Critique

[Critique] Le Bon Gros Géant

Cinéma

Par Henri le

Les romans de Roald Dahl ont toujours attiré l’attention des grands réalisateurs hollywoodiens. Avec le Bon Gros Géant, Spielberg tente une adaptation poétique bien qu’un peu timorée.

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En grand rêveur qu’il est, Steven Spielberg semble vouer depuis toujours une admiration vis-à-vis des contes pour enfants. Un intérêt confirmé en 2011 avec le très beau « Cheval de Guerre », adaptation enlevée d’un récit pour enfants de Michael Morpurgo, qui succédait lui-même à l’audacieux « Tintin et le Secret de la Licorne » sorti la même année. Et si aucun défi ne semble assez ambitieux pour le réalisateur, les histoires de Roald Dahl demeurent un challenge cinématographique pour qui décide de s’y attaquer. Tout d’abord car le gallois a toujours su créer des univers cohérents lovés dans l’imaginaire, et pas l’inverse, mais également, car chacune de ses fables se prête à une double lecture. Celles du parent et de l’enfant.

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Nombreux sont les réalisateurs, Tim Burton (Charlie et la chocolaterie) et Danny DeVito (Matilda) en tête, à avoir réussi à retranscrire l’atmosphère délirante, voire inquiétante, de Dahl. Mais seuls Henry Selick et Wes Anderson (« James et la Grosse Pêche » et « Fantastic Mister Fox ») semblent en avoir tiré toute la facétie. Cette nouvelle version du Bon Gros Géant emprunte « hélas” la première voie sans toutefois démériter.

Le film narre l’histoire de Sophie, une orpheline anglaise kidnappée par un gentil géant « souffleur de rêves », qui vit lui-même reclus dans son pays. Dès les premières minutes, on comprend que l’univers est respecté et que Spielberg a su faire la balance entre l’imaginaire et le réel, entre le vieux Londres et le Pays des Géants. En ce sens, il démontre une nouvelle fois tout son savoir-faire avec une 3D agréable, stylisée sans être encombrante. On se plait à admirer les rues et les cavernes, sans cesse baignées dans un joli clair-obscur, pendant que nos deux héros conversent. L’occasion de mettre en avant un casting vraiment réussi.

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Spielberg a fait le choix de tourner en prise de vue réelle, ce qui laisse une plus grande place au jeu d’acteur. La petite Ruby Barnhill livre une belle prestation, mais c’est le choix de Mark Rylance et de son apparente timidité qui fait mouche auprès des spectateurs. Le Britannique incarne à merveille ce personnage un peu gauche et naïf, dont le langage hybride fera forcément rire les enfants. La 3D n’empiète pas sur les expressions de son visage et laisse transparaître une vraie palette d’émotion. Vu comme ça, le BGG est peut-être un des personnages les plus touchants de Dahl. Le doublage français de Dany Boon est étonnamment réussi. L’acteur a vraiment su conserver le style et le dialecte du géant dans sa globalité. C’est tellement rare qu’il est bon de le signaler. L’aspect sonore est particulièrement soigné, John Williams s’étant (sans surprise) une nouvelle fois fendue d’un thème inspiré.

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Cette plastique impeccable laisse malgré tout entrevoir une écriture un peu trop légère. Le scénario de Melissa Mathison se suit sans peine, mais n’offre pas la profondeur attendue par les adultes. On ne retrouve pas complètement le déchirement du réel propre aux œuvres de Dahl, qui dilue la pauvreté ou la guerre dans un univers fantastique et bariolé. C’est un moindre mal, dans la mesure où le film est avant tout destiné aux enfants. Il ne tombe en revanche jamais dans la stupidité, ce qui nous aurait de toute façon étonnés de la part de Spielberg. Les phases d’action sont assez courtes et laissent place à des échanges parfois un peu brouillons et longuet, heureusement contrebalancés par de jolies notes d’humour aux accents anglais. Buckingham Palace s’en souviendra.

Mielleux sans être ronflant, le dernier long métrage de Spielberg ne réussit pas tout ce qu’il entreprend. On regrette notamment de ne pas retrouver la touche de réalisme social si chère à l’écrivain gallois. Sur la forme, c’est en revanche un sans-faute. Spielberg recréé à merveille un univers féerique, empreint d’une douce poésie, qui devrait ravir les enfants et une partie des parents. On n’en attendait pas moins de ce bon gros génie, même si l’oeuvre restera mineure dans sa filmographie.