Critique

Critique : Lucy – Cerveau lent

Cinéma

Par Pierre le

Luc Besson revient une fois de plus à la réalisation avec son nouveau film : Lucy. Un film qui flirte avec le monde super-héroïque, efficace et calibré pour le public américain qui connaît maintenant ses codes par cœur. Au final, Lucy est un film un peu terne. Pas mauvais, certes, mais qui ne laissera pas un grand souvenir au spectateur, tant il est classique dans son sujet, dans sa narration et dans sa construction.

Lucy est une étudiante normale au début du film...
Lucy est une étudiante normale au début du film…

Critique garantie sans spoiler

Lucy (Scarlett Johansson) est une jeune étudiante américaine vivant à Taiwan. Un jour, par un malheureux concours de circonstance, elle se fait kidnapper par des mafieux coréens. La voilà transformée en mule, chargée de transporter une nouvelle drogue vers l’Europe dans son estomac. Une drogue ultra-puissante ferait passer la meth d’Heisenberg pour du lait en poudre. Mais voilà, le sachet craque et cette drogue lui donne un super-pouvoir hors-norme : la possibilité d’utiliser la totalité des capacités de son cerveau. Car oui, Lucy se base sur ce concept : l’homme n’utilise que 10 % de ses capacités cérébrales. Qu’adviendrait-il si quelqu’un pouvait les utiliser à 100% ?

Classique, sans grande imagination, mais efficace, voilà comment nous pourrions résumer Lucy. Le film est rythmé, l’histoire se laisse suivre mais nous regardons tout cela d’un œil lointain. Besson a en effet du mal à créer un lien entre ses personnages et le spectateur. Le résultat ? On se fiche du destin de Lucy. Une distance directement imputable au scénario.

... mais elle va vite devenir une machine à tuer
… mais elle va vite devenir une machine à tuer

Superman en blonde

Je ne suis pas fan du concept qui veut que nous n’utilisions qu’une partie de notre cerveau. Déjà, c’est faux, mais en plus, c’est un scénario trop facile. Le pire, c’est que dans Lucy, tout cela n’a pas grand sens. En effet, la totale utilisation de notre cerveau signifie super-pouvoirs. Notre héroïne est donc capable de marcher sur les murs, de contrôler des appareils électriques à des milliers de kilomètres de distance, de changer d’apparence à volonté et même de neutraliser un homme avec un geste de la main. Pourquoi dans ce cas ne pas faire une drogue qui donne simplement des pouvoirs, sans vraiment expliquer son fonctionnement ? Mystère.

Cette idée de base est théorisée très (trop ?) sérieusement par un Morgan Freeman qui joue un expert en neurobiologie. De même, les pouvoirs de Lucy augmentent et sont expliqués très clairement par un compte à rebours inversé. Une idée de mise en scène néanmoins bien trouvée, et ce n’est pas la seule du film.

Lucy traverse le film sans transmettre la moindre émotion
Lucy traverse le film sans transmettre la moindre émotion

En effet, avec Lucy, Besson tente des trucs intéressants. Par exemple, au début du film, le comportement humain est mis en parallèle avec le comportement animal via des extraits de documentaires animaliers pendant les premières scènes. Mais cette idée de mise en scène est très vite abandonnée pour se concentrer sur l’action, dommage. Autre gâchis, Besson se vautre parfois dans des clichés vus et revus. Des méchants arrivent ? Filmez les au ralenti, en contre plongée avec un effet sonore qui fait Vroooooosh pour bien montrer que ce sont des méchants. Il y en a plein des comme ça.

Distant

Lucy est un gros film d’action. Certaines scènes sont d’ailleurs assez impressionnantes. Notamment à un moment, nous avons droit à une course poursuite dans Paris. Une course poursuite réellement plaisante à suivre et qui arrive à nous procurer quelques frissons, contrairement à d’autres où l’on se sent un peu mis de côté par les événements.

Car voilà le gros problème du film : on se fiche du destin de Lucy comme de sa première babouche. Avant sa transformation, le personnage de Johansson n’est absolument pas développé. Ce n’est qu’une étudiante un peu cruche et c’est tout. Après avoir acquis ses pouvoirs, notre héroïne perd ses émotions, difficile alors de s’accrocher à un personnage qui elle-même est distante par rapport à ce qui lui arrive. Même chose pour les personnages secondaires, extrêmement peu développés. Le tout est desservit par des incohérences qui vous feront tout simplement hurler : POURQUOI ?

Morgan Freeman et Amr Waked sont aussi de la partie
Morgan Freeman et Amr Waked sont aussi de la partie

Mais voilà, Lucy se laisse suivre, d’un œil distant. On se plaît à regarder de loin les scènes d’action et l’évolution des pouvoirs de la jeune femme. Le film, n’est pas trop long, donc nous n’avons pas le temps de nous ennuyer. De plus, le tout est servit par des acteurs qui connaissent leur métier et un réalisateur qui ne filme pas la France comme un gros benêt américain qui veut caler tous les monuments et les clichés sur les français en un seul plan. Et ça, ça fait du bien dans un blockbuster, même si on le rappelle, Besson est français.

Verdict

Lucy est un film classique, facile, un peu bête parfois, mais parfaitement calibré pour le public occidental. Lucy va donc marcher au box-office, c’est quasi-certain. Mais arrivera-t-il à marquer les esprits ? Pas si sûr…

Décoder les ondes ? Pas de problème pour notre héroïne
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