Critique

[Critique] Godzilla II : le Roi des monstres ne lézarde pas

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Allan Blanvillain le

Cinq ans après le film de Gareth Edwards, le reptile géant signe son grand retour sur nos écrans (mais toujours sans Jean Reno) dans Godzilla II : Roi des monstres. Une suite qui n’a presque rien à voir avec son prédécesseur, ni sur le fond, ni sur la forme, et qui continue d’installer le titanverse de Warner avant l’affrontement final entre le lézard et le gorille.

Précédemment dans Godzilla : des essais nucléaires réveillaient le titan mythologique du pied gauche et l’être humain commençait à remettre sa place dans la chaîne alimentaire en question. Et même si San Francisco payait le prix fort, l’entreprise Monarch se rendait compte que la bête était peut-être le moins pire des maux face à d’autres créatures bien plus destructrices envers l’humanité. Nous sommes donc quelques années plus tard, tout le casting précédent a pris des vacances sauf Ken Watanabe, et Monarch doit faire face au réveil de nouveaux titans dont le Roi Ghidorah. Face à ses nouvelles menaces, leur salut viendra peut-être du vrai maître des lieux…

Le Godzilla de 2014 s’était attiré les foudres du public (et on ne parle pas de Kong : Skull Island) avançant qu’on ne voyait pas assez la bestiole éponyme. En effet, Edwards prenait le parti de rester à échelle humaine, préférant suggérer la bête pendant la majorité du long-métrage. L’accent étant ainsi mis sur la narration et l’emphase envers ce petit homme, finalement peu de chose face à l’immensité de ce qu’il a réveillé. Bref, c’est comme si vous aviez un film Alien, sans vraiment voir d’Alien et… que ça donnerait un chef-d’œuvre du 7e art appelé Le Huitième Passager. Évidemment, le film d’Edwards était loin d’accéder à ce statut de bijou culte – on force le trait pour l’ironie de la chose, on est taquins -, mais on maintient qu’il montrait de sacrées idées de mise en scène et qu’il ne méritait pas tant de haine, bien au contraire.

Sauf que les producteurs ne sont pas restés insensibles et il paraît difficile de voir autre chose dans ce Godzilla II : Roi des monstres qu’une réponse aux critiques du premier volet. Rien que si on s’amuse à comparer les affiches françaises, on passe d’une menace, vue de dos, marchant sur la ville à un gros plan sur la bestiole rugissante. Dès l’introduction, le métrage nous offre un plan d’un Godzilla de la tête à la patte comme pour bien nous signifier qu’on va rentrer dans le cœur du sujet : le film de Kaiju et sa baston de monstres en veux-tu en voilà.

Le petit bonhomme en mousse

Le scénario a beau nous dresser rapidement le portrait d’une famille décomposée suite à l’arrivée du lézard et même si on apprécie énormément de voir à l’écran Vera Farmiga, Kyle Chandler et Millie Bobby Brown (la petite Eleven de Stranger Things), ce second opus peine réellement à donner de la consistance à sa partie la plus humaine. Le(s) monstre(s) prenant davantage de temps d’écran, nos personnages se transforment assez rapidement en faire-valoir dont l’objectif principal demeure de nous emmener sur le prochain lieu d’affrontement.

Ce qui, en soit, ne serait pas gênant si cet outil scénaristique ne cherchait pas constamment à nous faire croire qu’il n’en était rien, qu’il y a vraiment une « histoire » derrière ces bourre-pifs entre titans. Du coup, on assiste à moult tentatives de twists, d’histoires secondaires et de multiplication de personnages, inutilement nombreux et compliqués, alors qu’on en revient toujours à des gens qui suivent des points sur une carte. C’est d’autant plus dommage qu’il y avait vraiment quelque chose à raconter sur le deuil et la renaissance, mais que le propos se perd totalement au sein de cette complexification d’apparat, qui s’embrouille au point que même les protagonistes ne semblent plus savoir pourquoi ils agissent ainsi.

Quant au discours sur la nature de Godzilla et sur la portée écologique du bestiau (le retour de la Terre, l’équilibre de la vie, etc.), rien d’énoncé ici ne change radicalement de ce qu’on a déjà entendu ou vu dans des précédentes œuvres dédiées à Godzi, notamment la trilogie animée proposée sur Netflix.

Godzilla, Roi Ghidorah, octogone sans règle !

De toute manière, l’objectif de ce Godzilla II : Roi des monstres est ailleurs : nous offrir de la baston de titans qui éclate la rétine et qui renvoie à tout ce qui se fait de mieux en matière de films de Kaiju. Sur ce terrain-là, on peut dire que cette suite concoctée par Michael Dougherty tient toutes ses promesses. En matière d’affrontement brut, le film fait penser à Pacific Rim premier du nom avec ses plans larges qui laisse l’espace nécessaire aux corps monstrueux pour s’exprimer. C’est épique, dantesque, spectaculaire et le métrage ne se montre jamais aussi généreux que quand il se transforme en véritable film catastrophe où les éléments se déchaînent autour d’une humanité impuissante. Si vous vouliez du monstre, vous allez être servis ! Peut-être que le film peine à raconter quelque chose, sauf qu’en matière de grand spectacle il y a de quoi se remplir la panse.

Comme si le film cherchait à s’excuser de ne pas en avoir assez montré lors du premier volet, la caméra s’applique à mettre constamment en valeur ses objets de peur, de fascination. Il faut ainsi souligner la magnifique photographie de Lawrence Sher qui semble vouloir nous offrir un fond d’écran pour notre PC à chaque fois qu’un Titan entre en jeu. Artistiquement parlant, on ne peut nier l’effet de style et on savoure la gourmandise visuelle, presque excessive par moment. Longue vie au roi.

Notre avis

Il a beau s'embrouiller dans son propos, Godzilla II : Roi des monstres se rattrape par son choc des titans qui nous offre l'adrénaline qui lui manquait auparavant. On verra ainsi les deux films Godzilla comme les deux côtés d'une même pièce, l'un racontant, l'autre montrant, avec ce que ça comporte de qualités et de défauts pour chacun. En espérant que le dernier opus, qui le verra affronter Kong, parvienne enfin à concilier les deux.

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