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Critique Enola Holmes 3 : on demande le divorce

C’est quoi le problème avec Enola Holmes 3, le dernier film Netflix à nous décevoir au plus haut point ?

Lorsque Enola Holmes est arrivé sur Netflix en 2020, le pari paraissait risqué. Adapter l’univers de Sherlock Holmes tout en mettant sa jeune sœur au premier plan pouvait facilement tourner au simple spin-off opportuniste. Même si les romans tentaient déjà l’expérience, leur classification jeunesse ne leur laissait aucune opportunité de se confronter aux aficionados de Ser Arthur Conan Doyle.

Sur Netflix, la jeune détective est à la merci de tous. Contre toute attente, les deux premiers films avaient trouvé une identité bien à eux. Plus légers, un peu plus colorés, et surtout plus accessibles que les enquêtes du célèbre détective, ils assumaient leur dimension adolescente sans jamais renier l’ADN des romans policiers. Enola n’était pas Sherlock et elle ne cherchait pas vraiment à l’être.

Cette troisième aventure, qui emmène la jeune femme jusqu’à Malte, aurait dû être celle de la maturité. Au contraire, elle donne l’impression que le scénariste Jack Thorne ne sait plus vraiment ce qu’il veut raconter avec son héroïne. Pire, le film semble oublier ce qui faisait fonctionner la franchise depuis le premier épisode.

Enola Holmes, détective à marier

Le premier problème saute aux yeux très rapidement. Enola Holmes 3 ne raconte presque plus une enquête. Depuis le début de la saga, la romance entre Enola et Tewkesbury existait déjà. Elle avait toujours été intégrée avec suffisamment de cohérence et de retenue pour accompagner l’évolution d’une adolescente qui découvrait autant son métier que ses premiers sentiments. Cette relation fonctionnait justement parce qu’elle n’était jamais le moteur principal du récit, mais qu’elle parsemait l’action, elle existait en arrière-plan.

Ici, c’est tout l’inverse. Le mariage d’Enola devient le véritable sujet du film, reléguant l’enquête au second plan. Les longues scènes consacrées au couple donnent parfois l’impression d’assister à une romance Netflix assez quelconque qui aurait simplement emprunté le nom d’Enola Holmes.

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© Netflix

Une séquence résume parfaitement ce problème. Alors que Sherlock Holmes et la mère de Tewkesbury viennent d’être kidnappés, Enola et son fiancé prennent le temps d’aller se baigner en amoureux. On passe un temps considérable à filmer leur timidité lorsqu’ils se déshabillent, comme si le reste de l’île ne comptait pas sur eux pour résoudre leur enquête.

Le réalisateur cherche manifestement à créer un moment complice et attendrissant entre les deux personnages. En tant que spectateur, il est toutefois impossible de ne pas penser que deux membres de leurs familles viennent de disparaître, sont peut-être morts ou en train d’être torturés, et que les héros semblent n’en avoir absolument rien à faire. Chacun ses priorités dirons-nous.

Cette absence totale de hiérarchie dramatique traverse tout le film. C’est très problématique pour une franchise policière qui emprunte le nom de Holmes, la déduction disparaît quasiment. Les précédents films adaptaient intelligemment la méthode de Sherlock à une héroïne plus spontanée, plus instinctive et moins obsessionnelle que son frère. Mais ici, les personnages tirent régulièrement des conclusions sans véritable raisonnement. Les observations ne mènent plus aux déductions, on ne retrouve que de simples affirmations que le scénario demande au spectateur d’accepter sans broncher.

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© Netflix

On a parfois la désagréable impression qu’on cherche à simplifier Sherlock Holmes pour un public très jeune… ou pas très attentif. Mais même cet argument ne tient pas vraiment, car les raisonnements sont parfois tellement approximatifs qu’ils donnent surtout le sentiment que le film prend son public pour des idiots. On n’a de toute façon pas vraiment le temps d’y réfléchir tant les séquences s’enchaînent à une vitesse folle. C’est sûrement prévu pour ça, posez pas de questions… vous n’aurez pas de réponse.

Tout ça pour ça ?

Cette disparition progressive de la logique revient naturellement sur le cœur même du récit. L’enquête est probablement l’élément le plus faible d’Enola Holmes 3. Les enjeux paraissent étonnamment faibles, les rebondissements sont extrêmement prévisibles et le mystère s’effondre très rapidement. La résolution apparaît pratiquement évidente après une vingtaine de minutes seulement. Le problème n’est pas tant de deviner le coupable, car, au fond, beaucoup de bons polars sont prévisibles. Cependant, le film ne construit jamais un véritable jeu d’enquête avec son spectateur.

Pendant une grande partie du récit, il ne se passe finalement pas énormément de choses. Le scénario donne constamment l’impression de remplir artificiellement son temps avec de la romance ou des scènes d’action qui n’apportent rien à la progression de l’affaire.

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© Netflix

Même le choix de Moriarty pose problème. Déjà peu marquante dans le deuxième film, cette version du célèbre ennemi de Sherlock devient presque caricaturale. C’est d’autant plus frustrant que le personnage possède normalement une place très particulière dans le canon holmésien. Moriarty n’est pas un simple méchant. C’est un criminel brillant dont la présence reste invisible jusqu’aux derniers instants des enquêtes.

