Parmi les œuvres qui ont réussi à se réapproprier le mythe du zombie, respectant certains codes pour mieux en réinventer pléthore de nouveaux, le 28 jours plus tard de Danny Boyle, en 2002, aura marqué le genre de son empreinte. Un long-métrage devenu indissociable de sa suite, en 2007, 28 semaines plus tard, pour lequel Danny Boyle n’était pourtant que producteur exécutif, la caméra étant tombée dans les mains de Juan Carlos Fresnadillo. 17 ans après – ou 23 selon ce que l’on prend en compte – la franchise fait son grand retour avec 28 ans plus tard.
La licence “28” n’est pas la première à revenir d’entre les morts au sein d’une industrie où rien ne crève jamais tant qu’il y a quelqu’un, quelque part, qui suppose que ce quelque chose peut encore rapporter. Que ce soit le producteur d’un grand studio ou un réalisateur qui n’a plus connu de gros succès depuis un moment et qui a des factures à payer. De toute manière, il y aura toujours une personne pour nous jurer que, cette fois, promis, cette résurrection (suite, remake, legacyquel, peu importe) est purement créative.

Tout ça pour dire qu’après des années à entendre le fan réclamer un nouvel épisode de la franchise zombiesque, il semblait évident qu’on allait y avoir droit. On peut se rassurer en se disant que toute l’équipe du volet original, Danny Boyle à la réalisation, Alex Garland au scénario ou encore le partenaire de longue date du cinéaste anglais, Anthony Dod Mantle, à la direction photo, a signé pour le projet. Si on rajoute à ça qu’il s’agit de la première pierre d’une nouvelle trilogie, c’est sans doute la preuve que, cette fois, promis, cette résurrection est purement créative…
28 ans trop tard ?
Cela fait quasiment trente ans que le virus de la rage a infecté le Royaume-Uni et le pays est désormais entièrement mis en quarantaine. Personne n’y entre, personne n’en sort. Sur place, les survivants tentent de refaire leur vie au milieu des contaminés, dont certains ont muté. Une communauté s’est réfugiée sur un îlot relié au continent par une petite bande de terre facilement défendable, car immergée la majorité du temps. Pour Spike, 12 ans, c’est l’heure du rite de passage en allant de l’autre côté pour la première fois, en compagnie de son père.
Pour faire le lien avec nos précédents paragraphes, on peut immédiatement répondre à la question de savoir si ce 28 ans plus tard est une nouvelle pièce majeure dans l’édifice de la franchise. Le genre de suite indispensable qui éclaire notre façon de revoir la saga. Non. Garland et Boyle ont une histoire, sur laquelle on va revenir, mais il serait de mauvaise foi de l’estimer plus que nécessaire au sein de la mythologie.

Au contraire, le fait que cet univers existe déjà est plus qu’arrangeant, commercialement parlant. D’ailleurs, le duo ne se cache pas d’écarter la fin du précédent opus d’un revers de la plume dès l’introduction. On ne critiquera pas, l’astuce invitant un nouveau public à se joindre à la fête sans avoir le besoin vital de (re)voir les précédents. Ce qui est pratique pour le business et logique quand on veut attirer une population même pas née en 2002.
De magnifiques vivants au milieu d’idées mortes
Garland prend donc de nouveaux visages – Aaron Taylor Johnson, Jodie Comer, Ralph Fiennes et le jeune Alfie Williams – pour nous conter l’éternel passage de l’enfance à l’adulte au travers de sa relation avec la figure parentale. Comment faire exister la cellule familiale au sein d’un monde où l’autonomie est valorisée ? Le scénariste, dont les années lui ont permis de se construire une solide réputation (voyez l’excellent Civil War), emprunte le chemin balisé de l’image freudienne et son complexe d’Œdipe. Ce n’est pas ce qu’il y a de plus original, mais le talent des acteurs et la construction (ou la destruction) de ces relations insufflent l’émotion recherchée.
C’est ce qui faisait la force de 28 jours plus tard et qui continue de porter ce long-métrage, le soin apporté à l’écriture des personnages. Du portrait de cette communauté jusqu’au protagoniste incarné par Fiennes, 28 ans plus tard sait comment rendre ce monde mort, vivant. Spike entame son évolution en étant une éponge à sentiments contradictoires, en s’ouvrant à l’amour, en acceptant la mort, en faisant confiance ou en brisant l’illusion du héros.

Néanmoins, cette thématique semble à la fois trop petite pour occuper tout l’espace du long-métrage, et en même temps trop riche pour ne pas se sentir à l’étroit. Plus précisément, le film souffre d’un gros problème de rythme avec des dialogues de remplissage et des séquences inutilement rallongées ou ajoutées. Peut-être bouffé par l’idée d’installer une trilogie, le récit apporte plusieurs éléments d’intrigues, les fait rarement cohabiter, puis les abandonne.
28 ans plus tard paraît être écrit non pas comme une série de films, mais simplement une série. Rien que le montage permet de distinguer le découpage du récit. Il n’y a qu’à voir le nombre de protagonistes principaux qui se croisent à peine, comme s’ils appartenaient à des idées scénaristiques différentes… ou à des épisodes distincts. Alors que The Last of Us crève l’écran, la comparaison entre finalement deux intrigues similaires peut faire mal.
Une mise en scène qui ose tout et surtout le n’importe quoi
Puisque l’on parle d’adaptation, les fans de L’Attaque des Titans s’amuseront sans doute à jouer les parallèles avec l’évolution des contaminés comme imaginée et surtout mise en scène par Boyle. On veut bien croire à la coïncidence, mais il faut reconnaître qu’une simple question de taille sépare le titan bestial et son armée d’un contaminé bestial et son armée. Quant à son duo père-fils, un petit côté God of War peut-être ?
Par ailleurs, concernant cette mise en scène, il s’agit pour nous du plus gros point noir de 28 ans plus tard. Danny Boyle reproduit peut-être ses mimiques (caméra immersive, multiples plans d’une seule scène), mais avec une exagération poussive et bien trop extrême. Le réalisateur a utilisé tous les moyens modernes pour nous offrir un spectacle à la hauteur des salles de cinéma – drones, usages de multiples iPhones pour des angles à 360 degrés, etc.. On pourrait l’en remercier si cela avait eu un vrai impact sur notre façon d’apprécier le dit spectacle.

Sauf qu’il s’agit surtout de multiplier les effets de style au détriment de la visibilité et de l’appréciation générale. Le trop est l’ennemi du bien et entre insertions de vieilles pellicules, d’arrêts sur images, de réutilisation invasive d’un même plan, 28 ans plus tard finit par toucher le ridicule jusqu’à une séquence finale où le réalisateur lâche définitivement la rampe du bon goût. On en ressort avec simplement l’impression que le cinéaste veut s’amuser avec ses jouets sans penser à la cohérence visuelle de son bébé. La question du “pourquoi” est, ainsi, vite délaissée au profit du “plus jamais ça”.
28 ans plus tard ne nous a pas laissé indifférents, parce qu’il aura oscillé entre propositions bien pensées, y compris visuelles – certaines séquences restent magnifiques telle une course-poursuite sur l’eau – et d’autres qui tapent complètement à côté. Un film qui marque, en bien ET en mal.
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