House of the Dragon est une cynique ironie. L’ironie de voir que la chaîne HBO n’utilise que peu le nom de Game of Thrones dans le marketing de la série, comme s’il fallait éviter que le public associe ce show avec son prédécesseur plus que de raison. Argument absurde ? De l’expérience de l’auteur de ces lignes, lorsqu’on parlait d’un visionnage de « Game of Thrones » ces dernières semaines, on entendait souvent répondre « la première ? », comme si la titraille méritait bien une réelle distinction. Il s’agit de deux séries différentes qui partagent juste une généalogie commune, c’est tout. C’est tout ?

Si nous émettions des réticences lors du premier épisode, évoquant son envie affichée de surfer sur les qualités de son prédécesseur, le show n’a plus eu aucun intérêt à faire semblant dès la semaine suivante. En cause, un générique reprenant exactement le thème et le graphisme du show d’origine. Envie de faire plaisir en évoquant les codes d’une série adorée ou démarche fainéante d’une production cherchant à manipuler notre corde sensible ? La suite répondra à cette question.

Pour rappel, l’action se situe bien avant l’avènement de Daenerys, à l’époque où la maison Targaryen régnait sur Westeros. Ce qui ne va pas empêcher de voir les maîtres des Dragons se déchirer sur la future succession du trône tandis que les autres clans commencent à avoir leurs propres velléités de pouvoir. Une intrigue familiale dont les enjeux de cette première saison vont se jouer sur plusieurs décennies.
Le temps passe et passe et passe et beaucoup de choses ont changé…
Courageux ou suicidaire, House of the Dragon a décidé de miser sa narration sur ce qui avait cruellement affaibli Game of Thrones sur sa fin : les ellipses temporelles. Pendant dix épisodes, on va ainsi sauter régulièrement de plusieurs mois à plusieurs années.

Un choix nécessaire pour parvenir à expliquer convenablement la montée en puissance des ressentiments qui provoqueront la fameuse danse des dragons. La force de la guerre de succession opposant la famille de la princesse Rhaenyra Targaryen à celle de la Reine Alicent Hightower ne peut se comprendre qu’au souvenir de leurs relations passées.

Une décision scénaristique compréhensible dans l’idée, mais dont on ne saurait oublier la mise en œuvre ridicule. Sur l’autel de la grande histoire, les scénaristes sacrifient régulièrement la logique élémentaire avec des actes graves aux conséquences immédiates nulles. Ainsi, l’ellipse n’est plus une stratégie pour permettre de rendre l’histoire plus riche, mais une fuite en avant qui empêche d’affronter les problèmes engendrés par le procédé, comme pour nous obliger à détourner le regard au risque de perdre le fil principal. Les personnages ne sont pas les seuls à se faire manipuler…

Un changement constant qui finit par amuser dès lors qu’on remplace les enfants par de jeunes adultes la fois suivante, sans penser à vieillir le casting déjà présent, à une exception près. C’est ainsi qu’Alicent parvient à avoir deux enfants qui ont désormais son âge. La génétique sûrement.

Sans compter que l’effet ellipse a d’autres répercussions désastreuses. Si, pour beaucoup, le revirement « soudain » de Daenerys dans Game of Thrones choquait, que doit-on dire ici avec des personnages qui vivent plusieurs vies en l’espace de deux épisodes. Régulièrement, l’inconcevable devient inévitable en peu de temps d’écran, quitte à brûler plusieurs étapes.

Ce qui a pour effet de créer un sentiment paradoxal. L’idée que la série va trop vite tout en tournant en rond. À de trop nombreuses occasions, les épisodes se consacrent à éviter un événement qui aura lieu un peu plus tard sans que quelqu’un y trouve à redire ou presque. De sorte qu’on en revienne constamment à la même situation et qu’un problème ne l’est que lorsque les scénaristes décident qu’il le soit sur l’instant. Une démarche artificielle qui engendre moultes facilités, permettant de recycler les enjeux d’un épisode à l’autre sans en modifier les contours ou encore de gagner le concours du coup d’état fictif le plus grossier au monde.
L’envergure de ne point trop en faire
Comme nous le constations dans le premier épisode, la suite aura confirmé que House of the Dragon a pillé son prédécesseur pour éviter de prendre trop de risque. Cette première saison ne nous aura rien présentés que la série-mère n’avait déjà élaboré, voire elle paraît avoir caractérisée des personnages en fonction de ses homologues du passé (ou du futur, chronologiquement). Certes, il y a des nuances, mais comment ne pas reconnaître en Alicent une Cersei, en Otto un Tywin, en Clubfoot un Littlefinger…

Des personnages au par ailleurs trop nombreux pour seulement dix épisodes qu’on aura bien du mal à apprécier au mieux, identifier au pire, faute de temps à l’écran. Un fait que le scénario ne nous laisse pas l’occasion de lui reprocher, pratiquant goulûment l’épuration de casting. Une manière de ne pas s’embarrasser d’intervenant.es purement utilitaires et dont la disparition n’aura aucun impact, ni sur le spectateur, ni sur les autres protagonistes dès lors que son évocation n’a plus d’intérêt à l’intrigue.

Il faudra donc un ultime épisode pour nous donner envie de continuer l’aventure. Non pas par impatience, mais parce qu’après dix épisodes introductifs, la suite nous promet enfin quelque chose. En espérant qu’House of the Dragon devienne bien plus que du Game of Thrones frelaté.