Ses manipulations racontent généralement quelque chose de la société victorienne et il entretient avec Sherlock une forme de respect intellectuel réciproque. Leur affrontement repose davantage sur l’intelligence que sur la vengeance personnelle. Rien de tout cela n’existe ici. Le personnage perd toute son élégance criminelle au profit d’une antagoniste beaucoup plus démonstrative, très émotionnelle, qui ne représente jamais une véritable menace intellectuelle.

Sherlock lui-même n’est pas mieux traité. Henry Cavill incarnait jusque-là une version différente, mais attachante du détective. Dans ce troisième opus, son Sherlock devient étonnamment passif, presque revanchard, davantage guidé par une obsession pour Moriarty que par son génie analytique. Il se laisse porter par les événements au lieu de les anticiper.

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© Netflix

La culture du vide à son paroxysme

À ces problèmes d’écriture s’ajoute une réalisation très maladroite. Le montage spécifiquement devient rapidement épuisant. Les dix premières minutes sont particulièrement difficiles à suivre tant le film multiplie les allers-retours entre présent, passé, futur du passé et flashbacks au point de casser complètement le rythme de l’introduction.

Ces flashbacks constituent d’ailleurs un problème en eux-mêmes. D’un point de vue narratif, ils donnent une impression de facilité scénaristique. Mais surtout, ils produisent un effet totalement involontaire qui dessert complètement le réalisateur. Ils sont le rappel presque constant d’à quel point les deux premiers films étaient supérieurs. Chaque retour en arrière met en évidence une photographie plus élégante, une direction artistique plus soignée et une mise en beauté plus naturelle. Le contraste est frappant pour Millie Bobby Brown notamment.

Netflix semble vouloir continuer à faire de son actrice l’une de ses principales têtes d’affiche depuis Stranger Things, mais, comme dans Damsel, quelque chose ne fonctionne plus. Son maquillage, sa coiffure et son éclairage donnent davantage l’impression de regarder une influenceuse Instagram qu’une jeune détective victorienne. Son jeu paraît lui aussi moins juste qu’auparavant. Une partie de la responsabilité revient probablement à la nouvelle direction d’acteurs, puisque la plupart des comédiens semblent évoluer dans un registre inadapté.

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Malte à l’époque victorienne est connue pour ses prothésistes ongulaires de qualité © Netflix

À ce titre, Helena Bonham Carter fait figure d’exception. Même si son personnage n’a pratiquement aucune utilité dans le scénario, elle reste l’une des seules à conserver une véritable présence à l’écran. Même constat pour Himesh Patel dans le rôle du docteur Watson, malheureusement sous-exploité lui aussi.

Les scènes d’action souffrent du même manque de confiance. Pour masquer leur absence de rythme, le réalisateur multiplie les changements de plans toutes les demi-secondes. Le résultat ne paraît jamais plus dynamique, il devient juste difficile à suivre, voire franchement désagréable.

Les moments où Enola brise le quatrième mur, pourtant devenu une signature de la franchise, perdent également beaucoup en efficacité. Durant près d’une heure et demie, les interventions du personnage face caméra servent essentiellement à expliquer ce que le spectateur a déjà compris ou à commenter inutilement l’action. Ce n’est qu’à la toute fin que ce procédé retrouve enfin un véritable intérêt comique (une fois, juste une fois).

Même la forme ne sauve plus le fond

L’impression de “faux” envahit finalement l’ensemble du film. Les décors numériques, les explosions et certains environnements de Malte paraissent largement artificiels. Changer de décor était une bonne idée sur le papier. Après deux films londoniens, partir à Malte pouvait apporter un vrai souffle visuel. Malheureusement, le résultat produit exactement l’effet inverse.

Même l’humour, pourtant véritable moteur de la saga, tombe souvent à plat. Les personnages possèdent toujours un potentiel comique, mais les dialogues et le timing ne suivent plus.

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© Netflix

Les ingrédients de la franchise sont toujours là, mais presque tout fonctionne moins bien qu’avant. En cherchant à transformer Enola Holmes en romance d’aventure, Netflix semble avoir oublié que les spectateurs étaient avant tout venus suivre les enquêtes d’une jeune détective brillante. Or, lorsque l’enquête ne fonctionne plus, que Sherlock ne ressemble plus à Sherlock et que Moriarty cesse d’être Moriarty, il ne reste finalement qu’un blockbuster très générique.

Le plus inquiétant est peut-être ailleurs. Ce troisième opus ne donne jamais l’impression de manquer de moyens. Il manque surtout d’une vision claire de ce qu’Enola Holmes est censée être. Les deux premiers films avaient trouvé un équilibre subtil, qui ne convenait pas à tout le monde (notamment les puristes), mais qui avait du potentiel. Ici, cet équilibre disparaît presque entièrement au profit d’une intrigue romantique et romanesque qui étouffe tout le reste. Le troisième volet est finalement plus Enola que Holmes, et c’est son plus gros problème.

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Notre avis

À force de vouloir transformer Enola Holmes en romance adolescente, Netflix a oublié une chose élémentaire : que son héroïne était avant tout une détective de talent. L'enquête est prévisible, Sherlock et Moriarty sont méconnaissables, la réalisation accumule les artifices et même l'humour peine à sauver l'ensemble. Ce troisième opus donne constamment l'impression de remplir du vide plutôt que de raconter une histoire. Dommage, car les deux premiers films avaient trouvé une vraie identité. Ici, il ne reste plus beaucoup de Holmes dans Enola Holmes.

L'avis du Journal du Geek :

Note : 2 / 10

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