Critique

Critique : La Planète des Singes l’Affrontement – Malin comme un singe

Cinéma

Par Pierre le

La Planète des Singes est une saga qui a marqué l’histoire du cinéma. Rebootée en 2011, la licence a connu une véritable résurrection sous la houlette de Rupert Wyatt. Cette année, la suite de ce reboot arrive dans les salles. Cette fois, c’est Matt Reeves qui prend les commandes. Et le réalisateur nous livre un film épique, contemplatif et diablement intelligent. La Planète des Singes, l’Affrontement est une réussite.

Le film se focalise sur la relation entre les singes et les humains
Le film se focalise sur la relation entre les singes et les humains

Avant de commencer, je tiens à préciser une chose. La Planète des Singes est l’une de mes sagas SF préférées. J’adore le livre de Boulle. J’adore les cinq premiers films autant que je déteste le reboot de Burton (2001). J’ai été enchanté par Les Origines (2011). Autant vous dire que j’attendais ce nouveau volet comme un petit fou. Voilà, je tenais juste à mettre les choses au clair.

Critique garantie sans spoiler

La Planète des Singes, l’Affrontement se déroule 10 ans après Les Origines. La grippe simiesque, qui est apparue dans le premier film, a pratiquement anéantie l’humanité. Seuls quelques groupes de survivants ont réussi à s’en sortir et tentent de s’organiser. César et ses singes sont allés se réfugier dans la forêt près de San Francisco et ont bâti un début de civilisation. Un jour, un groupe d’humains pénètre dans cette forêt…

Autant le dire tout de suite, ce film est très différent du premier. Que ce soit dans la construction, l’ambiance ou la relation des personnages. On peut distinguer deux grosses parties dans ce film. La première moitié du film se concentre avant tout sur l’interaction entre les personnages. Le film prend son temps en nous livrant des scènes presque contemplatives, le tout en adoptant un rythme qui ferait passer True Detective pour une série d’action. Comment se bâtit une civilisation ? Qu’est-ce qui fait de nous des êtres intelligents ? Comment un conflit peut démarrer entre deux camps qui disposent de tous les atouts pour faire la paix ? Comme toutes les grandes séries de SF, la Planète des Singes questionne notre société actuelle en utilisant un contexte fantaisiste. L’Affrontement réussi avec brio sur ce point.

Le début du film est très posé
Le début du film est très posé

Puis, vers le milieu du film, c’est une autre histoire qui commence. Une histoire plus classique, plus adaptée à un format blockbuster. Les scènes d’actions et les situations dramatiques s’enchaînent jusqu’au grand final explosif. Mais Matt Reeves a réussi le tour de force de ne pas gâcher son histoire avec cette deuxième partie. En effet, les questionnements du début ne sont jamais effacés, les réflexions sur la guerre et le pouvoir sont toujours présentes. Bref, c’est une réussite.

Gorilles dans la brume

Comme nous vous le disions, le film s’attarde sur la question des rapports entre différents camps. Pas de méchants ni de gentils dans L’Affrontement. Chaque personnage a ses raisons, ses motivations. Même derrière les actes les plus cruels, il y a une logique implacable, motivée par la survie de son espèce. On aurait pu craindre que les humains soient encore une fois les méchants du film. Ce serait trop facile et trop cliché, l’oeuvre de Matt Reeves ne tombe pas dans ce piège, contrairement à d’autres (c’est à toi que je parle, Avatar !). Les représentants de notre espèce sont bien traités. Même Gary Oldman, en leader implacable des humains considérant les singes comme des animaux stupides, se montre touchant et dispose de motivations parfaitement compréhensibles.

Le film s’attarde également sur les raisons qui peuvent amener à un conflit. Deux camps opposés ne peuvent faire la paix, même s’ils le souhaitent. Il y aura toujours quelque chose pour venir envenimer tout ça, que ce soit des quiproquos ou des personnes n’ayant pas le même point de vue que leur leader.

Malcolm est la figure de proue des humains
Malcolm est la figure de proue des humains

Le tout est servi par une réalisation de haute volée qui sait parfaitement prendre en compte le rythme de son histoire. Matt Reeves sait en effet poser sa caméra quand il le faut, afin de laisser le spectateur regarder les scènes calmes comme s’il était à côté des singes. Lors des scènes de combat, il sait également parfaitement alterner entre plans séquences nerveux et montage rapide.

On n’apprend pas à un vieux singe à faire la grimace

De même, la motion capture est parfaitement maîtrisée. Si le premier film avait déjà été salué sur ce point, l’Affrontement l’améliore encore. Les Origines nous donnait tout de même une impression de malaise, parfois. Vous savez, le truc qu’on appelle l’Uncanny Valley. Cette impression disparaît de ce second film, même si certains passages sont encore dérangeants.

Andry Serkis réalise encore un travail incroyable. Le spécialiste de la motion capture nous sert encore une fois un César presque parfait. Singe élevé par des humains, le héros du film fait le pont entre ces deux mondes et Serkis arrive parfaitement à faire ressentir ces deux côtés du personnage. Il en est de même pour Koba (Toby Kebbell). Les acteurs humains sont également très bons. Mention spéciale à Gary Oldman, toujours excellent.

La deuxième moitié du film rime avec grand spectacle
La deuxième moitié du film rime avec grand spectacle

Mais le film n’est pas parfait, loin de là. Il y a par exemple des gros problèmes de rythme dans la deuxième partie du film. Certaines séquences sont incroyablement longues et viennent casser cette montée en puissance lancée depuis la première minute du film. De même, certains séquences veulent trop appuyer sur leur message et le résultat est parfois grotesque.

Petite déception également pour certains personnages. Par exemple, Malcolm (Jason Clarke) est assez banal et peu fouillé. Une déception étant donné qu’il sert de figure de proue au camps des humains. De même pour la femme de César, importante pour l’histoire mais incroyablement laissée de côté par le scénariste. Elle n’est qu’un levier scénaristique, tout comme l’humain Carver.

Verdict

L’Affrontement est un film réussi, intelligent, intéressant, agréable à regarder. Il ne plaira pas à tout le monde. Son rythme bâtard ainsi que sa structure narrative ne vont pas faire l’unanimité. Pourtant, il mérite réellement qu’on s’y attarde, même si on n’accroche pas à la saga. Ce n’est peut-être pas le film le plus jouissif de l’été, ni le plus vendeur ou réussi, mais pour l’instant, c’est le plus intelligent. On attend déjà le troisième épisode avec impatience, parole de fanboy. On espère qu’il sera aussi bon, on touche de la peau de singe pour ça…

Gary Oldman est Dreyfus, le leader des humains
Gary Oldman est Dreyfus, le leader des humains

https://www.youtube.com/watch?v=DpSaTrW4leg