaptation française sont parvenues cette fois-ci à trouver des acteurs dont la motivation et la curiosité pour le doublage porte véritablement ses fruits. Dans les rôles secondaires du scientifique Gunther Melmac et de l’ambassadeur galactique Tegmen, on retrouve notamment Jamy Gourmaud et Alban Lenoir, dont les voix paraissent méconnaissables tant ils se sont lâchés dans leur interprétation.
Mais il convient avant tout de souligner la performance vocale de Zita Hanrot dans le rôle d’Olga Solis, la tante d’Elio. La douceur et la sincérité qu’a su apporter l’actrice à chaque intervention du personnage se montrent particulièrement touchantes et permettent d’approfondir l’humanité de la relation entre Olga et Elio. On ressent toute la détresse, mais aussi l’amour que ressent la jeune femme vis-à-vis de son neveu : un exploit pour le moins surprenant sachant qu’il s’agit de la première expérience de doublage pour l’actrice.

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