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Critique On l’appelait Robin des Bois : Hugh Jackman refait son Logan ?

Robin des Bois est sans doute l’une des figures littéraires les plus adaptées à l’écran et, pourtant, on peut affirmer sans l’ombre d’un doute qu’On l’appelait Robin des Bois ne ressemble à aucune de ses versions passées. Oo-de-lally Oo-de-lally, quel beau jour vraiment ?

Pour commencer, si grâce au chapô vous avez la musique du Robin des Bois de Disney dans la tête, on ne s’en excuse pas, on adore ce film. Et on vous épargne les nombreux jeux de mots envisagés comme « l’arc de trop » ou « il prend cher le Hood ». Voilà, on s’amuse comme on peut. D’autant qu’On l’appelait Robin des Bois est beaucoup de choses, mais assurément pas amusant dans le sens fun du terme.

Non, ici on est plutôt sur les paroles de Pas à Nottingham : “Et nos cœurs sont trop las. Pour vouloir partir. Pour pouvoir fuir”. Oui, encore une chanson du Disney. Écoutez, nous, ça nous réconforte (bon, pas celle-ci en particulier). De son côté, le réalisateur et scénariste Michael Sarnoski (Sans un Bruit, Jour 1) est du genre casseur d’ambiance, amateur d’œuvre crépusculaire à l’image de son Pig, porté par un Nicolas Cage au visage abîmé. Cela tombe bien, The Death of Robin Hood, de son titre original bien meilleur, est une œuvre crépusculaire portée par un Hugh Jackman au visage abîmé. On ne se refait pas.

Critique On l'appelait Robin des Bois : Oo-de-lally Oo-de-lally, quel beau jour vraiment ?
© A24

Dans le cas présent, Robin des Bois n’a rien du héros qui vole aux riches pour donner aux pauvres. La légende que tout le monde connaît ? Un moyen pour lui de gagner la confiance de la population pour mieux la trahir. En réalité, c’est un homme qui a passé sa vie à commettre des crimes et à tuer, aujourd’hui hanté par le poids de toutes ces vies prises et poursuivi par les familles de ses victimes. Après un combat violent, il voit enfin l’opportunité d’une mort qu’il désire tant. Mais une nonne guérisseuse lui offre une seconde chance de rédemption.

Logan des bois

Quand Michael veut démolir Robin, il n’y va pas avec le dos de la cuillère. Le premier acte du film est une plongée dans la boue des forêts d’Irlande du Nord avec un bandit racontant ses non-exploits, ou comment l’image du héros valeureux et anticapitaliste n’était qu’un tissu de mensonges, que seuls les proches ou les victimes de l’homme pourraient infirmer. Aujourd’hui, il est vieillissant et traqué par les autorités et par les familles de ses innombrables victimes en quête de vengeance ou de justice.

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© A24

Pour désincarner cette figure iconique, Hugh Jackman s’habille de son plus beau cosplay de Gandalf et livre une prestation telle qu’elle lui avait si bien réussi dans Logan. On comprend pourquoi le réalisateur l’a choisi, on comprend pourquoi l’acteur a accepté. C’est un rôle comme il les affectionne, celui d’un personnage tragique dont le regard trahit une sauvagerie contenue. Le X-Men et l’archer partagent bien des points communs dans leur traitement, au crépuscule de leurs vies. Et soudain, la barbarie.

Il prend cher le Hood (oups)

Comme pour illustrer son propos par l’action, On l’appelait Robin des Bois (on n’aime toujours pas ce titre) prend des faux airs du The Northman de Robert Eggers dans son premier acte, avec une vision très graphique de la violence, comme s’il s’agissait d’une lettre d’intention de Sarnoski : Robin le bourrin. Les actes sont cruels, visuels, ils entendent briser définitivement la moindre ambiguïté concernant la nature de son protagoniste, le moindre doute qui pourrait subsister dans l’esprit du spectateur. À ce titre, la scène introductive est peut-être l’une des meilleures que l’on verra cette année, lorsqu’un Robin taciturne raconte sa vérité, d’un ton las et cynique, avant de massacrer son invitée mal intentionnée.

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© A24

Soudain, le calme. Le film opère sa mue dès l’instant où le mourant, sous l’identité d’un John Doe, d’un inconnu, foule les terres d’un prieuré sur une île isolée, dirigée par une guérisseuse au cœur meurtri (Jodie Comer, excellente dans un rôle malheureusement réduit). Et bientôt, la fille de Petit Jean se joint à la fête, comme pour offrir à Robin une dernière chance de faire les choses bien, de léguer non pas sa violence, mais sa sagesse. On vous a dit qu’il y avait du Logan.

Vinland Saga, le film

C’est peut-être le basculement narratif à la fois le plus courageux et le plus frustrant du long-métrage. Celles et ceux qui ont lu Vinland Saga sauront de quoi on parle. On l’appelait Robin des Bois va jouer avec une attente, celle de voir si le passé du criminel va le rattraper dans une ultime scène d’action au cours de laquelle il retrouvera sa brutalité, cette fois pour la bonne cause. Une attente légitime, car emprunté par tant de films avant lui. Un schéma narratif que Sarnoski reprend, du moins en partie – on voit rapidement se dessiner certaines grandes lignes du récit –, mais il n’est pas fait du même bois et c’est bien le mensonge qu’il veut faire peser de tout son poids sur la carcasse encore vivante de son protagoniste. Doit-il être pardonné ? Peut-il se pardonner ? Si vous êtes venus pour voir un charmant bandit décocher ses flèches, vous êtes tombés au mauvais endroit.

Critique On l'appelait Robin des Bois : Oo-de-lally Oo-de-lally, quel beau jour vraiment ?
© A24

L’aventure est, ici, intérieure. Le film entend démystifier des Bois pour ne faire exister que Robin. Que reste-t-il lorsque l’on se libère de sa légende, de son arc, de sa colère, de sa haine ? Chaque étape du long-métrage va déshabiller une partie de la légende ou de sa réalité, morceau par morceau, afin de ne laisser entrevoir que l’homme, nu de toute supercherie, et de se demander s’il est possible de le laver d’autant de péchés. D’abord on brise le corps, puis l’âme, et on voit ce qu’il reste, on voit ce qu’il est possible de sauver, ce qui est souhaitable de reconstruire.

Critique On l'appelait Robin des Bois : Oo-de-lally Oo-de-lally, quel beau jour vraiment ?
© A24

Une œuvre lancinante, anti-héroïque, courageuse dans sa réinvention, qui tente peut-être parfois d’appuyer trop sur une émotion pour laisser le naturel de celle-ci nous emporter. Si la performance et l’intention restent sincères, on se sent parfois un peu trop guidé dans les étapes de l’intrigue, comme s’il ne fallait pas que l’on rate une miette du misérabilisme ambiant. Une œuvre un brin contemplative qui flirte parfois du côté de L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford ou qui peut ne pas toujours viser sa cible au cœur, mais qui nous porte joliment jusqu’à l’arrivée, déjà connue. Car l’important n’était pas la fin, mais le voyage.

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Notre avis

On l'appelait Robin des Bois a cette faculté de tirer sa flèche dans la cible, mais jamais celle que l'on croit. Un film anticonformiste qui ne se plaît pas à égratigner la légende… elle lui éclate la tête à la légende ! Dans le rôle, Hugh Jackman sort les griffes pour grogner et il le fait bien. Pas un film d'action non, mais dans un sens, tellement plus.

L'avis du Journal du Geek :

Note : 8 / 10

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