Comment dire. À la rédaction, on est (bon, je suis) des immenses fans de Godzilla Minus One. Un budget de quinze millions pour un résultat qui enterrait des années de blockbusters hollywoodiens à plusieurs centaines de millions. Il est donc évident que, trois ans plus tard, Godzilla Minus Zero était l’une de nos plus grandes attentes de l’année. Oui, devant Avengers : Doomsday ou Dune 3 selon les jours de la semaine (le jeudi étant consacré à notre amour pour Cyberpunk Edgerunners 2).
On y retrouve la fine équipe du premier : Takashi Yamazaki à la réalisation et au scénario et tout le casting de retour avec notre trio de tête :
Ryûnosuke Kamiki (Kôichi), Minami Hamabe (Noriko) et Hidetaka Yoshioka (Kenji Noda). Sur le papier, tout est réuni pour prendre la baffe sur l’autre joue, d’autant que le budget a été revu à la hausse (tout en restant très inférieur aux grosses productions classiques).

Quelque temps après la mort de Godzilla, en 1949 précisément, la reconstruction du Japon continue. Noda est maintenant à la tête d’une unité qui enquête sur tous les phénomènes étranges et l’apparition de kaiju, tandis que Kôichi et Noriko continuent d’élever leur fille, même si Noriko cache un secret lié à son exposition au souffle de Godzilla. Lorsqu’un nouveau kaiju fait son apparition, le peuple japonais doit à nouveau s’unir pour combattre ce fléau.
On parlait d’enthousiasme plus haut, mais toute excitation va de pair avec une dose de crainte. Dans le cas présent, la crainte est doublement justifiée. La première est qu’on n’a jamais vu de suite un film Godzilla arrivant à la cheville de son prédécesseur. Il n’y a qu’à voir nos amis américains et leur monsterverse qui avait si bien commencé en 2014 pour partir dans des directions… discutables. La seconde est que Godzilla Minus One avait su surprendre son monde en revenant aux bases et, à part son succès au box-office et aux Oscars, n’entendait amener aucun nouvel opus. Est-ce qu’on ne tomberait pas dans le trope de la suite plus commerciale qu’artistique ?
King of the monsters much
On se rassure tout de suite, Takashi Yamazaki n’entend pas se trahir en succombant aux sirènes du profit facile. Visuellement, Minus Zero reste un grand film de cinéma qui décolle la rétine dès que les kaijus entrent en scène. Oui, on dit LES kaijus puisque les bandes-annonces n’ont fait que peu de mystères sur la présence d’un second monstre à l’écran et qui d’autre pouvait faire tomber Gogo d’en haut si ce n’est ce cher Ghidorah ? Le dragon électrique à trois têtes est LA véritable star du long-métrage et Yamazaki le filme avec autant de révérences que pour le lézard atomique. Les plans de la bête sont impressionnants, l’utilisation de ses pouvoirs encore plus et le dernier acte est une nouvelle déclaration d’amour au lore des kaijus.

Godzilla Minus Zero n’oublie pas ce qui faisait la force de son prédécesseur : l’humain avant tout. Après avoir disséqué le syndrome du survivant et la difficulté de se reconstruire, le scénariste continue d’explorer les conséquences du Japon post-bombe atomique en s’intéressant cette fois à cette dualité entre ressentiment et nécessité d’avancer. Les personnages sont toujours le cœur du récit, avec un accent davantage mis sur Noriko. Un scénario qui reste ancré pays puisqu’après avoir raconté comment de l’individu naît l’unité, le long-métrage suit le cheminement naturel et traite conjointement de la cellule familiale (le visage de l’avenir) et de l’anti-impérialisme avec quelques piques (respectueuses) à l’occupation américaine. Son meilleur tacle restant la réutilisation des premières notes de La Chevauchée des Walkyries de Wagner, notamment célèbre pour avoir été l’hymne de la Luftwaffe époque Troisième Reich et la fameuse scène de l’attaque des hélicoptères américains dans Apocalypse Now, comme thème pour Ghidorah, le kaiju volant.

Un souffle asthmatique
Autant d’éléments qui font de Godzilla Minus Zero une suite très solide à son aîné, tout en étant sans mal la meilleure suite à un film consacré au kaiju. Sauf qu’il n’en reste pas moins extrêmement déceptif. Simplement parce que malgré tous ses efforts, Takashi Yamazaki ne parvient pas à retrouver la magie du premier. Si on comprend les ressorts dramatiques et émotionnels du récit, les enjeux perdent de leur force. On est dans un prolongement naturel, certes, mais du coup on a juste le sentiment que le scénariste se sert de son travail précédent pour rajouter quelques lignes à la marge. Beaucoup de sous-intrigues semblent être une réécriture de Minus One et on a presque l’impression que pour deux pas en avant, le récit fait un pas en arrière, comme s’il était bien conscient qu’il n’a plus tant de choses à raconter. Il n’y a qu’à voir sa dernière scène où tout le monde traîne des pieds pour en arriver à un résultat qui aurait pu intervenir plusieurs minutes plus tôt.

Godzilla Minus Zero ressemble à un écho de tout ce qui s’est fait auparavant, y compris de l’autre côté du Pacifique. Là où Minus One remettait le lézard atomique comme le symbole à détruire pour permettre au Japon de se reconstruire, on repart sur une intrigue très kaijuesque où quoi de mieux pour combattre un Titan qu’un autre Titan ? La forme et le fond sont différents, mais on ne peut s’empêcher d’y voir une forme de déjà-vu. D’autant que, comme dirait Ian Malcolm dans Jurassic Park : “Auriez-vous par hasard projeté d’avoir des dinosaures dans votre parc à dinosaures ?”. Oui, il ne faudra pas trop compter sur la présence de Godzilla dans un film Godzilla puisque celui-ci apparaît seulement quand le film en a besoin, tel un vieux Deus ex machina, et que ses minutes d’écran se comptent sur les doigts.
On en revient à la question principale : pourquoi cette suite au-delà du besoin économique de battre le lézard pendant qu’il est chaud ? La réponse se cache dans le film lui-même : peut-être l’envie de Yamazaki de ne pas voir SON Godzilla tomber entre les mains d’une puissance étrangère ou a minima plus mal intentionnée. Avec le succès de Minus One, un second opus paraissait inévitable, avec ou sans son auteur, et on sent que ce dernier glisse en sous-texte, notamment avec les actes américains dans son film, que le “Minus” est né et disparaîtra avec lui. Un Godzilla Minus Two est toujours possible. Mais est-il réellement souhaitable ?